Il court

Il court, il court ! Il bouscule les badauds. Les lents, les endormis. Les inutiles, les peureux. La foule est diversifiée. C’est là son mérite. Mais toujours il court. Il la poursuit. Celle qu’il a vue. Mais l’a-t-il vue ? Pour de vrai ? Oui est-ce vrai ? N’était-ce un mirage ? À votre avis, ô lecteur ! Clairvoyant lecteur ! Est-ce vrai ? Est-elle réelle ? Et non pas une illusion ? Envie parfois stimule l’imagination…

Non ! Il l’a vue ! Pour de vrai ! Donc courir il doit. Courir il va. Traverser cette foule ! Ah cette foule ! Mais diable, n’importe quand ! N’importe quand mais maintenant ! Jamais foule il n’y a. Sauf là. Foutue foule, au pire moment. Mais passez-lui un balai ! Un immense balai ! Oui lecteur, donne-lui ! Termine ton ménage et donne. Qu’il puisse tout balayer. Cette foule de poussiéreux. Car notre affaire est autre. Oh oui tout autre. Point poussière mais une lumière. Et quelle lumière, oh oh. Une brune lumière. Quand elle apparut, une seconde. Une minuscule seconde. Mais c’était assez. Déjà le cœur est embrasé. Déjà la brune, envolée. Alors les jambes, folles échauffées. « Vite la rattraper ! ». Brune lumière donc vitesse lumière. Enfin. Sans cette foule, vitesse lumière. Mais foutue foule. Donc vitesse misère.

Ah ! Tellement de monde ! Dieu le généreux, il donna. Maintes vies il donna. Mais toutes au même endroit ? Et en ce moment précis ? Dieu est un petit farceur. Il a bien le droit. Il a beaucoup travaillé. Une ou deux plaisanteries. Puis il retourne à l’œuvre.

Mais son œuvre est insignifiante. Elle n’est rien. Retrouver la brune lumière. Voilà une œuvre de Providence. Notre héros le sait bien. Alors il court, traversant foule. Cette foule infinie. Pleine de gens gentils. Tous incontestablement respectables.

« Besoin d’aide ? ». Qu’on lui demande.

« Non ! ». Qu’il veut répliquer. Mais pas le temps. Pourtant des gens continuent. Ils s’arrêtent. Ils proposent leur aide. Restent sur son chemin. Crétins ! Ne voyez-vous pas ? Si vous voulez aider : dégagez ! Mais ils ne voient pas. Leur gentillesse les aveugle. Et moi je suis impuissant. Je ne peux que conter. Mais toi lecteur, aide-moi ! Dis-leur quelque chose. N’importe quoi !

Ah, une échappée ! À force coudes, il perce. Mais non, toujours plus. Toujours plus de monde. Une marée humaine, ressassant, inlassable. Mais d’où viennent-ils ? Diantre ! D’où peuvent-ils venir ? Jamais personne, habituellement. Mais pile poil maintenant. Quand ça compte. Foule infinie… Flûte !

Notre héros commence à faiblir. Il risque d’abandonner. Qui pour le blâmer ? Si tu es meilleur, lecteur. Alors jette-lui une pierre.

Pas encore une en vue.

Oh ! Si, je vois ! Pas une pierre. Mais la brune lumière ! Elle est reparue au loin. Et c’est assez. Déjà notre héros est requinqué. Déjà il recommence à courir. À pleine volée. Et voyant cette force. Cette force pure. Animée des plus nobles motifs. Alors même cette foule niaise. Elle s’écarte. Elle laisse passer. Rejoindre la brune lumière. Il n’entend plus rien. Ne voit plus rien. Mais pour lui, moi j’entends. Et je vois. Je vois la foule applaudir. Elle l’acclame. Chaque anonyme lui crie « allez ! ». Pour son dos, maintes tapes. Pour ses épaules, maintes accolades. Mais il ne voit pas. Il ne sait que courir. Tout droit. Directement vers la brune lumière. Il arrive à son niveau ! Oui ! Il croit voir les yeux. Il les devine bruns. Ou châtains ? Qu’importe ! Il peut presque la toucher. Derrière, j’entends la clameur. Les applaudissements de la foule. Même Dieu semble l’encourager. Quelque part là-haut, penché. Des fleurs tombent du ciel. C’est Dieu du balcon céleste. Même le soleil est là. Pourtant nous sommes sous terre. Dans un métro parisien. Mais le soleil est là. Les rayons m’éblouissent. Je crois même lui, sourit.

Le cosmos retient son souffle. Les grèves font une pause. Tous les métros sont arrêtés. La 4G a été bloquée.

Notre héros y est ! Ça y est ! Il peut presque la sentir. Il devine un doux parfum. C’est ineffable. Je m’abstiendrai de décrire. Tous mes mots seraient insignifiants. Vaincus par sa beauté. Sa description m’aurait épuisée. Et elle resterait même inachevée…

Or quel effet ! Quel effet sur notre héros ! Par la grâce, frappé ! Il va pour parler. Aux oreilles de la lumière. À portée de bouche.

Mais clap !

Bouche ouverte, porte fermée ! Et le métro de démarrer. Notre héros reste sur le quai. À peine a-t-il réalisé. Déjà la machine a redémarré. On passe, on rouspète. On le dépasse, le bouscule. La foule est de retour. Indifférente et occupée.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :