Les flocons de neige

Est-ce un rêve ? Son cœur lui crie que non mais sa tête, oui sa tête, où est-elle d’ailleurs ? Il n’a plus de tête. Puis qu’est-ce qu’une tête à la fin ? Qui en a réellement besoin ? Mais il n’a pas le temps de se poser ces questions de première importance car déjà il est dehors, dans la rue, une rue blanche, brillante, à vous arracher la rétine, mais en ce moment même il n’a pas mal aux yeux car la douleur n’existe pas en ce lieu. Le sol est couvert d’une couche de neige immaculée qui s’étend comme un tapis blanc infini. Il sent sa douceur lorsqu’à chaque pas ses pieds s’y enfoncent délicatement mais quand il regarde par terre il ne laisse aucune trace et d’ailleurs il n’a aucun effort à produire, il ne sent pas ses muscles s’activer, c’est comme s’il lévitait. Il n’a qu’à se laisser porter. Il sait exactement où aller sans savoir où il va. Au loin son ami lui fait des gentils signes de le suivre et alors que c’est à moment ce précis qu’il pourrait douter, il voit les sourires bienveillants des flocons de neiges qui viennent se poser sur ses joues et il sourit à son tour. Il tire la langue pour embrasser tous ces petits êtres fraternels qui tombent du ciel tels des cadeaux angéliques. Alentour, il entend une musique sans pour autant voir aucun instrument. Il ne la connaît pas mais il danse tout en avançant. C’est comme s’il avait toujours dansé ainsi. Il finit par rejoindre son ami qui l’attend devant une porte. Sa grande vitre laisse passer une belle lumière aux chaudes couleurs. De l’extérieur, on entend des éclats de rire qui semblent vous lancer « bienvenue ! bienvenue ! ». D’un geste léger son ami l’invite à ouvrir la porte. Alors qu’il s’avance, il se sent bien, très bien. Il sait que cet endroit est sa maison, sa vraie maison. Alors qu’il ne l’a jamais vue, au moment où sa main droite se pose sur la poignée de porte son corps sait qu’il l’a déjà touchée plus de fois qu’il ne touchera jamais aucune autre chose. Il va pour appliquer une légère pression et baisser la poignée. Mais elle lui résiste. Il ne veut pas forcer. Il n’a pas envie de blesser la poignée. Mais elle continue de lui résister. Donc il doit le faire. Il applique plus de pression mais la poignée reste inerte, comme une poignée de porte. Il commence à suer par le front. Il se retourne pour demander assistance mais son ami n’est plus là. Pourtant il entend toujours les éclats de rire et ils semblent plus que jamais l’inviter à entrer. « Tu es chez toi ! Tu es chez toi ! ». Il ferait beau voir qu’il ne put pas aller chez lui tout de même ! Alors il empoigne encore une fois la poignée avec une assurance feinte. Mais elle reste interdite. Ses sourcils se froncent à l’idée qu’il ne pourrait jamais rentrer chez lui. Pire, il n’aura jamais connu ce chez lui. Les rires se font plus distants. Il se retourne et commence à marcher lentement avec peine. La neige a beaucoup fondu, plusieurs fois il manque de glisser et de tomber violemment au sol. Les flocons de neige ne tombent plus. La musique s’est tue. Enfin il aperçoit son immeuble. Il ne lui a jamais paru aussi laid, aussi monstrueux. Il arrive en bas. C’est un digicode qu’il rentre machinalement. La porte produit un bruit sinistre en s’ouvrant. Enfin il arrive devant le seuil de son appartement. Il glisse les clés dans la serrure. Ça s’ouvre. Il reste un instant sur le palier. Il essaye de se rappeler quelque chose. Cette situation lui en rappelle une autre qu’il a vécue il n’y a pas si longtemps. Il cherche un moment mais il n’arrive pas à se souvenir. Il ressent un profond trouble en lui. Il essaye encore un court moment de se remémorer un événement mais il n’y arrive vraiment pas. Finalement il entre, cela faisait déjà assez longtemps qu’il était là et il n’allait pas passer la nuit sur le palier tout de même ! Que penseraient ses voisins si jamais ils le voyaient agir de la sorte ? Mieux valait vite entrer même si cette pensée le fit sourire. Il se déshabilla. Il était dans sa chambre, assis sur son lit. Il réfléchit encore un peu car le trouble ne semblait pas vouloir le quitter. Pourtant il ne voyait pas ce qui pourrait justifier une telle sensation. Finalement il décida que ça finirait bien par passer et il se coucha en espérant avoir de beaux rêves.

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