Paris la pute

Paris n’est pas une belle ville.
Elle est sale.
Très, sale.
Ouh oui, qu’elle est sale.
C’est une petite cochonne, qui sue, gémit, supplie…
Elle aime se vautrer, elle aime que ce soit dégueulasse, c’est la suppliante des bizarreries.
Lécher le Boulevard ? Insuffisant, bel amant.
Caresser Porte de Clichy ? Hin hin, petit coquin…
Pénétrer Porte Maillot ? Pas si vite, petite bite.
Rapidement elle agace, car bien qu’une pute, c’est la plus exigeante.
Pouvoir payer ne règle rien, ce n’est que le prérequis, mon joli, le premier filtre, pour la plus grande des putains. Passé l’argent, viennent les critères, les vrais… un gros membre, penserez-vous rapidement… oh non, non que non, la taille du pépère, elle n’en a que faire. Ce qu’elle veut, c’est susurrer, à l’oreille d’une belle âme, pervertir, l’innocence. Son jouisseur à elle, le parfait, il viendra de province : les Parisiens l’ennuient, elle les vomit. Si elle aime que ce soit sale, il ne faut pas que ça le soit tout de suite… non, la dégueulasserie a sa subtilité, elle s’apprend, s’inocule. C’est de sa propre volonté que le propret doit se salir, pour que Paris puisse ensuite dire : « je suis la grande putain, l’ultime corruptrice ! » elle veut que ce nouveau venu, que ce petit chérubin, d’abord il la regarde avec innocence, avec espoir, et puis que soudain elle lui prenne le cœur et l’écrase entre ses doigts de salope, qu’elle lui mette des claques, car la capitale est une bonnasse sadique, qu’elle lui morde l’oreille pour qu’il aille pleurer à sa mère, mais il se rend déjà compte qu’il n’en a plus, qu’il n’a plus qu’une pute dans sa vie, Paris. Il ne pensera plus qu’à la satisfaire. Chien fou, lascif, qu’elle promènera partout. Elle claquera des doigts, pour qu’il la prenne, comme elle aime être prise, et quand elle se sera lassée, car cette pute insatiable se lasse toujours, elle le jettera dans une rue obscure et lui, cette petite ordure jadis si blanche, sera oubliée. On conservera seulement son odeur en décomposition, vous vous direz « ça pue » en marchant, c’est lui, crevé comme un rat. Naïf, vous continuerez à déambuler, dans cette ville assassine. Cette pute satisfaite qui ne vous laissera jamais la toucher qu’en ses termes : « oui madame ». « Non madame » n’existe pas car elle dominera toujours, c’est ce qu’elle veut, ce qu’elle aime, et c’est une si bonne putain que personne n’ira lui refuser.
Orgueilleux, vous pourrez croire que, si un jour heureux, vous veniez à la sodomiser, c’est qu’elle vous aura cédé, mais vous vous tromperez. Simplement sa lubie, parfois, c’est le bulldozer par derrière ; mais soudain, elle se détourne et plus de fesses. Dorénavant, seulement les trous qu’elle aura décidés. Vous ne comprendrez pas son revirement et vous ne le souhaiterez aucunement car si bien dans sa chatte, dans sa chair, vous ne voudrez perdre pour rien au monde le droit de jouir de cette belle pute, la meilleure, la seule.
Là sera le miracle de cette petite garce : maintenant, ce que vous aimez par-dessus tout, ce n’est pas sa chatte, ni ses cheveux, ni sa bouche, ni son regard louche ou sa sueur, puanteur, non, pourquoi vous jouissez c’est parce qu’au fond, VOUS êtes devenu la pute, VOUS êtes sa pute… et vous aimez ça, ô oui vous aimez ça, être sa petite pute. Elle vous aura si bien appris à l’être, si bien appris à sucer, tous ses désirs, à encaisser, tous ses caprices, à recevoir, les jets de sa satisfaction (qui n’existe pas, aussitôt satisfaite, aussitôt perdue). Maintenant c’est vous la pute, on vous demande votre nom vous répondez « pute », avez-vous des enfants vous dites « des fils de pute », votre métier « me mettre à quatre pattes, et recevoir », êtes-vous heureux « si elle m’encule, ce sera une belle soirée » ; et tous vos amis vous jalousent car même s’ils vous voient pute, vous en êtes si fier qu’ils vous envient, qu’ils se demandent, en vrai, ce que ça ferait d’être la pute de la reine des putes ; très vite ils vous assaillent, veulent savoir. Mais votre réponse est froide, s’ils veulent tant savoir ils n’ont qu’à essayer ; oui vous en avez marre, de tous ces gens, de tous ces prudes qui veulent connaître sans expérimenter, qui veulent le feu sans prendre le risque de se brûler, ils vous répugnent maintenant, tous ces gens-là.
En somme vous êtes devenu la pute parfaite : maîtrise et acceptation. Vous abandonnez tout à votre maitresse, avec plaisir, avec l’espérance de la jouissance. Mais au fur et à mesure, une crainte vient lentement poindre en vous, car votre relation avec cette grande pute s’étiole, elle vous demande de plus en plus, vous rend de moins en moins. Vous n’osez croire que ça y est, que cette belle pute en a fait le tour de vous. Or, là est la tragédie : vous n’êtes qu’une petite chose, qu’une toute petite chose, et malgré tous vos efforts pour devenir la suppléante de la meilleure des putes, malgré toutes les fois où vous avez pieusement donné vos orifices en sacrifices, il vient un moment où vous n’avez plus rien à lui faire découvrir or Paris c’est cette pute de l’infinie, on n’en a jamais fait le tour. Alors que vous avez compris, que vous n’osez pas lui montrer vos larmes bien qu’elle soit maintenant votre mère, votre mère la pute, elle vous rejette, enfin.
Pendant que votre cadavre de vieille putain commence à contribuer à la puanteur de Paris, regrettez-vous vos actions ? D’avoir été la pute éphémère de la ville lumière ? Elle vous aura quand même fait jouir, cette catin, et surtout, jouir comme vous ne l’auriez jamais soupçonné, car qui d’autre que la suprême putain pour faire tourner le carrousel des jouissances ? Mais quand même, vous doutez. Un tour de manège valait-il la peine de devenir une pute enfantine ?
Vous vous demandez si vous n’aviez pas d’autres choses à apprendre, à faire, vous vous demandez si vous aviez été maître de vous pendant cette puterie. N’était-ce pas plutôt le tourbillon du désir qui vous avait emporté ? Fallait-il obéir à ses vents ? En fait, vous ne le savez pas, et vous vous rendez compte que comme votre relation avec Paris cette question est stérile. Un peu amer de n’avoir su la fertiliser, vous vous réconfortez en pensant au prochain bambin, qui se fera agripper par la petite princesse putassière, et vous imaginez sa niaiserie, et les premières claques que la grande pute mettra à la pute écolière. Oui, vous imaginez la première fois où votre successeur se fera enculer, et vous riez.

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