La Lune

La Lune est imposante, grande comme plusieurs mondes, luminescente de toutes les lumières de tous les endroits de toutes les galaxies de toutes les étoiles de toutes les planètes. Minuscules, sur leur petit balcon au sommet de l’univers, le garçon et la fille la contemplent.
Ils se tiennent délicatement la main, ou plutôt, ils se frôlent – ils ont peur que s’ils se touchent ils viendraient à disparaître … car qu’est-ce qui garantit qu’ils existent ; que les cheveux bouclés de la jeune fille sont une réalité ? Une illusion serait-elle si exaltante ? Si oui, ne vaudrait-elle pas mieux alors ? À l’air timide du jeune garçon, elle rit doucement, en se cachant la bouche, comme une enfant… puis, lui succède un léger sourire, mystique, le sourire de tous les sourires : le seul, le sien.
Ils se tournent l’un vers l’autre et la lumière de la Lune, qui ne comprend que trop bien, trop bien, trop bien que tous les hommes, se fait plus douce, vient comme les caresser, leur dire qu’ils peuvent, qu’ils ont le droit, et surtout, qu’ils n’ont pas à le demander ; le droit est un artifice, l’amour, une évidence : qui ni ne se décide ni ne se garde ; accepte, ou refuse, éternellement.
Alors que leurs visages se rapprochent l’univers gronde soudain en désaccord : le sol se met à trembler, le ciel se craquèle, l’espace se brise. La Lune commence à fondre en un magma blanchâtre dont les jets titanesques semblent autant de hurlements ; son dernier souffle astral est-il un cri aux amoureux ? « Maintenant ! Ou jamais ! »
Nos fétus de paille cherchent leurs appuis sur ce balcon branlant ; le tremblement détruit jusqu’aux fondations de l’existence et la gravité s’accentue terriblement les attirant l’un l’autre vers des immensités opposées ; ils ne sont plus liés que par la main ; la main gauche du jeune garçon, et la main droite de la jeune fille, tenant ensemble le destin du monde : qu’ils lâchent, et le monde lâchera ; qu’ils tiennent, et prions pour qu’il tienne avec eux… seul le petit doigt les relie encore et le monde pousse un râle animal du plus profond des temps pour qu’ils cèdent… que peut-il, ce petit doigt, face à l’orchestre infernal du jugement dernier ? Ainsi, il ne leur reste que le regard car au sein du vacarme de la destruction totale leurs mots ne porteront pas. Ils cherchent dans leurs yeux la réponse à l’unique question… la jeune fille semble l’aimer… mais il doit être sûr. S’il ne l’est pas, il lâche.
De son côté, a-t-elle peur ? Elle a l’air. Mais pourquoi ? Que vous aimiez ou non ne changera rien car tout est déjà fini, alors pourquoi frémir, mademoiselle ? Votre amour ne regardera jamais que vous ; et seul votre petit cœur, insignifiant, restera gardien de vos émotions ineffables.
Que disent ses yeux à lui ? Qui y a-t-il au plus profond d’une prunelle brune, si ce n’est un peu de couleur ? Que dit une couleur au bord du gouffre de l’oubli…
Mais mon garçon aide-la ! « Maintenant ou jamais ! » Que ton regard s’élève, jusqu’aux étoiles, prenne sa place dans l’astre de la vérité ; plus personne ne te regarde, seulement l’univers, seulement elle…
Alors, oui, elle voit, dans la grâce de cet œil enfantin, elle voit ce qu’elle veut voir… elle veut voir l’amour, et non, ce n’est pas qu’elle le veut, c’est qu’il y brille, oui : il l’aime, c’est certain. Le monde peut maintenant s’effondrer : ils se seront aimés.
Alors la bête immuable enrage et son mugissement achève de déchirer l’Être ; c’est réellement la fin du monde, car il ne reste plus qu’un point blanc ridicule là où s’est tenue toute une vie la Lune sublime ; toute leur vie…
Contre toute attente par une énergie que personne n’expliquera jamais ils se délivrent de l’attraction du cosmos croulant et leurs lèvres se touchent enfin.
Tout se fige : lui et elle flottent, au sommet de l’univers, bouche contre bouche, visages entre mains ; dans cet instant d’éternité, même l’univers ferme, mais pour cet instant uniquement, sa gueule.
L’orgueil du Tout ne pouvant être ravalé pour toujours, le râle reprend et c’est vraiment le requiem car le tremblement est tel que jusqu’à leur image se brouille. Un son sacré fend l’air éternel ; c’est le cri du jeune garçon, souhaitant laisser une dernière impression, mourir en se révoltant ; c’est ainsi que le prendra l’univers mais ce dernier n’aura jamais rien compris : le garçon ne voulait simplement pas partir sans que la jeune fille ait entendu sa voix.
Alors que leur chair se brouille de plus belle et que l’on ne distingue plus aucune forme mais seulement des couleurs s’évaporant, un son cristallin brise à son tour le tumulte de la nature mourante : la voix de la jeune fille.
Leurs chants se croisent et s’embrassent, accomplissant une dernière fois ce que ne peuvent plus leurs corps disparus.
Enfin, cette litanie naïve dont l’écho intact résonna pour toujours, s’est éteinte, comme tout, avec le monde.
Ne resta plus rien.
Qu’un « je t’aime ».

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