Calife

Le palais du Calife était immense : étendu comme la ligne d’horizon, haut comme le métal d’une lointaine Tour Eiffel.
— Calife ! Roi d’un pays dont les raisins ont le goût de miel et dont les fastes sont sans pareilles.
— Humble pèlerin, que me vaut que tu viennes troubler mon sommeil ?
— Souverain d’Orient que le soleil pare de ses ornements.
— Modeste d’apparence parles-tu pourtant fort bien de mes agréments.
— Tes vergers chantent les louanges d’une poussière fertile et les prés caressent leurs cendres subtiles.
— Que viens-tu chercher sur ces contrées si éloignées, toi, lettré ?
— Noble roi, toute la nature sur mon chemin n’indiquait que tout droit la direction de ton Olympe.
— La hardiesse de ton trajet sera célébrée par le service des œufs de lump.
— Confluent du Tibre, du Nil et autres fleuves incandescents se jetant dans tes yeux, dont les iris de menthe amantes des cieux…  
— Trêve de ces babillages ! Il me plaît ton langage.
— Infinité, si je puis vous l’avouer…
— Parle avant que les caprices de ma versatilité ne se fassent sonner.
— J’arpentais tes terres, habité par une seule idée.
— Il me plaira de l’entendre. Pour un instant me voilà tout ouï sans prétendre.
— Il s’agit d’une infime faveur si celle-là venait à parvenir à l’intime, votre cœur.
— Sont-ce les merveilles de la nuit que tu réclames ? Ou la chaleur des journées ? Les saisons ou la bonne santé ? Tout cela je puis te l’accorder.
— À tout dévoiler ce ne sera rien d’aussi compliqué : ma femme dans votre sérail est maintenue captivée.
— Ah ! Sera-ce pour les bafouer aussitôt atteintes que tu voulus t’élever dans les cimes de mon estime ?
— Lueur de tous les astres, aucune de mes clameurs ne puit jamais noircir ta grandeur.
— Mais, un motif aussi insignifiant te valut-il que nuit et jour, pluie et vent, sable et tourment, tu traversas l’Occident ?
— Jamais je n’entrepris tel voyage autrement que pour ma compagne ses beaux rivages.  
— Ainsi, tel le moucheron admis à la table du roi, tu ne sifflerais que les miettes plutôt que les mets des trompettes ?
— Votre magnificence concevra aisément qu’un minuscule ménestrel n’osât partager les goûts d’un consul éternel.
— Qu’un homme sachant développer des maximes si sonnantes ne vise pourtant que la réunion avec l’autre gente, cela grandement me tourmente.
— Votre firmament des dunes appréhende-t-il qu’à sa couronne un joyau vint à manquer ? Pourtant je ne doute pas que dans ses harems les fleurs se dénombrent sans pouvoir être comptées ?
— Allons cerf naïf, le soleil ne dardera plus ses rayons qu’encore pleins seront mes salons. 
— Qu’empêche-t-il alors l’empereur de tous les patriciens de me rendre le bonheur de mon bien ?
— Rien n’entravera jamais une de mes intentions, à peine fût-elle sentie, sans qu’aussitôt celle-ci dans la réalité prenne vie. Néanmoins à ton égard je ne puis qu’éprouver le sentiment d’un profond gâchis.   
— Ô monarque commandant aux planètes, serais-je digne de savoir celui-ci comment il naquit ?
— Alors que la poésie t’appelle, ses champs de l’Élysée, tu en dédaignes les blés ; voici ta dulcinée, parcours les plaines sans fin de son ivraie, sens leur médiocrité. Ceci est ton choix, cela ta destinée.   
— Ô grand souverain dont la clairvoyance de ton jugement confine aux bois éthiopiens, leurs cent ans. Crois bien que ce n’est point par insuffisance de ma volonté bien plutôt que par instance de la vérité qu’aujourd’hui cette voie je décide d’emprunter.
— Puisse tes actes s’accorder à cette musique, mais ta partition ne me semble que trop inique.
— Celui qui commande à la cour les alexandrins, a-t-il peur que la tendresse me perde qu’elle soit un vil chemin ?
— Ce n’est pas l’amour que je crains ; mais ses détours, son venin.
— Imposant conifère au sein du fatras, jamais mon âme cette citadelle de verre elle ne faiblira.
— Tes dires s’emplissent d’éloquence dès lors que tu défends celle qui pourtant t’engage vers les ires, sa divergence.
— C’est bien pour elle que mon coeur – il bat, vers elle qu’ils voguent – mes mâts !
— Alors, méfie-toi de celle qui n’est point muse, poète, ou dans les ruses éteins-toi, frêle comète.
— Ultime versant où la lueur du couchant vient mourir au soir hésitant, crois que toujours les attributs de la nature je m’efforcerai d’honorer, et ce jusqu’à ce qu’un beau jour je ne pusse plus que sa gloire nocturne embrasser.
— Va, va. Un long chemin t’attend tandis qu’entends-je ce qui se prépare, mon festin.

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