Flocons

Il se retrouvait là, comme dans un hasard. C’est-à-dire, il avait encore sa tête, mais elle ne lui servait plus à grand-chose (à rien). Cela semblait avoir été un long processus, dont le résultat ne venait se manifester que maintenant et dont il ne prenait conscience que devant le fait accompli. Plus de tête, ou, a minima, plus de raison, plus de conscience. Pour ainsi dire il se sentait en pilotage automatique. Pourtant il n’avait été ni appelé ni cherché. A fortiori il était certain qu’il n’avait pas de « destin ». Il n’était personne. Alors cette situation et son état présent, c’était si étrange.

Mais alors que dehors les flocons commençaient à tomber il ne se disait pas toutes ces choses. C’est nous qui les extrayons pour lui car elles nous semblent… « utiles ».

La nuit était silencieuse et lui solitaire. Une étrange sensation de déjà vu venait s’inviter à ses fibres, titiller fébrilement son inconscient.

Une différence de taille semblait s’être invitée à cette répétition, les flocons, peut-être, c’étaient eux, avaient changé : plus si rieurs, si gracieux ; de si bonne humeur. En fait ils étaient, et c’était triste à dire, presque invisibles – comme fondus avant que d’être apparus. Surtout, ils ne tenaient plus. La belle vision d’une plaine blanche était lointaine et impensable : oubliée. Un sol sec, triste et sans histoire, boueux par endroits, voilà ce sur quoi il marchait s’il avait pu, s’il avait voulu le voir.

Étrange suite où rien ne se déroulerait plus comme cela aurait « dû ». Il devrait revivre cette scène en plus dur, en plus froid ; plus « réel » alors que tout cela lui apparaissait de plus en plus comme tout le contraire. En fait, il finissait même par penser qu’il n’y avait jamais eu de flocons. Tout au plus une projection…

Il se sentait regagner sa barre d’immeuble d’aspect fort curieux et une tristesse indistincte le prit. Déjà, il entendait l’écho d’une validation portique, déjà il se voyait pénétrer l’obscurité d’un « hall d’immeuble ». Les escaliers froids et une porte, la clé métallique et dure dans sa poche.

Il y retournait pour toujours.  

À l’intérieur, il n’allumerait pas. La lumière lui aurait causé une douleur étrange et il voulait l’éviter ; il enlèverait des chaussures et un à un ses vêtements.

Son corps recouvert d’un « pyjama », il s’allongerait. Il serait cette chose immobile sur le drap d’un lit.

Dans sa tête, le grand silence. Il fermerait les yeux.

Le lendemain serait un jour comme un autre, et le lendemain également. Il aurait tout oublié : les flocons, la musique et le chant.

Tout ayant disparu, il aurait été enfin « heureux ».

Mais alors que nous pourrions conclure de la sorte, je ne peux m’empêcher de penser que, quelque part, peut-être, il existe une autre réalité ; qu’il existe encore un rêve où se dessine l’ébauche d’un territoire aux flocons. Là-bas les pleurs de la Terre disparaissent et forment le ballet céleste de ses citoyens.

Oui, peut-être, dans cette autre réalité, a-t-il eu un dernier sursaut. Il ne regagne pas sa barre d’immeuble. Il n’y a pas de bip portique, pas d’odeur puante de la ville ni les hurlements des chiens ou les borborygmes d’une langue barbare et laide. Il a traversé la nuit et rejoint le territoire aux flocons.

Mais… cela est si loin, si flou et si dur. Et son somnambulisme est si fort, si mécanique et si « naturel ».

Cependant, je crois, moi aussi, tout à coup, alors qu’il nous faut nous quitter, les entendre : les voir ! Oui, ils tombent du ciel et les voilà qui mouillent les lignes de mon papier, en brouillent l’encre, détruisent le texte et le langage ; tout ce qu’il pourrait contenir de mensonge et de fausseté pour n’en laisser que cette belle couche blanche de joie et de beauté.

Alors je ne peux plus écrire, je n’en ai plus besoin, car ils sont tombés dans mon cœur et m’ont insufflé leur pureté.

Maintenant ils me disent, maintenant je sais.

« Tant qu’il restera une mémoire, tant qu’il restera un rêve, alors, quelque part, il restera des flocons… des flocons de neige. »

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2 commentaires sur « Flocons »

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