Les statues du Commodore me toisaient de leurs traits salaces ; qu’avais-je fait pour mériter ça ? Moi qui, à peine, arrivais là…
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Je croise une Allemande aux cheveux bleutés. Le Teuton me jauge, son sourcil semble fâché. Disculpa ! C’est que votre fille est bien belle mais je m’en vais fort gêné.
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Aux affiches publicitaires agressives succèdent la prévention à l’addiction. Ironie involontaire, hypocrisie que je serai seul à goûter.
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10h50. Déjà une longue queue pour le maxi Whopper. 2,49€. À ce prix-là, on attendra bien toute la journée…
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Une Asiatique d’un certain âge vend des parapluies : « Lava ! Lava ! » Mais sans la pluie son entreprise est bien vaine car son package reste incomplet…
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Une Espagnole :
« Ola. Come te chiamo ?
— Romain. »
Elle porte beau sourire mais je ne comprends pas son langage. Ses yeux s’emplissent d’un profond mépris. Elle s’éloigne.
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« Paraguas ! Paraguas ? » Je crois que ça signifie de même « parapluie ». Les vendeurs me traquent alors que la pluie ne daigne venir.
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Profonde est cette ville. Elle regorge de place. On croit entrer dans une boutique mais on pénètre au Colisée. Lui-même donne sur un Dédale, qui lui-même…
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Je tente en vain de me faire expliquer le culte de la pluie par les habitants. Mais le monsieur au gobelet n’est pas très loquace. Et, une nouvelle fois, je ne parle pas espagnol…
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Mais cette ville me réconcilie avec la race espagnole, son pendant féminin. Jusqu’à présent les héritières de Cervantes m’avaient paru rates. Elles me tiennent maintenant en démenti. Mea culpa.
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Calle Gran Via. Comprendre « grande rue ». Je la arpente. Elle porte bien son nom.
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La pluie vient finalement. La rue se couvre de parapluies mouvants. Curieux spectacle.
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Une sud-américaine encapuchée et à grosses fesses ; cause à effet ? Je ne sais pas. Je divague.
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Un(e) androgyne, je devine une transition. Une chance sur deux mais je ne me risque pas à un pronostic, je ne voudrais pas la.e blesser. Nous discutons. N’est-il pas vrai que la pluie mouille ? Je ne sais pas, je n’ai pas essayé.
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L’hôtel Emperador est un grand palace. Quatre étoiles. Le perron en impose, porte dorée, tournante. Une Mexicaine en sort, apprêtée. Ses valises sont portées jusqu’à un grand taxi. Les affaires de la « Madres », entends-je. Et « madres », ah, c’est je trouve un joli mot, bien que la nommée soit odieuse aux portiers : mes frères d’infortune ! Non, c’est faux, pourquoi mens-je ? Je ne m’accaparerai pas votre souffrance. Vous êtes seuls dans cette misère et moi seul dans la mienne. C’est mieux ainsi.
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Un Paki. Je l’observe depuis un certain temps et il a réussi à caser deux parapluies à des Hongrois. Vendre des parapluies sans pluie ! Je le félicite. « Aora ! Tu en as vendu deux ! Bien joué. » Mais son regard est mauvais, peut-être pense-t-il à une moquerie. Je me tais.
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La pluie change les passants. Deux nains paraissent. Nains de pluie. Sous leurs paraguas on dirait deux gros champignons marchant. Aurais-je fumé ? Non. Ce sont juste deux nains de pluie.
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« Parabras ! Parabras ! »
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Un couple mais un seul parapluie, le Paki sent un filon. La fille est blottie contre l’amant, qui tient le manche et garde une plus grande protection… Il aperçoit le Paki et presse le pas, manque de se faire renverser par une voiture. Pingre ! Mais tu les auras, Paki, tu les auras…
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Finalement le Déluge est trop fort, je m’aventure dans le métro.
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« Pawa ! Pawa ! » Je crois que dans cette ville il y a 25 000 noms pour dire parapluie.
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Le métro est moite et silencieux, on dirait qu’aucun ne doive jamais venir. Mais il finit bien par en arriver un. Nous partons.
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Une affiche pour un festival de jazz. Octobre/Novembre, mais ils n’indiquent pas le lieu. Cela est dommage. Voir Dark Vador jouer de la contrebasse, j’aurais payé pour ça. Tout comme j’aurais payé pour l’amour et la joie, mais je n’ai pas trouvé d’affiche pour ça.
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J’ai mal aux pieds et au genou droit, je suis resté debout trop longtemps. Cette infirmité me rend la vie pénible.
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Je me sens investi d’un calme étrange. J’ai mon âme en flottement.
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La pluie fouette et il ne manquait plus que le vent. Bon, Madrid, tu as décidé que ce jour serait une épreuve. Soit, puisque tu le souhaites…
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Dis-moi, belle ville, pourquoi ta gente est si douce ? Il me faudrait une explication géologique, que je consigne cela dans une encyclopédie de la science…
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Etat des lieux : mon pantalon est complètement trempé. Comment d’autres réussissent à le maintenir parfaitement sec ? Cette inaptitude m’énerve.
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Je reviens un instant sur les Madrilènes, qui ont de jolis sourires, dûs à leur grande bouche, mais aussi, car cela serait mesquinerie que de le réduire à cet attribut, à leur gentillesse et à leur beauté intérieure.
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Le Musée est payant : après leurs prostituées, payer l’accès à la culture… Non, je blague. L’entrée du musée n’était pas si chère que ça.
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Il ne faut rien dire, il faut endurer.
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Le Prado. Définitivement, les musées te laissent circonspect. Encore préfères-tu la gente féminine qui s’y trouve, feignant de comprendre quelque chose mais n’y comprenant rien. Enfin, elles sont si volontaires… Les griefs glissent sur la beauté, tout lui sera toujours pardonné.
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L’un renifle, l’autre tousse : « Pas mal le Titien ». Voilà.
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Il manque d’une musique céleste pour que l’on soit saisi, du Bach par exemple, ainsi que d’une pénombre et d’un profond silence parmi les visiteurs. En clair : une mise en scène.
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Mais qu’a-t-on à faire d’une mise en scène lorsque devant l’auréole de la Vierge vient se superposer une Asiatique en jupe ? Vision parfaitement obscène. Titien se retourne dans sa tombe, tandis que son homologue du XXIème siècle se branle, a une inavouable érection. Porche miseria.
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« Entre le XIV et le XVIe siècles l’Espagne était divisée en royaumes » Et entre le XIV et le XVIe on forniquait à tout va. Mais cela le panneau ne le dit pas.
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L’espace est saturé de beauté que c’en est abrutissant. Comment peut-on en sortir indemne ?
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Le Christ est-il mort pour iel ? Avait-il cela en tête ? Je pose la question.
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On a nous fait croire qu’il fallait le multiculturalisme, qu’il fallait détruire les pays et les peuples, qu’ils en seraient plus beaux ainsi. On nous a menti. Moi, touriste, je n’oublie pas ma condition en ces lieux, et je ne demande que les droits que l’on voudra bien me donner. Plus, serait indécence. Qu’on le comprenne. Ce qu’on nous a matraqué, io rinuncio.
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Que respectes-tu ? Une femme qui, à 70, 80, 90 ans reste digne. Il est si aisé pour elle d’être aigrie passée sa jeunesse, d’empoisonner le monde. Celle qui a la force de résister à cette facilité du mal, celle-là a tout mon respect, tout mon amour.
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La Cène. Tu ne sais pourquoi, soudain tu es parcouru de frissons. Longuement tu regardes. Il se fait silence. Tu t’approches. « Le jaune, la couleur de la traîtrise. » Ton ciré est de cette couleur : es-tu félon ? Que le Christ soit clément, tu ne viens pas en provocation. Tu viens en paix. A nostro Padre.
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Et lorsqu’il dit « Attention, je vois les portes du paradis qui s’ouvrent et le Fils de l’homme se tenir à la droite du Seigneur » ils se couvrirent les oreilles en indignation et l’accusèrent de blasphème.
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Mais même l’indécence a ses fins. Car toujours une étudiante blonde se présente pour apparaître devant les oeuvres et y poser délicat regard, laver toute tache qu’une vulgarité crasse aurait pu laisser.
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En fait, peut-être est-ce là l’ultime beauté : l’innocence, l’humilité…
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Tu regardes. Que te dis-tu ? Que des hommes ont peint ça. Qu’ils y ont cru, y ont travaillé, s’y sont voués. Tu penses à eux tous des siècles passés. À leur oeuvre et à leur besogne, à leur digne labeur et tu n’es pas ému de la résultante ; tu es ému de ce qu’elle est témoignage.
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Définitivement cela manque d’une musique. D’une musique céleste et d’un profond silence. Car il ne faudrait pas prendre en photo ces oeuvres, il faudrait pleurer devant elles à genoux.
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Il y a une cafétéria. Le Prafo Café. Mais tu ne veux pas manger, tu n’as pas faim de mets. Ta faim est spirituelle ; tu cherches une voie, la porte. Quarante jours il te faut jeûner. Et quarante encore. Jeûner jusqu’à l’illumination ou la mort…
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Certains ont des auréoles plus ou moins grandes, c’est un concours. Que pensais-tu en peignant cela ? Les Saints ont-ils besoin d’auréoles ? Jésus louche en voyant cette vaine compétition.
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Sommes-nous dignes de contempler ces oeuvres ? Elles sont bien bonnes de nous laisser le faire. Le plus méprisable est cet air satisfait que certains affichent, comme s’ils jugeaient les oeuvres, se posaient en censeur. Pauvres idiots, vous croyez-vous- en dignes ? Contentez-vous d’observer ce que le temps a eu la bonté de nous faire parvenir. Seule la déférence sied en ce lieu.
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Pour eux ce n’est qu’une case dans une todolist. Le Prado : fait. La Sainte Vierge : fait. Mais cela ne fait rien. Les oeuvres survivront à tout, même à la bêtise.
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Plus bel évènement que l’Annonciation ? Sto cercando.
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(Pour ceux qui le souhaitent ils pourront passer ce passage bien qu’ils auront tort. Cependant, il n’est pas interdit d’avoir tort.)
De bas en haut l’oeuvre se dévoile, d’abord c’est un noble tissu, bleu puis pourpre, doré enfin, une plume dans une main apparaît, une immense plume, décrit un arc de cercle jusqu’à la fuite du tableau, entoure une montagne dans un lointain bleuté et, soudain, les vestiges d’une cité grecque ! À droite, on voit des colonnes, on devine de majestueux bâtiments, puis, enfin, au col, entre les nuages, la belle face d’un Saint, bouclé, et son regard tombant, qui parcourt le tableau jusqu’à en sortir, tandis que l’auréole entoure son visage entre les nuages et que des parchemins de gauche et de droite viennent terminer le cadre, en épouser la boisure…
*
Tempérance ! Tempérance ! Tempérance alors que tu vois tous ces visages de la Vierge et le petit enfant Jésus. Tempérance…
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On aimerait croire que la beauté des oeuvres sauvera de la connerie, mais on a du mal à y croire. Ne peut être sauvé que ce qui est humble. Le reste est condamné par essence.
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La rédemption se porte en elle-même. Si elle est présente, alors même le plus immonde monstre saura s’illuminer. N’est question que du moment de l’occurence.
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« La route du Calvaire (Jésus portant la Croix) »
Est-ce ce qui nous attend ?
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Une journée à errer, à écrire… est-ce une mauvaise journée, ne l’est-ce pas ?
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Tu ne peux supporter le regard de la Mona Lisa, il te couvre de tremblements, tu t’en détournes. D’où vient la force de ce regard ? Quelle est la mystérieuse puissance de ce tableau ? Tu l’ignores, décidément, tu ne peux que le subir.
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« L’amour parfait bannit la crainte. » 1 Jean 4:18
Peut-être est-ce cela qui nous fait défaut aujourd’hui. Nous avons tant de raisons de craindre, si peu d’aimer.
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Qui est cette dame, cuisinière de son état, au fond de la toile, qui tient son amphore et nous regarde tandis qu’au premier plan la maîtresse prend son bain parmi les fruits, seins nus ? Mystère. Elle nous restera inconnue.
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« Et ils lapidèrent Etienne qui priait et appelait le Seigneur et dont les derniers mots furent : « Seigneur, ne leur impute pas de ce péché. »
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En fait une européo-américaine, dirais-je, car elle en a le raffinement.
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La pluie ne faiblit pas, c’est une douche madrilène. À travers les vitres, à l’intérieur, une vivante agitation.
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Tant d’oeuvres, c’est à en perdre le sommeil. Le Prado n’est pas un musée, c’est un sacerdoce.
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Et je voulus envoyer des éclairs vers la verrière pour qu’une pluie de débris nous lacèrent mais tout ce que je fus capable de faire fut de serrer plus fortement mon fasicule…
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Perdue dans une grande salle, au milieu des oeuvres, une jeune fille assisse à un banc, son pull vert m’accroche. Elle capture toute mon attention comme un point d’intérêt fixé par le maître dans un tableau pour que le regard du spectateur s’y dirige naturellement. Que fait-elle là ? Elle est avec ses parents et elle s’ennuie, naturellement. Car peut-elle bien comprendre de ce qu’on lui bourre le mou, elle, quatorze, quinze ans ! N’y a-t-il pas d’autres choses qu’elle aimerait faire ? Autres que de dépérir en un musée dont la rencontre ne se fera pas aujourd’hui. Certainement ! Mais nous ne les saurons guère car tandis que sa mère mène la visite elle s’éloigne d’un pas lent qui ne dit qu’une chose : « quand sortirai-je d’ici ! »
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Alors que l’on veut écrire, on ne peut que se sentir écrasé à l’idée de la Bible.
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A Manola (a Woman from Madrid)
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Et il tourna autour de son visage tandis qu’elle se dérobait dans une curieuse danse, ses cheveux écarlates.
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Ses très belles fesses m’indiquent une fréquentation assidue de la salle de sport, une propension réjouissante au squat.
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Regalos, molduras…!
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Museo Sorolla. Tu pénètres et dès la première salle tous tes doutes s’effondrent. La pureté de l’évidence. Peu importe son thème, l’art se passe de motif : il est.
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« Coreo ! Coreo ! » Il désigne mon ciré jaune, me fait le langage des signes et je ne comprends pas mais crois avoir appris un nouveau mot pour « parapluie ».
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Monument Alfonse XII. Tous les couples du monde se sont donnés rendez-vous ici ou quoi ?
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La seule chose qui ne soit frelatée ici est la beauté des filles et le monument en lui-même, qui n’a rien demandé de ce cirque mais qui doit pourtant bien s’en accommoder… Ô Dio !
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Le vent souffle les feuilles mortes ; quelques nuages. La pluie viendra-t-elle, viendra pas ? Je les imagine tous, désertant la terrasse, se précipitant sous les toiles. Cela ferait mauvais commerce.
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Elle ne fume pas, ce qui la place d’office dans la moitié supérieure du féminin.
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Pour une femme laide, fumer se conçoit, car à défaut de la beauté, cela lui donnerait au moins un style. Alors qu’une femme belle, fumeuse, prouve son idiotie et se rend plus laide encore qu’une femme laide.
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Dans cette terrasse où les moineaux entraient.
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Il est une jolie chose que disent les Espagnoles, c’est « gracias ».
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Danser avec elle et tu puoi resquiescat in pace.
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Touche les pierres, Tolède ! Touche les pierres et sens-les se fracasser sur ta tête, sur ton âme…
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Il faut une fois dans sa vie toucher les pierres de Tolède. Alors on connaîtra la paix, alors on pourra s’en aller.
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Tu arrives devant la cathédrale du Christ, Sainte-Tolède et tu t’effondres. Tu restes à genoux, sidéré, tandis que le soleil dessine une immense bande de lumière sur l’édifice du ciel. Encore dans l’ombre, tu n’oses lever les yeux, de peur de t’aveugler. Saisi tu restes, tu implores. Mais qu’implores-tu ? Que cesse toute folie et qu’enfin tu puisses être en paix.
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Les pavés blessent tes pieds. Irréguliers, à même le sol de la terre ils ne t’épargnent rien. Mais tu ne t’en accables pas. Il te faut souffrir pour renaître. C’est ainsi.
*
Échapper à l’irraison est ton seul projet.
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Longtemps tu as cherché un endroit pour te restaurer. Enfin, tu en trouves un. Le gérant te toise, l’oeil bleu. La matrone n’est pas en reste, elle porte sur toi mauvais regard. Cependant ils t’accueillent. Toi, le Français. De cela tu es reconnaissant et, si la nourriture venait à ne pas te plaire, tu ne leur en tiendrais pas rigueur car ils sont en leur terre et t’ont accueilli.
*
Dans le background joue Rihanna. J’ignore ce qu’elle vient faire ici, cependant sa voix couve de New York jusqu’au fond de la taverne espagnole. Qu’on vienne me parler de démondialisation après ça.
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— Et toi, quel est ton métier ?
—Laveur de verre.
— Tu aimes ?
— Il y a pire.
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La Casa de las carcasas
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Je la poursuis, glace à la main.
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Quand on voyage seul, les gens vous prennent pour leur photographe attitré. Vous avez l’air de si bonne volonté. Vous êtes, en quelque sorte, le dépositaire de leurs souvenirs.
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« Take care with your wallet » me dit-elle dans un anglais à l’accent espagnol délicieux en s’inquiétant pour moi des pickpockets et d’un coup d’un seul elle gagne toute mon estime et tout mon corazon bien plus encore par sa sollicitude magnifique que par sa parfaite beauté…
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J’avais très envie de churos au chocolat et il pleuvait averse. C’était à 35 minutes à pied mais cela ne m’effrayait pas. Rien ne n’aurait empêché de goûter ces churos.
*
Le monsieur promène son chien, en costume sous la pluie, ça lui donne un beau panache. Un groupe de filles passe. Elles rigolent, ne s’occupent pas de lui. Elles n’ont qu’une seule chose en tête bien sûr elles parlent du plus beau garçon du lycée et elles rigolent tandis qu’à leurs pieds ce ne sont que rigoles. La vendeuse de tissu fume sur son palier. À quoi pense-t-elle ? Au passé, bien entendu. Les mégots flottent au pied de l’arbre et la chaise roulante passe, elle se rend à la boxe. À la boxe, pourquoi pas ! Car si les jambes sont lasses les poings eux sont encore là, ne se sont pas rendus. Sous le passage en travaux une petite fille avec une sucette, à travers les vitres elle regardera le salon de coiffure et peut-être voudra-t-elle aussi une coupe de cheveux. Une coupe de cheveux ? Mais oui, pourquoi faire ! Avec seulement des couettes elle serait comme un ange au paradis perdu. Les Espagnoles passent, elles minaudent. Ce n’est pas que la pluie les gêne, mais que le défilé fut impromptu, les mannequins de la Mêne je ne sais pas ce qu’ils ont foutu. La femme d’affaires émerge et disparaît dans l’écume. Une Coréenne me fusille du regard, je ne le comprends pas. En 50, pourtant, je n’existais pas. Je voudrais qu’elle me pardonne mais il n’y a pas de temps, la pluie nous sépare, elle ne s’arrête pas. Tant de monde. Ils la traversent, comme si ce n’était rien.
*
« I’ve come a long way to taste your Churros, Sir. A long, long way… »
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Churros de la Arancias. Les « meilleurs de la ville ». Je goûte : réconfortant. Le sucre balaie tout affect. Un instant, je glisse…
*
Parlons des Hollandaises. Il en passe quelques unes de par les rues. Elles sont belles comme leur langue est ignoble. On se demande la raison de leur présence ici. Peut-être est-ce l’Exode des Pays-Bas. Peuple inventif, il déborde de ses terres. Mais peut-être elles-mêmes ne le savent pas. De quoi parlent-elles ? Mystère. Elles ont l’air tant occupées. Elles vont et viennent de par les boutiques et les marchés.
*
Regard d’une vendeuse de friandises, derrière le comptoir, à travers la pluie. Soudain, ses lèvres se métamorphosent : un sourire. Tu restes un instant immobile, sous les gouttes, incrédule. Pourquoi sourit-elle ? Tu ne lui achèteras pourtant rien. Non, c’est spontané. Beauté du sourire qui n’attend rien. Beauté de la Madrilène…
*
Je croise un homo péruvien, qui chante singing in the rain, je trouve ça à propos. « Vous avez le sens de l’humour » lui dis-je. Mais il ne comprend pas ma saillie, car il ne connaît pas le sens des paroles : il les a apprises en phonétique et les chante sans les comprendre. « Vous êtes bien sage », conclus-je, car on est toujours déçu des paroles.
*
J’entends des voix mais je ne sais pas d’où elles viennent. Elles sont comme de lointains échos qui viennent couvrir les pavés luisants alors que la pluie s’est pratiquement tue.
*
Ainsi se termine Las Huertas : sur une avenue de scooters et de taxis. Vroum. Vroum.
*
Danser dans les salles du Palais Royal. Que nos pieds glissent sur les carreaux de marbre, que nos pas soient guides sur cet échiquier de marron et de blanc, que l’on invite cette fille, surveillante de son état, qui sourit lorsque nous passâmes et que cette danse ne cesse point, ne cesse pas ; que l’on n’en revienne jamais, l’on n’en revienne pas…
*
Y churros tan bien ? Gracias a todo.
*
Pardonnez la rupture de ton sur le passage qui va suivre, l’auteur l’a griffonné au fond d’un bar un soir d’ivresse. (Note de l’éditeur)
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Je n’ai pas su commencer, comment pourrais-je finir ?

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Ça me fait plaisir, m’inquiète et me rassure en même temps , que nous partagions les mêmes idées. Pas toujours facile de vivre …quand on décide de ne pas suivre les dogmes. Mais c’est un choix. Ta vision des madrilènes m’a beaucoup amusée et rappelé maman qui trouvait beaux les hommes espagnols alors qu’à l’époque je n’en avais rencontré que des « qui me plaisaient pas » …..
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