Les graviers des rails sont marrons, l’aviez-vous jamais remarqué ? Et si le métal y luit si bien c’est pour que le sourire de la fille nous retoquant puisse parfaitement s’y refléter. Que les dents, surtout, puissent y briller, et de même que le creux des lèvres, la plissure des yeux et la joie du regard venant s’y former, je vous le dis, moi qui l’ai souvent contemplé ! Toujours regarder de biais lorsque s’effectue le rejet. L’odieux sourire serait insupportable de front, déchirerait le cœur. Pour ce qu’il en reste ! Bien sûr vous ne me croyez pas, pourtant je le tiens de l’ingénieur du quai. Il prenait sa pause, partait pour fumer :
« Monsieur, n’est-il pas vrai que les rails luisent pour être miroir du visage des jeunes filles ?
— Monsieur, vous voilà bien informé. Ne voudriez-vous pas ? La SNCF cherche employés. »
Je décline bien que la proposition me parût fort sensée.
La veille j’esquivai des coups de couteau dans le tramway, plus tard dans la rue. Le pays me devenait hostile, j’étais en partance.
« Où donc, si je puis demander ?
— Samarcande, j’y pars perdre ma jeunesse. Une ligne s’est ouverte. Le trajet dure plusieurs jours, quelque éternité. »

Découvrir de nouvelles ambiances :
En savoir plus sur Romain Dardel
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.