Résistante

Suite à « Waitress ». — Je sais que je viens d’écrire un texte à ce sujet mais il m’en restait une insatisfaction urticante, une sensation éminemment frustrante de n’avoir su rendre la vérité du sentiment, de n’avoir su lui rendre justice et, en définitif, de n’avoir su exprimer le caractère décisif de ce sourire, à quel point il était, à quel point il est, pour ainsi dire, la seule chose qui, en définitive, compte véritablement. Je m’en rappelle maintenant clairement : c’est comme s’il m’avait lavé. Et je ne sais le dire autrement. C’est comme si elle avait tout lavé, tout lavé… Et c’est là, je le sais, quelque chose que je traitai déjà, à l’époque, dans un texte de 2021, mais c’est parce qu’il s’agit du resurgissement de l’exacte même sensation. Celle, puissante, totale, renversante, de salvation — de délivrance ou de régénération, je ne sais le dire autrement, et cette répétition, cette mimique des temps, des lieux et des êtres, cette permanence de la réalité et du retour des choses et du même qui ne sont en réalité que les mêmes et uniques manifestations de l’éternel retour, de l’éternelle unicité du Tout, ce même retour du sourire donc, c’est comme s’il, oui, lavait tout. Tout le mal, toute la haine, les douleurs et les peines, qu’il les balayait tous, d’un seul coup, et les remplaçait aussitôt par une paix pleine, une absolue plaisance, une terrible et renversante sérénité, qu’il était une immersion soudaine dans une eau absolument pure (je ne sais trouver d’image plus forte, plus évocatrice, plus vérace encore, je ne sais dire), de l’éther instantané à même les poumons, qui libère la poitrine, le thorax, une plénitude totale, entière, évidente du corps, harmonie de l’esprit et de l’être, comme si ce sourire était, est — une libération — l’instant, la clé et la paix, l’acceptation, et qu’en lui-même et associé à ces yeux parfaitement tendres, parfaitement bons il contenait toute la paix, toute la bonté, toute la tendresse du monde, contenait en lui-même une sorte de paradis, de refuge, de sanctuaire, dépourvu de douleur et de crainte, loin des horreurs et des plaies, des insanités barbares et absurdes, ce lieu inviolé, inviolable­ — de bonté, de joie, et de paix. Oui, c’était cela son sourire. Et voilà ce qu’il fallait dire, ce qu’il convenait d’écrire. Voilà le seul hommage qu’il méritait, le seul chant qu’il pût porter : celui de la bonté, de la tendresse et de la joie. À elle seule, elle toute seule, sans aide, sans ministre ni palais, elle rachetait toute la salissure et toute la dégueulasserie du monde, son absurdité et sa haine. À elle seule, elle toute seule, de par sa simple existence, de par son seul sourire, elle rachetait le monde : elle était, elle est et sera, pour toujours ­— l’ultime résistante.

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