Tous les matins elle me disait que mon sort allait s’améliorer.
Je crois bien que sans elle je me serais ad patres depuis quelques temps déjà.
Je la voyais, je ne lui achetais rien, même pas un pain au chocolat, ce qui insupportait le gérant et lui faisait porter sur moi mauvais regard car quelqu’un qui passe, comme ça, tous les matins, sans rien acheter, où allions-nous donc ! passer, comme ça, juste, dire bonjour, un peu de contact, un regard ? c’était bien bizarre, convenons-en, mais quand on ne va pas bien, quand on ne va pas, on ne sait plus, on ne sait pas, après tout, pourquoi pas ? quel mal cela fait-il de passer dire bonjour sans prendre de pain au chocolat ? c’est un bonjour bien improductif, j’en conviens de nouveau volontiers, et je plaide coupable tout à fait, mais je n’allais pas si bien que ça, pas suffisamment bien pour que l’idée de la productivité pût vraiment triompher de ma pudeur car comme j’enviais tous ces assurés, tous ces hommes encostumés, droits et marchants si décidés ! comme j’admirais leur certitude face à la vie, comme elle m’était un mystère ! toute cette attitude de conquête devers elle, sûrement les faisait-elle tenir… alors que moi, il me suffisait du bonjour de la jolie boulangère, de son tout à fait véritable et gratuit sourire pour que je pusse, un jour encore, supporter et m’en sortir…

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nices!! Remède
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