On m’avait dit que le Président était fils de putain.
Moi qui étais avant tout clerc de vérité, je tenais à vérifier.
Mais l’Hôtel de Ville est bien gardé. Le document ne se laisse consulter.
Devant le registre, le monsieur-monocle me regarde curieusement, son sourcil se hausse.
« Hum ?
« Monsieur, je viens consulter l’acte de naissance du Président. J’ai entendu rumeur au sujet d’une certaine circonstance. Je souhaite donner lumière sur cette affaire. »
« Hum. »
Il hume et je crois déceler gênance. Mais je ne présume point. J’ai foi en l’homme.
Il descend aux archives.
J’attends.
Un peu.
Un peu.
Il ne revient point.
Ah.
Alors.
Je descends les escaliers.
*
La porte est bloquée.
Le monsieur semble s’être enfermé.
« Monsieur, ouvrez. »
Pas de réponse.
Un moment passe.
J’insiste.
« Allons, Monsieur, les Français doivent savoir ; ouvrez. »
Des volutes glissent soudain du seuil.
Derrière, je devine l’incendie.
« C’est de la folie, Monsieur, ouvrez. »
Le roussi se fait de plus en plus sentir et la porte commence à gémir de l’évaporation de son humidité par la besogne des flammes.
Pourtant, je n’entends ni mot ni cri.
« Monsieur… »
L’homme aura disparu sans émettre un bruit.
Je pars.
*
Je pense.
Comment appeler un homme prêt à s’immoler pour supprimer les preuves sur son maître ?
Je pense : un fonctionnaire.

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