L’écriture pure, telle que je la conçois, est à l’opposé de la pensée, à l’opposé de la réflexion. Il s’agit de parvenir à donner la voix à un inconscient, qui est là, silencieux mais bien présent, et qui ne peut s’exprimer autrement que par les mots, que par l’écriture — qui est l’écriture. On pensera d’abord assez naturellement à l’écriture automatique, mais ce n’est pas du tout de ça dont je veux parler ici. L’écriture automatique, c’est du grand n’importe quoi. Je veux parler d’autre chose. L’écriture pure c’est donner à exprimer ce qui ne peut s’exprimer autrement. C’est cette exclusivité du langage. Et j’ose dire que, selon cette conception, à l’heure actuelle, personne, je dis bien personne n’écrit. Il n’est aucun écrivain. Tous sont attelés soit à la besogne de la réflexion, soit à la besogne de la restitution d’une pensée, soit à la besogne du cahier des charges, et c’est pour cela que leur écriture est si mauvaise ou plus précisément qu’elle n’est pas écriture. Elle est non-écriture. Écrire c’est donner la voix au silence, à l’inconscient silencieux. Or tous ces « auteurs » sont ou trop bavards ou trop lourds, ou leur moi prend trop de place, ne cède pas la sienne à l’écriture. L’écriture est à la fois un lâcher prise et un maintien ferme mais non rigide. En cela, écrire s’apparente à l’acte de faire l’amour. Elle est une forme de sensualité. Mais ils ne savent que réfléchir et besogner, on les imagine devant leur ordinateur les sourcils froncés par l’effort et de vilains maux de tête. Non, écrire c’est lâcher prise et en même temps tenir fermement. C’est entendre le silence et le coucher sur le papier. C’est faire l’amour. Et je ne saurai le décrire autrement qu’avec ces trois propositions jointes. À ceux qui veulent s’y essayer, grand bien à eux. S’ils y parviennent, ils le sauront instantanément. Aux autres, hé bien, hélas, il leur reste, je crois, encore de la besogne.
ps : pour comprendre cette idée de l’écriture pure on pourra encore penser à la radio. Pour entendre une radio il faut trouver sa fréquence et s’y maintenir. L’écriture pure, ce me semble, procède du même fonctionnement. Il faut trouver la fréquence du silence et s’y maintenir le temps que l’on veut écrire. Même si, ici, il semble bien que ce soit l’écriture qui décidera plutôt que nous : c’est l’écriture qui s’écrit et non nous qui l’écrivons, nous ne sommes en quelque sorte que son dépositaire, la main de l’écriture.
ps2 : et c’est pour cela que certains textes, mêmes s’ils ne répondent pas à une exigence parfaite de logique ou de formalité, nous paraissent pourtant d’une harmonie surnaturelle, comme couler d’eux-mêmes, nous faisant profondément ressentir en nous-mêmes que c’est ça. C’est parce qu’ils émanent droit du royaume de l’écriture, qu’ils en coulent comme un fleuve. Ce fleuve nommé Littérature.

Découvrir de nouvelles ambiances :
En savoir plus sur Romain Dardel
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Beaucoup de belles idées dans ce texte, mais je te trouve trop catégorique. il a effectivement 2 catégories d’auteurs : business et plaisir. mais pourquoi les juger ?
J’aimeJ’aime