Travail

— Mais peut-elle m’aimer, Persifandre ? Moi, le moins-qu’un-homme ! Je ne travaille pas, vis dans un logis qui n’est pas le mien : quelle femme voudrait d’un tel Peter Pan ?
— Tu t’accables par loisir mais tu ne le penses pas.
— Soit ! Je m’en vais sous sa porte instamment.
Il s’en va sous sa porte. Aïe ! Il tombe sur le galant.
— Ah ! Valentin.
— Vlad.
Valentin n’est pas au beau fixe de cette entrevue ; entre eux, un certain contentieux.
— Hum, je venais… mais les affaires, ça va ? Bien ?
— Bien.
Hum ! Silence.
— Bon ! Je repasserai…
Vlad est plein de dépit, mais Persifandre ne daigne répondre. Il doit être en train de travailler. Ah ! le travail. C’est vrai que c’est une chose.  Mais que faire alors… de tout ce temps. Voir Amandine, évidemment. Mais ce Valentin, gardien de porte, ah ! Pourquoi la vie, si compliquée…
Soudain, une idée.
Chapeau et foulard, il s’en retourne au bas de l’immeuble : il passe.
Il passe ! Miraculé, il sonne.
— Hm ?
— Amandine !
— Ah, Vlad… Entre…
Elle sort d’un somme, ses yeux sont bouffis, ça lui donne un air adorable. Ah ! Se peut-il ? Encore plus belle ? Mais oui, mais oui. Amandine Amandier…
— Amandine, ce n’est pas encore pour te parler de tes yeux que je suis venu, car je crois que nous avons fait le tour de la question en convenant de leur parfaite complétude.
— Hm…
Lasse est-elle de cet énergumène, bien que sa compagnie ne lui soit si désagréable.
— Non, ce que je suis venu te demander… mais, n’as-tu vu la rose, comme elle se plait à l’ombre du balcon ?
Amandine détourne le regard.
— Valentin. Quitte-le et épouse-moi.
Ébahie, ses yeux reviennent à lui. Puis, elle se lève, tourne en rond, se tient le coude, réfléchit.
Vlad attend.
Enfin, elle dit :
— Non.
Ah !
— Soit ! Dans ce cas. Adieu.

« Esclifandre, n’y aurait-il pas une place dans ton département ? Je crois que j’ai besoin de travailler. »

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