la pluie tombe devant toi, le merisier se penche à ton épaule, il souhaite te parler, mais tu ne peux l’entendre, car la pluie t’absorbe, tu ne peux que la voir, la contempler tomber, rebondir sur le sol puis finalement se figer, pour combien de temps, tu l’ignores, car cette pluie semble ne jamais devoir cesser de tomber, encore et encore, elle tombe, doit tomber, ne cessera de tomber et cela ne provoque en toi ni joie ni peine, ni aucune émotion d’aucune sorte, c’est simplement ce qui est, ce qui doit, ce qui arrive, cette pluie. alors, le merisier se redresse et redevient l’être immobile et trempé qu’il est, la pluie continuer de tomber tandis que l’être humain que tu nommes « toi » reste inerte, pourtant le bus approche il te faudra bien y monter ou attendre le prochain, mais pourquoi souhaiterais-tu monter, t’en souviens-tu ? non, bien évidemment. tu as oublié et, malgré tes efforts, tu ne peux, ou ne souhaites, t’en rappeler. tu es sorti ce matin en cherchant la chose mais tu ne l’as su trouver, ce jour et ce bus seront donc le rappel de son absence. la présence d’une absence. la seule. mais la pluie tombe et quand même tu montes, tes cheveux mouillés et ton âme silencieuse et, tandis qu’aux vitres les larmes du cosmos glissent en chemins de buée, cet instant comme les autres t’apparaît soudain si décalé, à côté, comme penché sur un plan alternatif très légèrement incliné, de quelques degrés seulement, mais cela suffit pour que tu perdes pied, ou, plutôt, pour que le monde même perde toute assisse, qu’il soit soudainement privé à lui-même de toute réalité, ou, plus encore, de toute crédibilité, car oui, tandis que les larmes coulent encore et que la pluie tombe tu ne sais plus y croire à ce monde penché, il l’est trop ou trop peu, peu importe, mais toujours à côté, jamais d’équerre, jamais comme il faut, ou peut-être est-ce toi-même qui, par égarement, participe de ce désaxage, mais comment savoir ? alors que le bus démarre, les choses doivent bien se mouvoir, car qui donc arrêterait le mouvement ? non, tandis que la pluie tombe à travers les vitres et que tu tentes vaguement de rejoindre ta place, tu ne sais trouver en chemin la chose, tu ne sais plus y croire.

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