Central Station

Il y avait tellement de trains, cela partait tellement tous azimuts que je n’ai su lequel prendre, lequel était le mien, vraiment… c’est un peu dans tous les sens, en étoile, comme le réseau ferré, de France… mais, à la fin, ça fait sens… je le jure ! sur… cependant qu’il ne trouve rien sur quoi jurer qui ne serait redondant avec son œuvre passée et que rejaillit soudain le souvenir d’une jolie jeune fille que la vie lui fit insigne honneur et joie de connaître et qu’il n’oserait jeter en balance dans cette odieuse contrefaçon qu’il improvise tel le galopin oisif et sale qu’il dénie jusqu’à présent d’être car il ne quitte point espoir de la subite élévation, certaine et finale : Dieu. Car il fallut qu’il finisse par lui sinon par elle (la femme). Ce qui, tout compte fait et, même, très assez rapidement fait – faut-il le dire –, revint au même.

Saints

Tu montes dans le train, ligne N, ligne L, ligne R — quelle différence ? les « Saints » défilent : Saint-Quentin, Saint-Cyr, Saint-Cloud… Soudain, tu t’interroges : qu’est-ce donc qu’un « Saint » ? Qu’est-ce que ce mot peut bien signifier ? Tu cherches dans le dictionnaire : introuvable. Tu regardes mieux : salutsaison… Selon tout ordre logique, il devrait se trouver entre ces deux-là… Mais, rien. Alors, tu songes : peut-être est-il de ces mots qui ont disparu à eux-mêmes, qui n’existent plus qu’en tant que substitut, par leur signifiant, non plus par leur signifié. C’est que le sens se sera perdu dans le temps et la nuit. Ne lui subsiste que ces choses, défilant, muettes à nous : des noms de gare.

Car, tandis que la géographie de ton pays défile à travers cette vitre à la semi-opacité amère, tu ne sais si ce qui te parvient à travers elle – déformé, dépoli, pâli et modifié travesti – doit porter le nom de « paysage » ou, bien plutôt, de vain spectacle. Et tandis que tu médites cette pensée, qui n’a et n’aura nullement moins d’intérêt que le reste sinon à jamais le sourire que t’adressait une fille dans sa joie, tu penses : dans le temps, tout disparaîtra.

Météo

En short et T-shirt alors qu’il pleuvait les passants s’étonnèrent, ce à quoi il répondit ne jamais regarder la météo car le soleil était en son cœur.

Échec

Je recherche l’échec. Ultime. Celui qui me brisera définitivement. Pour le moment, je ne le sais trouver. Car toujours je me relève et toujours je reprends ma charge et toujours je remercie le Seigneur du fardeau qu’il me donne à porter. Car si j’échoue et souffre c’est qu’il me juge digne encore. — C’est le jour du succès que j’appréhende, car alors je saurai qu’Il m’aura tourné le dos.

S’il accable, c’est qu’il approuve ; s’il comble, c’est qu’il maudit. Le succès est sa malédiction.

Dieu a une face de limace, le Diable la joliesse d’une libellule. La potion du Seigneur est toujours amère, celle du Diable toujours douce ; à ce dernier nous devons l’invention du dessert : servire.

Le Diable aura le goût sucré qui s’avale facilement, comme la servitude ; Dieu une acidité étrange qui suscite le rejet, comme la responsabilité.

Pire

Car la satisfaction conduit à l’endormissement et à l’oubli de soi. Or, l’homme doit toujours rester sur ses gardes : c’est là son fardeau. S’il s’oublie, il se salit, et voilà soudain grande ouverte la porte du Pire.

Hypocrisie

On a beau jeu de dire aux gens de ne pas se divertir et de vivre « l’instant présent ». Mais quand l’instant présent se résume à un environnement immonde, il devient malaisé de prôner ce « vouloir vivre »…

Tentation

L’embêtant quand on écrit, c’est qu’il y a assez vite et, pour ainsi dire, en permanence, la tentation de la connerie.

C’est-à-dire que l’on se met à table, l’esprit empli de solennité et avec la volonté d’écrire quelque chose de sérieux, de lourd, qui en vaudrait la peine. Mais que, bien vite, trop vite certainement, apparaît cette autre idée, plus légère, frivole, mais ô combien plus tentante et séduisante que la première qui, maintenant et en comparaison de la seconde, nous apparaît plombante et, en fin de compte, vaine. Ce qui, dans un retournement étrange, contre-intuitif et inouï, nous fait paraître le frivole comme désirable et la grande entreprise comme insignifiante et indigne de poursuite.

L’écriture ne semble donc pas (hélas ?) épargnée par l’un des besoins les plus primaux de l’homme : se distraire. Pour un jour au moins, s’oublier…

Astre de la vie

Pourquoi dit-on du soleil qu’il est « l’astre de la vie » ? J’ai mon avis sur la question, c’est parce qu’il excite. Prenez par exemple deux jeunes gens, mettez-les ensemble par temps gris : il ne se passera rien. Mais mettez-les ensemble au soleil, et soudain… Il est l’astre de la vie parce qu’il réveille la vie, nous rappelle à la vie ; l’astre des instincts torrides. Et le torride ne serait-il pas autre chose que le torrent des instincts de la vie…

À l’univers

Je n’écrirai ni pour moi ni pour elle mais pour que l’univers sache comme elle était belle quand elle pleurait, quand elle riait, quand elle boudait, quand elle chantait le matin…

Circuit

Les trois phases de l’alcool : exaltation, contentement et chute.

À cette dernière peut succéder une certaine rupture d’existence ou un autre tour de manège, ce sera selon plein de choses : l’humeur, l’assise, – le porte-monnaie ! -, ce que nous évoquera à cet instant le capillaire de la fille en face de nous. Tout un tas de facteurs sur lesquels je n’aurai présentement présence de m’étendre. Cependant cela se limitera, bien souvent, comme – quasiment – toutes choses en ce monde, au facteur féminin, pour ainsi dire à la question féminine, n’est-ce pas ? car le monde n’est qu’un gynocosmo, monstrueux, gigantesque et, de part en part, de loin en loin, traversé par de partielles – mais absolues – éparses beautés.

Oubli

L’oubli ne constitue pas en la disparition du souvenir, mais en l’incapacité de se ressouvenir de lui ; il reste là, bien rangé, quelque part, dans notre mémoire, dans l’attente de notre sollicitation. Sans que nous ne sachions plus l’atteindre pour le moment, mais dans l’espoir d’y parvenir à nouveau un jour. Ainsi, tant qu’il nous reste le souvenir de l’oubli, il nous reste quelque chose ; c’est quand l’oubli s’oublie qu’il en devient irrémédiable, sans retour.

Du tourisme

Le tourisme n’apporte pas le développement, il apporte la servilité.

Et j’aurai occasion de développer cela ultérieurement, mais que l’on conserve déjà pour l’heure cette vérité en soi, qu’il ne saurait y avoir pour un pays chose plus funeste et néfaste à son développement et à son émancipation que le tourisme.

Il faudrait qu’un pays se développe suffisamment par lui-même pour qu’au moment de penser à celui-ci, il n’en ait plus le besoin. Et qu’il le dédaigne alors comme une chose néfaste, une version moderne de l’asservissement — ce qu’il est. Ou encore, il faudrait interdire à un pays tout tourisme, jusqu’à ce qu’il se développe suffisamment pour ne plus en avoir désir.

Intermède pour s’assurer que nous sommes bien de l’humanité : Captcha

Dernière étape !

Cochez la case : « Je suis humain »

Cochez la case : « Je suis humain »

Cochez la case : « Je suis humain »

Douche

— C’est une sensation merveilleuse que de ne pas prendre de douche !
— Oui, mais ça n’empêche que c’est sale, Juliette.
Petite fille trop sale ! Grande fille trop sage ! Ou caractère décisif d’une lettre, caractérisation d’un caractère…  Cependant que l’observateur s’éloigne pensif, disparaissant sous la pluie…

Nadir

Je t’ai vue depuis nadir ; étais-tu belle ? — je n’ai su dire.

*

Mais, certes, faudra-t-il au lecteur une pensée à conclure de ces fragments, une vérité à en « retenir », que nous lui proposerons, bien volontiers, incessamment sous… cependant que nous inventerons diversion à fin d’éclipse de notre personne et de terminaison textuelle, montant dans le premier train venu

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