Spencer II

Je lui dis que fumer était une erreur et cela la heurta.
Elle se tourna vers moi, souffla sa fumée sur mon visage et s’éloigna.
Sur le front de mer nous marchions, je la regardai s’en aller dans son beau manteau flottant.
Nous nous dirigions au casino, ou quelque chose comme ça.

Elle entra avec un autre et promit qu’à l’intérieur nous nous retrouvions. Cette remarque sur le tabagisme m’avait porté préjudice.

Je ne souhaitai pas encore la rejoindre. Je voulais goûter ce sentiment de déception, celui qui annonce l’éloignement et la rupture. Déjà elle cessait de parler à mon cœur et perdait tout pouvoir : celui de l’illusionner.

C’est bien évidemment à cet instant que la moustache de Don Federico et son régiment se montrèrent, car le calme ne dure jamais. Il voulait m’arrêter, pour un motif ou un autre, son sourire satisfait me signifiant qu’il en trouverait bien un et que ça n’avait aucune importance.

Je l’entraînai à l’écart, prétextant une confidence, ce qu’il accepta car il pensait bientôt jouir de mon humiliation. Nous étions en bas des escaliers qui donnaient sur la mer et s’y baignaient les pieds, au flanc de la montagne aux roches à pointes.

Je le désarçonne et lui mets la tête sous l’eau, puis la lui maintiens, un certain temps, qui dure… Mike et Wallace me retiennent d’en finir mais c’est superflu : contrairement à ce que Don Federico peut penser, je ne suis pas un assassin. Je le retire alors tandis qu’il crache ses poumons et jette des regards terrifiés de gauche et droite : « Suis-je encore en vie, vraiment ? » Est probablement ce que lui crie son corps et ses alarmes, car dans ce genre de situations il y a bien longtemps que la conscience et l’esprit se sont tus pour lui laisser monopole.

Je regarde avec froideur dans sa direction, pour lui signifier son sort s’il venait encore à s’essayer d’éprouver son supposé pouvoir sur moi. Il s’éloigne avec honte, lui et son régiment.

Tandis que, moi, qui regarde l’entrée du casino irradiant dans la nuit, il me reste à affronter quelque chose de bien plus insurmontable et pénible qu’un homme bouffi de pouvoir : une femme blessée.

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4 commentaires sur « Spencer II »

  1. Très joli texte.

    Je fais juste quatre remarques de forme : – Nous nous dirigions VERS le casino (direction). Pour dire AU casino, il faut que montrer que la direction est aussi l’objectif certain : nous ALLIONS au casino. – promis que nous nous retrouVERIONS. C’est une promesse … pas une certitude. Ou bien il faut dire : proposa que nous nous retrouvions*. – souhaitaiS pour une cohérence des temps avec voulais – … vraiment ? » est (minuscule, car c’est la suite de la phrase et non une nouvelle)

    *enfin … je crois.

    >

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