Dans une gare, un homme tombe sur la voie de chemin de fer tandis qu’un autre assiste à la scène depuis le quai.
Il observe et observe, toutefois sans réagir.
Quel flegme ! Même, quelle indifférence. C’est révoltant ! pourra-t-on dire.
Mais il conviendra avant tout de se mettre un peu à sa place : qui me dit que cet homme est tombé malencontreusement ? qui me dit que se retrouver sur cette voie, à cet instant précis, n’est pas ce qu’il souhaitait ? et si tel était le cas, qui serais-je pour l’empêcher d’accomplir ce dessein ? Pire, qui serais-je pour le ramener de force sur le quai ? me jugera-t-on de ne pas le faire et que me viennent de telles considérations ? qu’elles me conduisent à ce « laisser-aller » … Comme on sera prompt à me juger ! car quiconque dans cette situation n’aurait-il pas « agi ? » Bah ! Ils ne comprennent rien à rien. Il ne m’appartient pas de juger que cet homme veuille ou non se retrouver sur cette voie, qu’il veuille ou non y tomber. S’il le souhaite ! ça le regarde. Et pourquoi ne le voudrait-il pas, ne le pourrait-il vouloir ? Pourquoi aurais-je à y redire ? Non, plus je regarde cette affaire, plus je pense sans me tromper être parfaitement dans le vrai, dans le pur bon sens. On a trop, à travers le temps, en toute circonstance, forcé la main à l’homme dans ce qu’il devait ou non « faire », dans ce qu’il devait ou non « être ». On l’a trop brutalisé et, pour ainsi dire, privé de toute liberté. On s’est trop, en toute occasion, inquiété pour lui alors qu’il n’y a jamais que lorsqu’on le laisse bien tranquille qu’il se porte le mieux ! Alors, moi, je te rends ta liberté, homme ! Ta liberté ou non d’être sur cette voie, ta liberté ou non de t’y affaler, ta liberté ou non d’y admirer le ciel car l’endroit te paraît meilleur : si bon te semble ! et par-là je nous consacre frères : frères de liberté !
Finalement, l’homme fut remonté à quai par d’autres usagers. Et « l’homme du quai » qui était resté parfaitement impassible durant tout ce fait divers, dont le motif d’inaction resta incompréhensible à chacun, fut condamné sans détour à une peine de prison pour non-assistance à personne en danger.

Découvrir de nouvelles ambiances :
En savoir plus sur Romain Dardel
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
TB et j’adhère totalement à cette idée de liberté d’exister ou de disparaitre 😉
Qd je lis tes dernières nouvelles, je me dis que tu devrais faire du journalisme …
J’aimeAimé par 1 personne
Journaliste ? Hé, pourquoi pas, après tout !
Merci pour tes retours, Séverine 🙂
J’aimeJ’aime