Sable
Ce qu’il me reste de toi ? Un peu de sable, entre les doigts.
Aveugle et sourd
Homme, n’entends-tu pas ? dans ton dos les cris, les borborygmes.
Homme, ne sens-tu pas ? sur tes épaules depuis les Cieux, pleuvoir le courroux…
Histoire
Faire survivre l’histoire des hommes et des siècles ; tout ce que nous pouvons faire.
Pile, face
On lance une pièce, parfois sort pile, parfois sort face…
Quant à l’être humain, faut-il lui en vouloir d’être comme ci, d’être comme ça, qu’il fasse ci, qu’il fasse ça… Penser pièce : un jour pile, un jour face…
Moucheron II
Pourquoi écrases-tu ce moucheron ? Parce que tu ne peux être dérangé. Et pourquoi ne le peux-tu ? Parce que tu es occupé. Et pourquoi l’es-tu ? Parce que tu as peur de la mort.
Transit
Même s’il n’y a plus de gloria mundi il faut tout de même que sic transit.
Billet
— Ceci n’est pas un billet, mais un torche-cul.
Cependant que des agents l’interceptent avant que veritas exeat.
Nuit sans étoile
Écrire est d’abord une nuit sans étoile : on scrute un ciel obscur, une toile tendue de néant ; mais, petit à petit, une, puis deux, puis trois, puis quatre… tout une constellation se met à scintiller. Ces étoiles, ce sont les textes. Leur lumière, les mots. Leur spectateur : reclus, pensif, solitaire. L’homme.
Appréciation
On essaie d’apprécier « l’instant présent » jusqu’à ce que quelqu’un sorte son portable (deux secondes cinquante-quatre centièmes).
Eum
Est-il un homme ou un eum ?
Jean-Gob
Les gens gobent.
Bis repetita
Dans le métro, une publicité pour une application de relations extraconjugales. La voyant, que penserait Auguste, sinon bis repetita ?
Eu égard
— Pardonnez, je vous alpague un instant pour vous faire part des sentiments qui sont les miens eu égard à l’existence qui est la vôtre.
Destination
Mais qu’importe la destination de la très jolie jeune femme et du jeune homme amoureux puisqu’elle ne sait être la même et qu’elle les condamne à l’irrencontre.
Concombre
L’assertion la plus idiote que j’ai pu entendre : « Observe mais ne juge pas » qui revient à vouloir faire de l’être humain un concombre et, si, certes, un concombre peut être – sous certains aspects – sympathique, il n’en reste pas moins un concombre, et est-ce là où nous sommes rendus ? Si peureux de nous-mêmes que nous ne souhaitons plus rien sinon notre propre concombrification ? Même pas une salade de fruits… non, la salade serait femme, et c’est là tout autre sujet. Nul doute qu’elle se rebellerait ! Car la salade est militante par nature là où le concombre reste placide ; lueur d’espoir, car la salade réveillera le concombre, j’en suis certain…
Grenouilles-taureaux
« Papa, je pense que les guépards peuvent gagner contre les grenouilles-taureaux, parce qu’ils sont plus forts que les grenouilles-taureaux. »
Spencer V
Des enfants parlent.
Fatigué, je ferme les yeux et me laisse un temps gorger de leurs paroles, de leur vie.
Moi, la goule. Moi, le mort-vivant. Trop las pour vivre ou pour mourir, peut-être me donneront-ils la force d’un autre pas, peut-être pas… Car à peine cessent-ils de parler que, voilà, je cesse d’exister…
Hanches
Et ce qui tout de même me fait garder espoir est que, si le cerveau féminin est actuellement traversée par une maladie particulière, les hanches quant à elles restent pour en partie vigoureuses, encore propres à un certain engendrement, donc à un renouvellement de l’espèce et à un espoir de revigoration de la race. L’apparition d’une potentielle et nouvelle génération vierge de conneries. Ainsi, comme dit, tant qu’il y a des hanches il y a de l’espoir.
Et je comprends enfin cet adage dans sa plus brute vérité, et ce que les Romains anciens avaient aussi compris, à savoir que tout n’est que démographie, et que le génie d’un Hannibal même ne pourra rien face aux Romaines et à leurs cinq enfants.
Cellule
N’avait-elle froid ?
Il la réchaufferait.
Mais lui avait froid.
C’est elle qui le réchaufferait alors ; le froid, la mort, c’étaient des concepts.
Son amour, un éternel.
L’agent avait dit :
« Amoureux, on ne m’y reprendra plus. »
Il leur avait offert une cellule pour la nuit, une paillasse pour deux.
Des barreaux.
Ils ne les voyaient pas.
Ça n’importait pas.
Puis, le matin est venu.
Elle est partie.
C’était un jour.
Comme ça.
Tic-tac
L’amour enterré est comme ces Tic-Tac répandus sur le sol que l’on fixe bêtement sans plus pouvoir les sucer.
Mérite
Pas de phrase plus idiote que « tu ne mérites pas mon amour », comme si nous avions décidé d’aimer, ah ! l’amour ni ne se mérite ni ne se décide ni ne s’empêche ; il naît, vit et meurt, c’est tout. Dire qu’il est intentionnel résulte d’une terrible naïveté sinon d’une affreuse mauvaise foi, c’est travestir un affect en volonté : supercherie misérable, c’est bien plutôt la personne qui prononce ce genre de phrases qui ne « mérite » pas l’amour.
Après la pluie
Après le soleil la pluie, et après la pluie le beau temps ? Donc, après la jolie fille les ennuis, et après les ennuis…
Étalage
Tandis qu’il aplatit là, poing par poing cette chose, cet être humain, il s’étonne d’être capable d’une telle violence et, même, de pouvoir y prendre un tel plaisir.
Mismatch
C’est toujours quand on est sous la douche que la porte sonne.
Le destin fonctionne de même.
À peine a-t-on le temps de se sécher et de sortir qu’il a disparu.
Comme si nous ne pouvions jamais lui répondre.
Un perpétuel mismatch…
Trois mirabelles
Il n’est rien qui m’empêcha
D’être avec elle
Si ce n’est la tempête
De nos vies
J’emporte d’elle
Un cheveu
Dans mes doigts
Un sourire
Nos émois
Et
Lorsque la soif est sur le point de me tuer
Je bois tes paroles

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J’aime bien cette philosophie de la vie. On aimerait parfois qu’elle soit différente, mais on ne choisit pas, donc on saisit les opportunités et on apprécie les bons moments ….
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