Étoiles mortes

Ce soir encore, elle est quelque part, dans l’univers, filant parmi ces étoiles mortes et glacées. Je me demande quelle est sa lueur alors, je la cherche ; accepterait-elle de me donner son cardinal, juste comme ça, histoire ? N’est-ce pas elle qui, je crois, m’appelle : nos lettres, quelques-unes mêlées, nos noms, quelque peu, dans un lointain, croisés… qu’est-ce qu’une lettre, un nom, pour une étoile, un visage ? Des impressions, un peu de brume, tout ce qu’il me reste ; vinasse peu gouleyante, disons franchement le vino, la veritas… cheveux bruns ou châtains, ce qui me revient – c’est-y vrai, c’est-y frusquin ? ça nous ferait au moins ça en commun, sinon ce mensonge pour lien, je sais c’est pas bien… on s’accroche à ce qu’on retient, et moi qu’ai-je encore de toi dans ma pauvre casa nera ? Même pas une voix, des doigts, quelque entrelac ; un coucher de soleil forcé ; on se fiche de ça. À peine j’écris tu t’évapores tu n’es plus là ; seul quand l’oubli frappe je ne t’oublie pas : toujours derrière elles, je les aimais mais j’aimai toi ; « C’est la vie, c’est comme ça… » Che localizato, localizata ? dis-la pas, dis-la moi : je sais pas trop, qu’est-ce tout ça ? Mexique, Canada, de-ci, de-là… Y a un peu de poussière astrale dans tes cheveux, mais n’éternue pas ! Ça brouillerait l’image, je la reconstitue, un peu comme-ci, un peu comme ça ; les paillettes des astres autour de tes yeux, ils m’indiquent l’Équateur je crois, le milieu de la Terre, je sais pas, dove sei storella stasera ? Un endroit dans le Sahara, un peu sec, un peu froid. Tu m’attends là ? Un peu loin pour moi. Le billet, non ho la possibilità. Les souvenirs, unica storia. Ogetti gentile, qui se souviennent de toi. Cette petite école dans les bois. Les champs les rues, les voilà. Ce qu’ils me disent, je l’écris, je les crois. « Lontana la ragazza » « Morta, la ragazza ! » « Come il tempo, la ragazza » « Quello che non si mai recupera » je les énerve, je les fatigue « finis-en, on nous laboure, on ne fait que ça » – ils ont sûrement raison, comme ils sont, voilà. Nouvelle récolte, nouvel apparat, les saisons le cycle et tout le tralala… Mais je ne les entends pas, ce que je veux, ce que je comprends, moi : « elle est encore là » « dis, par hasard, tu ne la verrais pas ? » « si si, ces cheveux, enfin, assortis, tutta la materia… châtains bruns, come lo vorrà ». La vérité c’est pile ou face, on s’en offusque pas, on croira bien ce qu’on voudra. La mémoire est capricieuse, c’est un carnaval on sait jamais où qu’il est, où qu’il va, on espère trouver le prospectus, par hasard, un jour comme ça. J’ai pu te dire quoi ce dernier jour où tu t’en vas ? « Allez come sta » ? Le stylo que tu m’as offert c’était noir ou vert sa couleur tu sais pas ? Tout ça, ça change quoi… J’entends ton rire de là-bas, t’as raison, c’est futile, une petite comédie, que je t’écris, comme ça, c’est gratuit, m’en veux pas… J’ai pris l’habitude de te dire « au revoir », c’est comme un refrain que l’on écoute comme ça – j’aime quand tu pars, que tu me dis « alla rivedera ». Enfin, luego hasta, bye adios, ch’è stata sarà ? Cosi come, le cose, la cosa… R – O n’est pas une constellation, c’est deux étoiles ; petits pixels Rougeoyants et Omégas, Ophélie et Romanita – dans le cosmo-verso finito et fresca ; pour leur lueur faudra demander au Parlamento qui se fera une joie de parlamenta – mais probablement émise il y a des millions d’années, à la louche, scientifique pas vraiment rat.

Pour le « se sont-elles croisées, tu le crois ? » « y a-t-il eu quelque amore dans queste magma ? » « a-t-elle existé, questa storia ? » ça, qui sait, qui saura… Une seconde, une éternité ; oula… – koussi, koussa, voyez bien le branle-bas, le débaroulage de la memoria, les neurones ces grands échalas…

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