Prenant mon radeau, je dérivais du trottoir, m’échouais sous un tréteau. Alors une nymphe se pencha sur moi, versa des larmes sur ma peau ; je lui demandais : est-ce là ta manière de me donner à boire ? Mais elle se détournant, je n’entendis sa réplique. Du contrejour, son dos me parut bien obscur. Elle s’éloignant… Bah ! Qu’elle me rafistole ? Qu’elle me rassure ? Basse besogne. Je retaperai bien seul mon rafiot ! Seul et sans aide. Et cela dès prochaine subite impulsion du Tout-Puissant là-haut Grand Seigneur. Second ! Passe-moi la lampe, la longue-vue ! Que je puisse revoir les âmes, la vie que j’ai vécue. Fut-elle bonne ? Une longue dérive… Du bon ? Il y en eut ! Quant au reste ? Ah ! Point me chaut… Nymphe, ne me vois-tu… Ne me vois-tu repartir…
Alors que Dieu me frappait d’un éclair et décidait de m’immobiliser. Quatre jours. Déjà quatre jours après l’annonce. Et je ne vis plus, et me vide et m’enrage. Ne pas…
Platon ne prenait pas les mots au sérieux. Comment l’eût-il pu ? Lui athénien de l’oralité, il savait leur impuissance. Et pourtant, ils s’imposent. C’est là leur étonnant pouvoir.Bien sûr…
Tandis que je m’apprêtais à prendre mon petit-déjeuner, la réceptionniste de l’hôtel avait subi une altération étrange dans ma perception, passant de la plus pure adoration à celle du désintérêt…
« Jane, ton amour, si austère ? Que mérité-je, pareil dédain ? Certes suis-je premier, dernier Philistin. Peu d’égard aux arts, j’aime tes yeux, tes seins, je suis le méprisable je suis le saint-je suis le singe ! Saint-je, suis le singe… »
Déshydraté
« Tu manques d’eau, tu es déshydraté. — Non, Louise, c’est mon cœur qui crève. Mais de cela tu ne t’en es pas souciée. »
Croûte
Ma peau est couverte de croûtes ; ce que tu m’as fait.
Alors que j’attendais à la terrasse nocturne d’un restaurant turinois que l’on vînt me servir mon prosciutto crudo, soudain, Gangsta’s Paradise joua. Alors, me revint en flash, du passé enfoui…
Car il aura compris cette vérité primordiale, consciemment ou non, peu importe en réalité car seul compte le « produit fini »* : l’humour ce n’est pas se moquer mais…
À A.C Cela fait quelques temps que je l’observe, elle, à quelques pouces de moi, un peu plus loin, sur le bar ; ce qu’elle mange n’a aucun intérêt, ni le…
— Pourquoi détournes-tu le regard ? — Parce que j’ai trop vu… je ne souhaite plus voir.
Encre noire
On me dit parfois que ce que j’écris est trop sombre, mais c’est parce que l’encre noire est plus lisible que la claire : la noire est claire — éclaire.
Mots
Incapables de la décrire, ils ne pourraient que l’enfermer. Je laisse alors. Elle passe. Disparaît.
Figuration
À force de jouer des figurations nous risquons — Aïe ! La défiguration…
Jeux Les jeux du Cirque ne furent jamais aussi fastueux que lorsque les barbares étaient aux portes et l’Empire sur le point de s’effondrer. Ces Jeux sont donc à la…
Regard — Monsieur, que regardez-vous ?— En face, ce qu’il y a devant moi.— Et que voyez-vous ?— À la fenêtre, une femme dans sa nudité. Crampe Et il courut…
Il y avait tellement de trains, cela partait tellement tous azimuts que je n’ai su lequel prendre, lequel était le mien, vraiment… c’est un peu dans tous les sens, en…
Dans la nuit ils n’étaient que des torches en mouvement, pas même des ombres. Une oscillation lumineuse, des faisceaux où, lorgnant sur leur rien, venait se pencher la bruine. Le néant même se mouille. Mais comment sentirait-il la pluie ? Est-ce parce que, là-même, au sein du gouffre innommé, brille une incertaine lueur ?
La nuit face aux rails, j’observe les hommes-faisceaux osciller entre ombre et lumière. Et tandis que je médite ce néant, la pluie tente de me porter sa réponse.
Un certain soir de mars 1870, à Moscou, deux événements extraordinaires et concomitants se produisirent qui eurent par la suite des conséquences dramatiques pour le Vieux Continent. Le premier événement.…
Prenant mon radeau, je dérivais du trottoir, m’échouais sous un tréteau. Alors une nymphe se pencha sur moi, versa des larmes sur ma peau ; je lui demandais : est-ce…
Jane, si austère… « Jane, ton amour, si austère ? Que mérité-je, pareil dédain ? Certes suis-je premier, dernier Philistin. Peu d’égard aux arts, j’aime tes yeux, tes seins, je suis…
Vision — Pourquoi détournes-tu le regard ?— Parce que j’ai trop vu… je ne souhaite plus voir. Encre noire On me dit parfois que ce que j’écris est trop sombre,…
Dans la nuit ils n’étaient que des torches en mouvement, pas même des ombres. Une oscillation lumineuse, des faisceaux où, lorgnant sur leur rien, venait se pencher la bruine. Le…
Bercy, temple du mensonge et du vol Bercy, heure des comptes Bercy, berceuses pour t’accompagner Bercy, ton voyage sans retour Bercy, l’Achéron, l’as-tu ? entendu chanter…
Bercy, temple du mensonge et du volBercy, heure des comptesBercy, berceuses pour t’accompagnerBercy, ton voyage sans retourBercy, l’Achéron, l’as-tu ? entendu chanter… Découvrir de nouvelles ambiances :
quand j’avais dix ans (à peu près, dans ces eaux-là ; j’étais à l’époque, il me semble, au collège), j’ai pensé pour la première fois à la mort. contraint à l’éveil…
Il existe un portail.Derrière ce portail, un jardin.Après les fleurs, une porte.Au-delà des herbes, un champ de blés.À la lisière, une forêt.Après les arbres, une clairière.Au sommet, une maison.Une porte.L’homme…
quand j’avais dix ans (à peu près, dans ces eaux-là ; j’étais à l’époque, il me semble, au collège), j’ai pensé pour la première fois à la mort. contraint à l’éveil par l’agitation de mon frère et tandis que mon esprit restait vagabond, soudain, cette idée est venue s’écraser en moi. j’imaginais ce que c’était que cet anéantissement brutal et définitif de la vie. le fait de partir au sommeil et de ne – sans que l’on en eût la moindre sensation, la moindre alerte – jamais plus se réveiller. j’y ai pensé, je me le suis figuré, je l’ai profondément ressenti et cela, cette idée du néant pour l’éternité, ça m’a terrifié. défait, j’ai descendu les escaliers qui menaient au salon et grinçaient à mon passage à certaines de ses marches, avec le besoin désemparé de trouver quelque réconfort, quelque parole inespérée qui pourrait bien conjurer le sort, alors que le monde semblait s’être tout à coup effondré sous mes pieds, que je me sentais comme convoqué incessamment à la fin du voyage et que celui-ci venait de se réduire au point d’en devenir minuscule et dérisoire, insignifiant, ridicule, comme la chute d’une mauvaise blague que l’on m’aurait soudain révélée, un mauvais tour dont j’aurais été le jouet ; que l’on me dise que, non, je n’allais pas mourir, que, non, je ne rejoindrai pas cette nuit éternelle, ce silence pour toujours de la terre et de la tombe, que je ne redeviendrai pas seulement ces os ni cette poussière et qu’encore et pour toujours j’aurai du temps et pourrai – encore – arpenter, vivre et sentir ce monde et cette terre, ses choses et ses êtres. je tombai sur ma mamie, qui était assise dans un siège en osier et peut-être était somnolente à cette heure de la nuit je ne sais plus, mais qui certainement devait être en train de regarder la télé. elle était à côté de cette cheminée sombre, imposante, qui trônait au centre du mur du salon et qui, elle aussi, m’avait causé, à une époque, pour une raison autre, maints tourments, au point que je ne pusse parfois supporter sa vision lorsqu’aux heures nocturnes la maison s’emplissait de ténèbres et qu’il me fallait pourtant vaincre l’obscurité du rez-de-chaussée silencieux et froid en me faisant violence pour ne pas regarder en sa direction et aller directement aux toilettes. me voyant en pleurs, elle s’inquiéta et me demanda ce que j’avais. je lui répondis que je n’arrivais pas à dormir, car je venais de penser à la mort. « Mais il ne faut pas penser à ça voyons ! » me dit-elle. ce à quoi elle ajouta : « Allez, retourne te coucher ». je ne sais pourquoi mais, à cet instant, ces mots ont pu m’apaiser. je remontais me coucher et m’endormais paisiblement maintenant que j’y repense, et que la mort est sensiblement plus proche, je crois comprendre. c’est parce que, en définitive, il n’y avait, ce me semble, rien d’autre à dire, ni à faire ; que, en effet, ne pas y penser et, une fois encore, tant que cela était possible, aller se coucher.
car certes est-ce ainsi que l’on supporte la vie et l’imminence perpétuelle de sa fin. en oubliant que la mort existe et en feignant de croire que notre existence est éternelle ; n’est-ce pas par ce subterfuge que l’on sait encore « aller se coucher » et passer de bonnes nuits ? car qui pensera ne pas se réveiller de son sommeil ? personne. et cela n’est-il pas on ne peut plus naturel ?
RENDEZ-MOI LE SOLEIL Ma paupière tremble, mes yeux ne sont que dolence et mes mains pleines de sang, le soleil me manque je pleure son absence. j’halète, je peine, je…
Pour des raisons qui m’étaient propres je passais alors le plus clair de mon temps au lit. L’insonorisation de ma chambre ayant été fort bien conçue, j’avais loisir d’entendre l’intégralité…
Il tremblait tout entier. Famélique, tenait à peine sur ses pieds, n’arrivait pas à réunir ses pièces pour payer ni ouvrir son porte-monnaie. Il mit des minutes, des heures avant…
Il existe un portail. Derrière ce portail, un jardin. Après les fleurs, une porte. Au-delà des herbes, un champ de blés. À la lisière, une forêt. Après les arbres, une clairière. Au sommet, une maison. Une porte. L’homme se penche à la serrure. N’est-ce pas un monde merveilleux qu’elle renferme ? Un univers de possibles… Mais si furtive est cette vision. Car bien vite la réalité reprend ses droits. Et dans cette réalité la maison n’existe pas.
Quelques considérations sur la vingt-neuvième année Une question s’invite à nous lorsque l’on atteint la vingt-neuvième année, c’est de savoir si l’on souhaite prolonger l’expérience jusqu’à la trentième. Car cette…
Toutes les plus grandes œuvres ont été écrites sans plan… Sans vouloir de leur auteur, sans préconception de sa part, elles naquirent d’elles-mêmes, à mesure de la création, comme un…
Sable Ce qu’il me reste de toi ? Un peu de sable, entre les doigts. Aveugle et sourd Homme, n’entends-tu pas ? dans ton dos les cris, les borborygmes.Homme, ne…
la pluie tombe devant toi, le merisier se penche à ton épaule, il souhaite te parler, mais tu ne peux l’entendre, car la pluie t’absorbe, tu ne peux que la…
Qu’est-ce qu’une bêtise ? « Une action déraisonnable, imprudente ». Certes, mais c’est plus profond que ça. En réalité, la bêtise est la plus pure forme de délassement. Car l’existence verrouille, à…
Ce jour qu’il humiliait le serveur d’assez piteuse manière il ignorait que longtemps, bien longtemps après il serait amené à le revoir sous de funestes auspices.Échouant dans ce bar un…
Pour des raisons qui m’étaient propres je passais alors le plus clair de mon temps au lit. L’insonorisation de ma chambre ayant été fort bien conçue, j’avais loisir d’entendre l’intégralité des allées et venues de ma chère voisine qui, à moi l’être immobile, me paraissaient d’une terrassante vacuité. Bouger tel meuble, passer tel balais, faire telle cuisine, nettoyer telle vaisselle, repasser tel balais, téléphoner à tel anonyme dont je n’identifiais ni la voix ni les mots et dont la conversation me paraissait sans objet (et c’est là un test étonnant que chacun peut effectuer : observer qu’au-delà d’un certain seuil de distance toute conversation en devient fatalement absurde). Mais j’étais parfois délivré, car j’entendais aussi sa fille, et elle avait une voix merveilleuse. Las ! l’automate-sa-mère ne devait pas supporter d’avoir engendré un être d’une telle perfection. Allongé, moi le presque-mort, inerte et pourtant conscient, j’entendais sa triste réprimande : « Comment ! Tu n’as pas fait tes devoirs ? Comment ! Tu n’as pas rangé ta chambre ! Comment ! Tu n’as pas mis la table ? Comment ! Tu t’habilles comme ça ? Comment ! Je t’ai vue dans la salle de bain te balader nue ! » et je trouvais cette dernière accusation surtout pénible. Car quel triste monde que celui où les jeunes filles ne peuvent plus se balader nues dans leur salle de bain… Enfin, assez vite (ou assez lentement, je ne sais pas, quand on est goule-du-lit le temps finit par paraître abstrait) le silence venait envelopper à nouveau le monde, la voix mélodieuse de la jeune fille surplombant encore un temps le calme royaume de mon oisiveté. Puis, la réalité biologique reprenant ses droits, une impérieuse raison m’extrayait de mon linceul : j’allais aux toilettes.
Frivolités Arrêt sur image. Le temps de décomposer cette fenêtre sur l’infini (visage d’une femme). Promesses de l’aube (jambes d’une femme). Problèmes Dans le métro, un saint clochard. — Des…
— Mais peut-elle m’aimer, Persifandre ? Moi, le moins-qu’un-homme ! Je ne travaille pas, vis dans un logis qui n’est pas le mien : quelle femme voudrait d’un tel Peter Pan…