Gogol


Il allait de par les rues de la Basse-France un ouvrage de Nicolas Gogol à la main ; cela ne mit pas longtemps avant que la Stasi ne l’arrête. On ne pouvait bien entendu plus lire d’auteurs russes, mêmes ceux morts il y a deux siècles : c’étaient de dangereux protofascistes. N’avait-il donc pas écouté les recommandations du gouvernement ? Si, bien sûr, il ne l’avait même que trop fait… C’était un provocateur alors ! Peut-être, peut-être pas… Allez savoir, un naïf, un rêveur dans ce cas ? Il faut croire qu’il en restait quelques-uns, bien sûr la conversion en bons citoyens n’était pas encore totale, ce n’était qu’une question de temps… Mais donc, les Annie Ernaux, les Le Maire, les Schiappa ne voulait-il donc pas les lire ? Non, il ne le voulait pas. On les enseignait pourtant à l’école de la République. Ah ?… Que voulez-vous, il était décidément mauvais élève, dissipé… La messe fut dite. Le livre confisqué et détruit sur place car beaucoup trop dangereux pour risquer un transport à la Nef de « protection de la pensée »… Quant à lui ? Il en fut quitte pour une mise à pied de deux semaines. C’était possible car il était fonctionnaire comme tout le monde. Comment subviendrait-il sans revenu d’ici-là ? Ce n’était pas leur problème, il l’avait bien cherché. Ainsi traitait-on les terroristes en la Basse-France, et on avait bien raison ! Même le ramier qui passait par-là approuva.

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Immobile

Alors que Dieu me frappait d’un éclair et décidait de m’immobiliser. Quatre jours. Déjà quatre jours après l’annonce. Et je ne vis plus, et me vide et m’enrage. Ne pas…

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Farce

Platon ne prenait pas les mots au sérieux. Comment l’eût-il pu ? Lui athénien de l’oralité, il savait leur impuissance. Et pourtant, ils s’imposent. C’est là leur étonnant pouvoir.Bien sûr…

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Tandis que je m’apprêtais à prendre mon petit-déjeuner, la réceptionniste de l’hôtel avait subi une altération étrange dans ma perception, passant de la plus pure adoration à celle du désintérêt…

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L’alchimiste

J’avais suivi un bourdon en me disant que peut-être il me mènerait à la vérité ; ces derniers temps je me posais beaucoup de questions.

C’était une belle journée de printemps, ensoleillée et douce.

Je me retrouvais dans cette forêt beauceronne, environnée par les bruits de la Nationale 10 soufflant au loin.

Les rayons du soleil perçaient à travers les arbres encore nus.

Je marchais sur un sol meuble, grouillant d’une vie invisible. Le règne insectoïde, qui allait bon train, ne se souciait nullement de cet étrange pèlerin. Il avait bien raison ! Il y avait tant à faire dans cette forêt, à cette saison, il ne fallait pas traîner.

Le bourdon je l’avais perdu de vue. Je m’étais en quelque sorte égaré, alors que la forêt n’était pas si grande, sans pour autant être un mince buisson. Elle n’était même pas spécialement hostile, pas spécialement dense, la progression s’effectuait sans gêne. Mais, que voulez-vous, un citadin se perd vite dans la nature, même accueillante…

J’avais espérance de voir des biches. Je n’en vis pas. Il n’y eut que les oiseaux en entreprise de séduction, leur concerto.

Soudain, j’arrivai devant une prairie de pervenches. Elles recouvraient le sol, entre les minces troncs d’arbres, et grimpaient une légère pente. Je suivis l’onde.

Au sommet, il y avait une petite maisonnée de briques, à la géométrie étonnement parfaite : toute carrée en ses fondations, exactement triangulaire en son toit. Je ne sais pourquoi mais elle m’évoqua la maison d’un conte. Moi-même, déharnaché de mon quotidien, je me sentais vivre une histoire parallèle, comme si j’avais endossé la vie d’un autre.

Après la maisonnée, il y avait un atelier abrité par un toit de plaques en métal un peu rouillé. Une souche avec une scie, une hache, et un tas de rondins de bois. Des copeaux de par le sol, beaucoup de copeaux, et une odeur sylvestre prononcée. J’ai aimé cette odeur. Elle m’enivra.

Mais c’est alors que l’habitant sortit de la maisonnée. C’était un grand gaillard, d’un âge indéfinissable. Il était parfaitement chauve, et tous ses cheveux semblaient être tombés pour former son immense barbe. Il m’invita à entrer, d’un ton un peu bourru. J’eus une appréhension mais acceptai finalement, par curiosité. Que pouvait bien recéler la maison du conte ?

L’homme cultive les pervenches, c’est une plante anti-cancéreuse. Il fait ses propres potions, pour lutter contre big pharma – le mal. Je veux nuancer son propos, mais je m’aperçois de mon ignorance. Qu’ai-je à lui opposer ? Qui suis-je pour le juger ? Je me tais.

L’intérieur est spartiate mais il y règne une ambiance étonnante, peut-être est-ce la sensation d’entrer dans un « chez soi ». Il a bâti cette maison. L’intérieur ressemble à un chalet, tout est boisé. Il n’aimait pas la froide impression que lui laissaient les briques. Il prépare une mixture au-dessus d’un gros chaudron, dont la fumée s’échappe par la cheminée. « Une gorgée et tu tiens 50 ans ! » me lance-t-il sans quitter des yeux la bouillonnante préparation.
« À condition que tu coupes les poisons. » précise-t-il.  
« Les poisons ? »
« Ah ! »
Il se moque.
« Vos trucs modernes, rien de bon dans tout ça. Tout empoisonné. Mais y te le diront jamais. »
Cette fois-ci mes doutes sont plus prononcés. Ma raison me dit que sa pensée est extrêmiste, et les chiffres sont avec moi. Je veux lui parler de la mortalité infantile, de l’espérance de vie, de la richesse et du confort, des vaccins et des centenaires, du système hospitalier – mais sa fille apparaît et je suis soudain muet. Je suis prêt à tout croire s’il accepte de nous marier.
« Lucile ? Bah ! Qu’est-ce que tu fais là ? Je t’avais dit… »
Il ne veut pas qu’elle soit en contact avec des étrangers. Le monde est corrompu. Elle doit rester pure. Je ne sais pas le blâmer. Elle si belle : comment ne pas vouloir la protéger ?

Cependant il me lance un regard de biais et la laisse m’emmener à l’étage. C’est un petit couloir de rondins de bois massif, avec un tapis ovale au milieu. Elle marche devant moi. Ses cheveux noirs parcourent son dos, ils bouclent légèrement. Leur densité est prodigieuse. On dirait une forêt vierge. Surtout, ce qui me trouble : ils me semblent très propres. Je me demande comment c’est possible. Elle recluse ne doit pas avoir accès aux shampoings. Une pâte de champignons, peut-être ? Il faudra que je lui demande.

Soudain elle se retourne et je suis pétrifié. Sa peau est d’une blancheur surnaturelle. Son visage est brut mais beau, sa peau semble sortie d’un moule. Ses cils délicats encadrent un regard habité, qui devient soudain doux ; elle s’affaisse légèrement et m’invite à entrer dans sa chambre.

Il y a un lit.

Il est en bois massif. Surplombé d’une tête robuste. Probablement construit par son père. Je m’étonne qu’il ne soit pas couvert de peau de bêtes. Préjugé condescendant de mon intellect. Non, ce sont des draps blancs, simples. Hm.

Une bibliothèque. Clairsemée. Quelques livres. Je me demande quelles peuvent être ses lectures.
« Vous lisez ? » lui demandé-je d’une voix mal assurée.
Elle ne répond pas. Elle a pris place dans la chambre. Debout, immobile, les mains croisées. Elle ne me regarde pas.

Un petit bureau, en bois toujours. Dessus, un miroir, de la taille d’un visage, monté sur un petit réceptacle. Elle peut donc se voir.

Passe-t-elle son temps à se contempler ? Moi, je le ferais. Je passerais une vie à la regarder.

J’ai maintenant inspecté la chambre, mais elle ne me parle toujours pas, et semble éviter mon regard. Peut-être se demande-t-elle ce que j’en pense ?
« C’est une belle chambre ! Vous devez être bien, ici. »
Elle sourit et vient contre moi.
Je la trouve soudain très libérale.
Je ne comprends pas son arrière-pensée.
Mais nous sommes maintenant assis sur le lit. Pourquoi pas ?
Est-ce que je fais quelque chose de mal ? Je ne pense pas.
Sa bonne odeur m’interloque encore. Je n’ai pas vu de salle de bain dans leur maisonnée. Peut-être que, dans la forêt, on ne se salit pas ? Il faudra que je leur demande.
C’est une odeur d’aubépine. Ou de sous-bois. On dirait de l’ambre. Une odeur à la fois douce et forte, quelque chose qui nous ramène un temps en arrière, m’évoque le mystérieux et l’ancestral.
La pureté de sa peau est inexprimable ; on la dirait venue au monde hier.
Je m’engourdis. Je perds quelque faculté de raisonnement.
Je crois qu’elle a posé sa main sur mon torse, m’a légèrement poussé. Je ne suis pas certain. 
Je suis peut-être le seul homme qu’elle ait jamais vu. Comment savoir ? Le privilège de la rareté, d’être le premier. Je lui avoue moi-même ne pas avoir connu de femmes depuis bien longtemps. Elle ne commente pas. Pourquoi le ferait-elle ? Qu’est-ce que ça change ? Elle a bien raison. Bien sage est cette fille des bois. Elle ne veut qu’une chose. Elle enlève mes vêtements. L’amour.

Il y a une mare sous la terre.
L’eau, est souterraine.
C’est ce qu’elle m’a dit.
Ça m’a intimidé.

— Il faudra revenir à la pleine lune, pour sceller le mariage, me dit-il alors que je descends des escaliers.
J’acquiesce sans mot dire alors qu’elle me regarde en cachette, avec intensité, son visage dépassant de derrière la poutre, une cascade tombant de sa tête en boucles noires miroitantes – j’ai un léger vertige.

Je ne revins jamais à la cabane de l’alchimiste.
Le monde moderne me rappelait à lui… ses vices et ses jouissances malsaines. Le bonheur simple et l’amour ce n’était plus pour moi… Les fleurs, elles ne pouvaient plus exister que dans cette forêt et sur la peau de cette jeune fille des bois.

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Nut

Inside
of
a
nut
resides a fudge

Am I mad, Am I nut ?

I don’t know, skudge

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Statistique 95

Statistique datée 95
Plus ou moins égal au nombre de ses seins ou de ses yeux, je ne sais plus,
c’était merveilleux – ce n’est plus

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Dans la nuit ils n’étaient que des torches en mouvement, pas même des ombres. Une oscillation lumineuse, des faisceaux où, lorgnant sur leur rien, venait se pencher la bruine. Le…

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En chaine ment

Faire le zouave sur le chemin du travail
Sauter sur un rebord
Chanceler
Fracture de la cheville
Urgences, cadavres aux couloirs, éternuements
Infirmière
Froufrous, blouse blanche, effigie de Marie
Radio plaie pansement guéris
Tend bonbon dit « retournes-y mon petit »
« oui oui, Madame Marie »

Mince ! il a menti.
plutôt, il a fui,
vécu dans souvenir
comme vit dans son trou
une gentille souris !

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Bercy

Bercy, temple du mensonge et du volBercy, heure des comptesBercy, berceuses pour t’accompagnerBercy, ton voyage sans retourBercy, l’Achéron, l’as-tu ? entendu chanter… Découvrir de nouvelles ambiances :

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la nuit descendre les escaliers

quand j’avais dix ans (à peu près, dans ces eaux-là ; j’étais à l’époque, il me semble, au collège), j’ai pensé pour la première fois à la mort. contraint à l’éveil…

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Maison

Il existe un portail.Derrière ce portail, un jardin.Après les fleurs, une porte.Au-delà des herbes, un champ de blés.À la lisière, une forêt.Après les arbres, une clairière.Au sommet, une maison.Une porte.L’homme…

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Attraction

Souffleuse

Pris dans le magma des usagers, il s’imagine soudain une idée saugrenue : son bras droit est armé d’une immense souffleuse. Elle les disperse tous d’un seul coup, les envoie valser comme autant de confettis pointillant l’arc-en-ciel d’un chemin qu’il ne lui reste plus qu’à emprunter librement ; un joyeux sourire aux lèvres, il marche dessus, bien qu’il n’ait aucune envie de piétiner les confettis…

*

Inventaire

Pot de peinture, fauteuil roulant, asperge… non, décidément, les filles du tramway n’étaient pas bien belles ce matin-là.

*

Parcours

Il est une chose qui m’interloque, et qui, parfois, m’insupporte, c’est toute la laideur par laquelle je dois passer pour aller travailler. Elle se présente généralement comme suit : une sale trogne, les mégots, une sale trogne, les poubelles, une sale trogne, les vroum vroum, une sale trogne, le béton, une sale trogne, le dégueulis, une sale trogne… en fait, c’est un parcours à étapes. Toujours plus ou moins le même. À force on n’est plus vraiment surpris, on s’étonne simplement qu’il puisse être aussi constamment digoulasse ; une sorte de prouesse, de parfaite cohérence merdeuse, Chapelle Sixtine de la fange… Je me demande : quand même n’y aura-t-il pas, à un moment, un seul moment, ne serait-ce que, fugacement, un peu, un tout petit peu, de beauté… Je me demande : quand même, c’est curieux, cet agencement : la laideur et la beauté, qui les a réparties, qui a décidé… Je me demande : est-ce partout pareil ? Partout de la mocheté ? Avoir à faire un détour pour éviter la rigole de… On m’a parlé, oui, on m’a parlé du sud ; on m’en a dit, on m’en a dit un peu, un peu de nature, un peu de grâce, des résidus, des coquillages, la préhistoire ; date : millions d’années… Il me faudrait voir, un jour, éprouver… je vous ferais le compte rendu, je mettrais tous dans les carnets, je témoignerai, par curiosité… en attendant, ah… il me faut vous laisser, j’suis qu’à l’étape « sale trogne »… la plus longue ! de loin… de très très loin… !!!
Le temps d’éternuer – bien les asperger,
Atch !…

*

Sud

Toutes les filles du sud sont blondes. Serait-ce l’effet du soleil sur leurs boucles ? Ou bien le Saint-Esprit qui souffle sur leurs racines ? Même quand elles sont brunes elles sont blondes…

Dans tous les cas, leur beauté est antédiluvienne ; elle témoigne de celle qui fut, qui n’est plus – sinon cette réminiscence du passé révolu porté par les sottes du pays de Camus.

*

Révélation

Ce qui frappe

c’est à quel point il nous reste peu, 

peu de notre passé

*

Bouche bée

Qui met les magazines à la poubelle, leurs fantômes et leurs squelettes, leurs goules et leurs amygdales, leurs joues osseuses, anorexiques et monstrueuses. Tout cela s’en retourne du cauchemar d’où il est venu car face à l’absolue beauté les spectres s’évaporent, déguerpissent en courant pour aller dégueuler. Mais elle-même, l’absolue beauté, bientôt disparaît ; fantôme dans la grisaille béton, aperçu sur le quai, puis évanoui ; les rails, peut-être les a-t-elle enlacé ? Mais ça n’a plus d’importance, car maintenant les menteuses et les monstres elle les a congédié,
et notre monde
elle l’a sanctifié.

*

Lentilles

Des bleus, blancs, noirs, de toutes les couleurs, plein de vilaines couleurs qui même pas apparues sont déjà dissipées, tout ce tas de pucerons complètement affolés, on me dit que c’est l’humanité s’en allant travailler ? Pardon ! Pardonnez, faut me pardonner… c’est que les temps sont durs, la lentille est comme qui dirait un peu biaisée, je vois tout en sombre même le coloré. En fait tout ce qui me manque c’est : a little bit of  luce* … un repas chaud, un toit, un peu de lumière, et je crois, je crois oui que tout redevient carré, que je vous reparlerai de l’humanité !

*lumière en italien, à prononcer : loutché.

*

Uo-mini

Les hommes éprouvent une grande solitude en cette société. Et, ils ne peuvent la dépasser, car ils ne peuvent être des hommes.

Alors, ni plus hommes ni plus membres, ils ne sont plus rien.

Ce qui leur reste : l’auto-suppression ; formes diverses.

Il est un cri que l’on n’entend pas ; c’est le cri de l’homme.

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Soleil

RENDEZ-MOI LE SOLEIL  Ma paupière tremble, mes yeux ne sont que dolence et mes mains pleines de sang, le soleil me manque je pleure son absence. j’halète, je peine, je…

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Lit

Pour des raisons qui m’étaient propres je passais alors le plus clair de mon temps au lit. L’insonorisation de ma chambre ayant été fort bien conçue, j’avais loisir d’entendre l’intégralité…

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sans papier

Il tremblait tout entier. Famélique, tenait à peine sur ses pieds, n’arrivait pas à réunir ses pièces pour payer ni ouvrir son porte-monnaie. Il mit des minutes, des heures avant…

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Compotiste

« Le 9 août 1945, les États-Unis d’Amérique larguent Fat Man sur Nagasaki, à la demande expresse de l’empereur Hirohito. Les Japonais, encore limités technologiquement, souhaitaient de longue date un plan d’urbanisme pour la ville portuaire, d’importants et dispendieux travaux étant nécessaires à sa modernisation. En cause, les habitations et infrastructures déjà existantes qu’il fallait détruire. Alors en excellents termes avec le pays du soleil levant, les Américains proposent leur aide au gouvernement japonais, car ils viennent justement de développer un outil tout adapté au besoin exprimé. La vitrification de Nagasaki du 9 août 1945, ne fut donc pas, un crime de guerre, mais un plan d’urbanisme réalisé de consorts, dans un partenariat historique USA-Japon. »

« Le 26 septembre 2022, lassée de pouvoir contrôler les flux depuis 2012, la Russie décide de saboter son propre gazoduc Nord Stream, infrastructure appartenant à la société russe Gazprom à hauteur de plusieurs milliards de dollars. Il s’agit d’un coup d’arrêt entre le commerce énergétique Europe-Russie, décidé unilatéralement par le Président Vladimir Poutine pour envoyer un message au monde : « regardez de quoi nous sommes capables ! » Les États-Unis d’Amérique condamnent fermement cet acte de guerre à l’encontre de leur allié l’Union Européenne. Solidaires, ils récupèrent le commerce du gaz, et les Européens se félicitent de retrouver leur liberté en payant cinq fois le prix. Ainsi l’UE réaffirme-t-elle son indépendance et ses valeurs démocratiques face aux régimes autocratiques contemporains.»

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29

Quelques considérations sur la vingt-neuvième année Une question s’invite à nous lorsque l’on atteint la vingt-neuvième année, c’est de savoir si l’on souhaite prolonger l’expérience jusqu’à la trentième. Car cette…

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Cent plans ou De l’inspiration

Toutes les plus grandes œuvres ont été écrites sans plan… Sans vouloir de leur auteur, sans préconception de sa part, elles naquirent d’elles-mêmes, à mesure de la création, comme un…

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Ricochets

Sable Ce qu’il me reste de toi ? Un peu de sable, entre les doigts. Aveugle et sourd Homme, n’entends-tu pas ? dans ton dos les cris, les borborygmes.Homme, ne…

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Trois guirlandes

Run away

Nos musiques s’appellent « I want to run away » : c’est la fuite, on veut partir loin, loin, hors de nous-mêmes, hors de la France, hors de l’existence, Car on le sait tout est mort, tout a brûlé, tout est foutu mais il ne faut pas regarder, non surtout ne pas regarder, attendre que le poignard perce dans notre dos, et puis sourire, une dernière fois.

Whoa ?! Party now ! Spending money in large amount, Welcome to Saint-Tropeyyy !

*

Innocente danse

Entre les décibels, il y avait des culs, il y avait des chattes, insoutenable.

Est-il une chose qui fasse plus rêver qu’une fille qui danse l’air de rien sans savoir qu’elle est la plus belle la plus désirable entre tous les phénomènes de cette boule stupide qu’est la terre ? Non ! La question est comme le seul possible de cette situation : rhétorique.

Le jean est anthracite, il remonte jusqu’aux côtes, il moule, tu le connais ; le haut est rouge, il dégouline, tu le sais…

Ces chattes, qui se meuvent, sont-elles prises, sont-elles libres ? Toutes prises… Elles sont toutes prises.

Quel ennui d’être un célibâtard parmi tous ces couples, faire semblant, fatigant, harassant.

Il n’est pas d’obscurité pour la chatte, il n’est pas de sombre pour l’envie, pas de noir, pour le désir. Un seul et même filtre.

*

Mocheté

La nuit quand je prends le volant je n’ai qu’une envie c’est d’aller m’écraser, à pleine vitesse, contre quelque chose d’invitant.

Le quai défile et ses lumières nocturnes ses rues vides et mortes. Comme si la ville n’était qu’une vomissure de quelque géant alcoolisé. Elle en a du moins l’aspect et l’odeur. 

Il y a donc toute cette mocheté, et il y a, en rentrant, le chant des oiseaux.

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pluie

la pluie tombe devant toi, le merisier se penche à ton épaule, il souhaite te parler, mais tu ne peux l’entendre, car la pluie t’absorbe, tu ne peux que la…

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Bêtise

Qu’est-ce qu’une bêtise ? « Une action déraisonnable, imprudente ». Certes, mais c’est plus profond que ça. En réalité, la bêtise est la plus pure forme de délassement. Car l’existence verrouille, à…

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Serveur

Ce jour qu’il humiliait le serveur d’assez piteuse manière il ignorait que longtemps, bien longtemps après il serait amené à le revoir sous de funestes auspices.Échouant dans ce bar un…

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Cascade

Triste triptyque

— je ne suis pas une pute, j’exerce une profession libérale.

— je ne suis pas un pitre, je suis politicien.

— je ne suis pas complice, je suis citoyen.

*

Confession

Il ne le savait pas encore, mais cela faisait bien longtemps déjà que, le vingt et unième siècle et lui, il était écrit que ça ne marcherait pas. Aussi, entre ce siècle idiot et une mort pleine de sens, il choisit la mort pleine de sens.

*

Traitement

Pour les macronistes, un pieu et de l’ail.

S’ils veulent aussi l’eau bénite, qu’ils s’adressent à ma bouche, je leur cracherai dessus bien volontiers.

Heureusement pour ma salive, ils sont une espèce en voie de disparition.

En fait, ils l’ont toujours été.

*

Beauce

La Beauce, on a beaucoup dit, « c’est plat ». Oui, c’est « plat ». Mais ce n’est pas « plat » comme la France du XXIème siècle : c’est « plat » comme l’éternité.

*

Sur le vif

Blonde, l’air farouche, sauvage, indépendante, à vous déchiqueter d’un regard ; en un mot : irrésistible.

*

Aléa

Il est de ces choses que vous ne comprenez pas, qui pourtant vous arrivent, et même, qui vous sont agréables. Cette période fut de celles-ci. Je n’avais rien demandé, rien attendu, et pourtant : je fus couvert d’amour, de bonheur et de joie, et ce sans aucune raison, par le simple fait qu’elle l’avait décidé. Le hasard aussi a ses largesses. Imprévisibles, il convient de les savourer, comme on savourerait le retour de celle qui nous avait quitté. Ainsi est la vie, maîtresse d’un jeu dont on ignore les règles, mais auquel on est bien forcé de jouer. Que pouvons-nous faire, sinon lancer les dés ?

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Deux-deux

Frivolités Arrêt sur image. Le temps de décomposer cette fenêtre sur l’infini (visage d’une femme). Promesses de l’aube (jambes d’une femme). Problèmes Dans le métro, un saint clochard. — Des…

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Travail

— Mais peut-elle m’aimer, Persifandre ? Moi, le moins-qu’un-homme ! Je ne travaille pas, vis dans un logis qui n’est pas le mien : quelle femme voudrait d’un tel Peter Pan…

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Dribble

Gauche, droite J’aime une dulcinée, non le dull ciné  Peu consensuel je préfère le con sensuel (technique). Découvrir de nouvelles ambiances :

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Romain Dardel

Littérature française contemporaine

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