Lorsqu’il eut traversé les quartiers Lego, les monstrueux bâtiments ; lorsqu’il eut croisé les vagabonds sombres, perdus dans les rues sans lumière ; qu’il eut vaincu les panneaux publicitaires, les pouffiasses vulgaires ; qu’il eut échappé du métro et à ses Roumains qui lui vendaient le monde, toute sa misère ; qu’il eut dépassé les hésitants, les amoncelés ; qu’il eut survécu aux places, aux borborygmes ; qu’il eut essuyé les crachats de la pluie noire et du vent ; qu’il aperçut la lueur de la porte argentée ; qu’il fut, enfin, assis, reposé ; alors, lorsqu’arriva cette demoiselle lui demandant d’une voix claire : « Monsieur, qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? Nous avons des raviolis en entrée. » elle si blonde et si simple, aux joues si étonnement gonflées, lui parut si belle… digne d’adoration.
Alors que Dieu me frappait d’un éclair et décidait de m’immobiliser. Quatre jours. Déjà quatre jours après l’annonce. Et je ne vis plus, et me vide et m’enrage. Ne pas…
Platon ne prenait pas les mots au sérieux. Comment l’eût-il pu ? Lui athénien de l’oralité, il savait leur impuissance. Et pourtant, ils s’imposent. C’est là leur étonnant pouvoir.Bien sûr…
Tandis que je m’apprêtais à prendre mon petit-déjeuner, la réceptionniste de l’hôtel avait subi une altération étrange dans ma perception, passant de la plus pure adoration à celle du désintérêt…
Tant que l’homme se souvient, il est digne de lui-même, des autres et de Dieu.
S’il oublie, il se salit.
Les tragédies de l’histoire sont la culmination d’une lente amnésie, qui aura fini par frapper tout un peuple, le recouvrant du voile de la fausseté, le contaminant d’idées dangereuses et manipulatrices.
Coupé de son passé l’homme n’est plus qu’un pauvre aveugle, une créature perdue, errante, sans boussole ni repère.
Chose manipulable, fragile, inconséquente, il acceptera n’importe quel excipient qu’on lui tendra, et ce bailleur sera très probablement le menteur cornu.
Mais s’il se souvient qu’il est créature de Dieu, l’homme est indestructible – même dans les gouffres de l’Histoire, même lorsqu’on croira le réduire à une masse de graisse, d’eau et de protéines, que l’on fera de lui du savon, des vêtements ou des chaises, l’être humain conservera toujours en lui son éclat spirituel. Ultime résistant, il terrifiera jusqu’aux plus grands tyrans, jusqu’aux plus immondes bourreaux, infernaux dictateurs : car eux savent, eux n’oublient jamais que l’homme vient de Dieu et qu’ils ne peuvent le détruire. Toute leur haine vient de cette impuissance de ne pouvoir détruire Dieu en l’être humain. Au sommet du monde matériel, ils n’ont pourtant aucune prise sur la forteresse du spirituel :
Car il y aura toujours un témoin, il y aura toujours un survivant du genre humain, qui n’aura pas oublié, pas oublié que l’homme est en Dieu et Dieu en l’homme. Même lorsque toute lumière se sera éteinte, même lorsque tout aura sombré, il traversera les égouts de la déchéance humaine, sa flamme spirituelle toujours à portée, et même s’il doit être seul, même s’il doit être honni, même s’il doit être martyre, jamais il ne mourra avant que d’avoir transmis, la charge de la mémoire.
Car lui saura, lui aura toujours su, qu’il n’est qu’une seule mort c’est l’oubli, qu’il n’est qu’un renoncement c’est l’oubli, qu’il n’est qu’un cri de bataille c’est la mémoire et que, tant qu’il y aura une mémoire, tant qu’il y aura ce souvenir de Dieu en l’homme, alors, il y aura des hommes, des hommes qui pourront, qui sauront, qui résisteront, au mensonge et à la manipulation, qui diront non, au diable et au mal sa tentation.
Il n’est qu’une seule mort c’est l’oubli, qu’un seul renoncement, l’oubli.
La mémoire est le miroir de l’homme, Qu’il la perde et il perd son reflet. Sa conscience et sa dignité.
« Regarde-toi dans le miroir, que vois-tu ? Je vois… mon reflet ? C’est là ta mémoire, ta dignité ; ta conscience, ta destinée. »
Alors que j’attendais à la terrasse nocturne d’un restaurant turinois que l’on vînt me servir mon prosciutto crudo, soudain, Gangsta’s Paradise joua. Alors, me revint en flash, du passé enfoui…
Car il aura compris cette vérité primordiale, consciemment ou non, peu importe en réalité car seul compte le « produit fini »* : l’humour ce n’est pas se moquer mais…
À A.C Cela fait quelques temps que je l’observe, elle, à quelques pouces de moi, un peu plus loin, sur le bar ; ce qu’elle mange n’a aucun intérêt, ni le…
Jeux Les jeux du Cirque ne furent jamais aussi fastueux que lorsque les barbares étaient aux portes et l’Empire sur le point de s’effondrer. Ces Jeux sont donc à la…
Regard — Monsieur, que regardez-vous ?— En face, ce qu’il y a devant moi.— Et que voyez-vous ?— À la fenêtre, une femme dans sa nudité. Crampe Et il courut…
Il y avait tellement de trains, cela partait tellement tous azimuts que je n’ai su lequel prendre, lequel était le mien, vraiment… c’est un peu dans tous les sens, en…
Un certain soir de mars 1870, à Moscou, deux événements extraordinaires et concomitants se produisirent qui eurent par la suite des conséquences dramatiques pour le Vieux Continent. Le premier événement.…
Prenant mon radeau, je dérivais du trottoir, m’échouais sous un tréteau. Alors une nymphe se pencha sur moi, versa des larmes sur ma peau ; je lui demandais : est-ce…
Jane, si austère… « Jane, ton amour, si austère ? Que mérité-je, pareil dédain ? Certes suis-je premier, dernier Philistin. Peu d’égard aux arts, j’aime tes yeux, tes seins, je suis…
Vision — Pourquoi détournes-tu le regard ?— Parce que j’ai trop vu… je ne souhaite plus voir. Encre noire On me dit parfois que ce que j’écris est trop sombre,…
Dans la nuit ils n’étaient que des torches en mouvement, pas même des ombres. Une oscillation lumineuse, des faisceaux où, lorgnant sur leur rien, venait se pencher la bruine. Le…
Si nous tendions quelque peu le nez, nous nous apercevrions que notre société exhale une odeur très particulière, c’est l’odeur de la mort.
Cheveux et insomnie
Noirs sont ses cheveux, blanche sera la nuit.
L’enveloppe
— Que penses-tu de mon enveloppe charnelle ? — Bonne à être postée. — Mais la Poste, elle est fermée… — Je suis facteur… Anabelle.
Les amis
Seuls les amis peuvent nous trahir.
Solution : ne pas avoir d’amis – hormis Jésus-Christ car il est mort sur la Croix. Il ne pourrait donc nous trahir que « d’outre-tombe » – probabilité faible : acceptable.
Hors d’œuvre
Il convient de commencer au vin Et de finir au rhum
Un verre de rhum
Avec un verre de rhum les choses sont plus claires Les cheveux des demoiselles Et leurs mensonges
Con-clusion
C’est le problème avec Dieu, il survit à tous nos blasphèmes.
On croit se couper les doigts mais notre cœur il reste là : notre relation à Dieu elle est un peu, un peu comme ça.
Bercy, temple du mensonge et du volBercy, heure des comptesBercy, berceuses pour t’accompagnerBercy, ton voyage sans retourBercy, l’Achéron, l’as-tu ? entendu chanter… Découvrir de nouvelles ambiances :
quand j’avais dix ans (à peu près, dans ces eaux-là ; j’étais à l’époque, il me semble, au collège), j’ai pensé pour la première fois à la mort. contraint à l’éveil…
Il existe un portail.Derrière ce portail, un jardin.Après les fleurs, une porte.Au-delà des herbes, un champ de blés.À la lisière, une forêt.Après les arbres, une clairière.Au sommet, une maison.Une porte.L’homme…
Cela faisait maintenant un certain temps que les retards de train excédaient la population, on sentait une sourde révolution s’ourdir. Monsieur le Ministre, qui en avait passablement « ras-le-cul » de ce mécontentement (il était mécontent du mécontentement, pas qu’il y ait une cause à ce mécontentement), convoque Monsieur Von Pünktlich, directeur polytechnicien, pour résoudre la situation, car des gens en venaient même à lui envoyer des lettres ! des lettres, vous vous rendez compte ? Non, tout ce remue-ménage devait cesser…
Au cours d’une réunion encaviardée (cela stimule les synapses), on recherche activement des solutions : on pense par exemple à la privatisation de l’entreprise mais cela semble inacceptable auprès de l’opinion publique (fort zut), on pense aussi à repeindre les trains (pourquoi pas), à augmenter les tarifs (as usual), à multiplier les barrières (car oui, si les gens ne peuvent plus accéder aux trains, auront-ils à se plaindre que ces derniers soient en retard ? Ah !) et toutes autres idées fort créatives, sans toutefois penser jamais à celle (trop) simple d’arrêter les coupes budgétaires et les reprisages de chandelle. Mais c’est alors qu’une lumière vient illuminer l’intelligent visage de Monsieur le Ministre. — Monsieur Pünktlich. — Monsieur le Ministre ? — Allez me chercher les registres des années 40-44. — 40-44, Monsieur ? — Oui, allez-y. Monsieur le Polytechnicien revient de la Bibliothèque nationale et dépose un imposant livre en reliure de cuir sur la table en boiseries dorées de Monsieur le Ministre. Le livre semble parfaitement intact, étonnement conservé. — Années 40-44, dit Monsieur le Ministre. Le Polytechnicien consulte attentivement les registres, puis il dit : — Non, aucun retard sur ces années-là, absolument aucun, c’est stupéfiant… Monsieur le Polytechnicien est sidéré par cette efficacité du service public, chose inimaginable aujourd’hui. Cependant l’idée qu’il avait déjà en tête se conforte dans le cerveau de Monsieur le Ministre. — Bien, bien ! Alors ! Ce que nous allons faire. Monsieur le Polytechnicien écoute attentivement ce que va dire Monsieur le Ministre, il le fixe intensément à travers ses lunettes rondes, et même son crâne dégarni semble pointer en sa direction. — Imaginez, je dis bien imaginez, que tous ces trains soient d’époque. C’est-à-dire, imaginez que tous ces trains partent pour Auschwitz. Par exemple, que l’on y ait ouvert une station balnéaire. — Hm ? Monsieur le Polytechnicien semble quelque peu dubitatif, c’est un peu flou. — Hé bien ! Vous m’avez dit qu’il n’y avait aucun retard à cette époque-ci ! Et cela alors que, quand même, on peut bien le dire, la cadence était beaucoup plus soutenue qu’aujourd’hui ! (Monsieur le Ministre évoque ici deux choses, 1) le nombre colossal d’usagers qu’il fallait déporter à l’époque 2) le nombre non moins colossal de trains supprimés sur notre dernière décennie). — Oui, cela me semble… cela me semble… — N’est-ce pas ? Monsieur le Polytechnicien est soufflé par cette idée phénoménale de Monsieur le Ministre et sûrement, dans un coin de sa tête, se dit-il que c’est bien à cela qu’ont servi toutes ces si longues et si brillantes années d’étude (ENA). — Mais il s’agira bien de faire semblant, Monsieur Pünktlich, semblant, vous comprenez ! C’est seulement l’idée !
Ainsi, on dit qu’à la suite de cette réunion il n’y eut plus jamais de retard de train en France.
Cependant, nous ne pourrons être certains de cette affirmation, car tout le monde ayant été déporté, il n’y eut plus personne pour raconter ce formidable redressement.
Moi-même, écrivant ces lignes, je sens déjà la fumée des bébés qui parvient à mes narines et à travers la vitre je crois reconnaître ces arbres, ce beau chemin que nous empruntâmes jadis – Alors, auf wiedersehen, ami lecteur !
Monsieur le Ministre devint par la suite président de toutes les démocraties, d’absolument toutes jusqu’en Chine, cela il faut bien se le figurer…
RENDEZ-MOI LE SOLEIL Ma paupière tremble, mes yeux ne sont que dolence et mes mains pleines de sang, le soleil me manque je pleure son absence. j’halète, je peine, je…
Pour des raisons qui m’étaient propres je passais alors le plus clair de mon temps au lit. L’insonorisation de ma chambre ayant été fort bien conçue, j’avais loisir d’entendre l’intégralité…
Il tremblait tout entier. Famélique, tenait à peine sur ses pieds, n’arrivait pas à réunir ses pièces pour payer ni ouvrir son porte-monnaie. Il mit des minutes, des heures avant…
Il y aurait cette tablée de femmes ni belles ni laides n’ayant rien à se dire. Elles se trémousseraient avec gêne, cherchant un point d’appui mais ne trouvant que leur anxiété. De dépit, elles finiraient par s’évader dans leur portable, mais ce serait pitoyable pis-aller car cet instrument stupide resterait indifférent à leur solitude. Elles attendraient désespérément l’homme mais l’homme ne viendrait pas car il était parti à la guerre et reposait maintenant dans un champ de blé ; dans sa tombe d’or il avait été recueilli, tandis qu’elles, à leur table solitaire, attendaient la leur. Cependant elle serait bien moins radieuse car à triste table, triste tombe.
Quelques considérations sur la vingt-neuvième année Une question s’invite à nous lorsque l’on atteint la vingt-neuvième année, c’est de savoir si l’on souhaite prolonger l’expérience jusqu’à la trentième. Car cette…
Toutes les plus grandes œuvres ont été écrites sans plan… Sans vouloir de leur auteur, sans préconception de sa part, elles naquirent d’elles-mêmes, à mesure de la création, comme un…
Sable Ce qu’il me reste de toi ? Un peu de sable, entre les doigts. Aveugle et sourd Homme, n’entends-tu pas ? dans ton dos les cris, les borborygmes.Homme, ne…
Elle insistait pour que je prisse autre chose que la capricciosa.
— Vous n’êtes pas marié avec quand même !
— Non, Madame, lui répondis-je dignement, car cela est impossible en France, vous n’êtes pas sans le savoir. De plus, on imagine mal qu’une pizza puisse aimer un homme. L’inverse oui, mais cela, non.
Mon raisonnement de la pizza l’exaspéra, cependant elle finit par accepter de m’en prendre la commande.
Le soir nous dinions ensemble et, au détour d’un spaghetti, je m’étranglai. Alors elle se jeta sur ma bouche et me sauva. Nous prîmes le dessert, riant que les secours n’aient eu à se déplacer pour un incident bolognaise. Puis, nous finîmes en quelque contrée de draps et de literie.
Elle s’appelait Anna mais moi je l’appelle Panna, Panna Cotta. Cela l’exaspère aussi mais que voulez-vous, puisque le mariage n’est licite avec une pizza…
la pluie tombe devant toi, le merisier se penche à ton épaule, il souhaite te parler, mais tu ne peux l’entendre, car la pluie t’absorbe, tu ne peux que la…
Qu’est-ce qu’une bêtise ? « Une action déraisonnable, imprudente ». Certes, mais c’est plus profond que ça. En réalité, la bêtise est la plus pure forme de délassement. Car l’existence verrouille, à…
Ce jour qu’il humiliait le serveur d’assez piteuse manière il ignorait que longtemps, bien longtemps après il serait amené à le revoir sous de funestes auspices.Échouant dans ce bar un…
Il s’était installé à table et avait commandé la « salade du jour » en se demandant quels ingrédients pouvaient bien la composer. Venant d’arriver, il laissa courir son regard dans la salle. C’était la taverne quelconque d’une périphérie urbaine sans histoire. Très calme, il était l’un des seuls clients, les autres étant probablement des habitués, qui discutaient à voix basse avec le propriétaire au comptoir. « Sûrement de bons bougres » se disait-il sans que je ne sache bien pourquoi. Il était arrivé à la nuit tombée, peut-être voyageur, peut-être représentant en commerce, ou que sais-je. Ses vêtements ne donnaient pas vraiment d’indices, ils étaient tout ce qu’il y a de plus commun, encore que, quand même, il fallait noter un chapeau, un chapeau comme on en avait il y a de cela bien longtemps, quand à la télé noir et blanc on entendait ces voix nasillardes si typiques d’une époque. Hormis cet accessoire anachronique, donc, rien de spécial à signaler. Pour ce qui était du physique, il était entre deux âges et il aurait été difficile de lui en donner un. Vingt-cinq, trente-cinq ans ? Pari trop risqué que nous ne prendrons pas. Sorte de représentant en commerce, donc, qui arrive, à la nuit tombée, à une taverne de périphérie endormie, où les quelques « clients » tiennent plutôt du souvenir que de la réalité. Je crois cependant que le lieu lui plaisait. Il avait dû, je pense, remarquer la très belle serveuse, alors qu’elle lui amenait ladite salade. Fraîche et avenante, un élément de parfaite douceur, glissement de délicieux bien-être. Cette serveuse formait un étonnant contraste entre le morne du lieu et sa vitalité à elle, comme une étonnante joie de vivre qui se serait retrouvée là, par hasard, ne se posant pas la question d’être dans un endroit qui lui correspondrait si peu. Bref, elle était jeune personne délicieuse, cela il se l’était sûrement dit. Elle lui présentait sa salade en souriant sans affectation, sincère, et cela devait tout de même lui être très agréable et, indépendamment de la qualité intrinsèque de la « salade » qu’il dégusterait, devait la lui rendre un peu plus appréciable encore qu’elle ne le fût réellement. Cependant, il ne la regarda pas lorsqu’elle s’éloigna et porta plutôt son attention sur cette fameuse « salade du jour » qui l’avait tant intrigué.
C’était une salade simple, en convenait-il d’abord sans que cela ne soit pour lui une mauvaise chose. Il devinait plusieurs légumes et féculents, entre autres, pois chiches et maïs. Des artichauts, aussi, par-ci par-là, discrets amis végétaux qui attendaient avec calme et élégance, des feuilles de salades, bien visibles celles-ci, d’un vert clair comme il les aimait, ainsi que d’autres petites choses. Du thon, notamment, émietté sans chichi mais sûrement avec amour. Enfin, qui donnait à l’ensemble un aspect brillant, la jolie vinaigrette, qu’il devinait « de la maison ». Pour s’accompagner il n’avait pris ni alcool ni quoi que ce soit mais simplement un verre d’eau carafe. Il commença la dégustation. D’abord, le farineux des pois chiches, la légère membrane qui se craquelait lorsqu’il mordit dedans, et la petite purée qu’ils formèrent ensuite dans sa bouche à mesure qu’il mastiquait. Venait s’ajouter le croquant du maïs, jaunissant joyeusement l’impression du pois beige. Entre les deux, se glissait délicatement une feuille de salade. Croquante d’abord, puis, laissant place à la consistance laitue, légèrement humide, qui diffusait délicatement sa fraîcheur sur le palais, indiquant qu’elle était très probablement de « ce matin ».
Ce triptyque était déjà en soi très appréciable et lui procurait un plaisir gustatif certain. Partant du palais, se diffusant au reste du corps par les neurones qui portaient la nouvelle du bon mets à son cerveau et autres. Cependant, venaient s’ajouter à cet état de pré-jubilation les artichauts. Leur juteux légèrement acide, leur cœur moelleux et le fibreux de leurs membranes, dualité intéressante de ce légume qui le rendait en lui-même déjà digne d’être célébré, mais où, s’étant coincés gentiment dans certains de ses interstices, des petits morceaux de thons venaient apporter leur légère touche protéinée, leur goût marin et poissonnier, tandis qu’en arrière-bouche revenaient le croquant du maïs, la presque purée de pois chiches et la fraîcheur de la laitue, le tout formant cette merveilleuse harmonie, parachevée par l’attaque piquante de la vinaigrette « maison », elle-même tempérée presqu’aussitôt par le gourmand de l’huile – sûrement d’olive.
Repoussant son assiette, aucun doute ne devait subsister quant à la pensée que ce fût une « très bonne salade » et sûrement remerciait-il d’une manière ou d’une autre la Providence qui lui avait fait pousser la porte de cet établissement somme toute anonyme.
Cependant, lorsqu’on viendrait lui proposer, en suite du repas, un petit plateau de fromages ou un dessert, alors, bien qu’étant certain que ces deux chères répondraient au diapason de la « salade du jour » et seraient, à leur façon, tout aussi merveilleuses de simplicité et de délice, il déclinerait la proposition. On s’étonnerait de sa réponse car il avait semblé réellement apprécier la salade. Cependant, il s’en expliquerait alors, lorsque, réglant la note et remettant son chapeau sur sa tête, il partirait en disant : « merci, mais c’est bien assez d’une très bonne salade pour une soirée ».
Frivolités Arrêt sur image. Le temps de décomposer cette fenêtre sur l’infini (visage d’une femme). Promesses de l’aube (jambes d’une femme). Problèmes Dans le métro, un saint clochard. — Des…
— Mais peut-elle m’aimer, Persifandre ? Moi, le moins-qu’un-homme ! Je ne travaille pas, vis dans un logis qui n’est pas le mien : quelle femme voudrait d’un tel Peter Pan…