Pardonatemi, d’autres guirlandes

Pur beurre

Plus tard quand je suis célèbre et que l’on me parle volontiers des galettes pur beurre servies dans les avions Air France je me demandai pourquoi je trouvais les hôtesses de l’air attirantes. On dira que c’est la rémanence d’une idée pornographique, mais ce n’est pas ça. En fait, je me rends compte que c’est parce qu’elles ont les cheveux attachés.

*

Affaire classée

— Monsieur Ledrad qu’avez-vous à dire pour ces coucheries avec mineures ?

— Mineures ?! Majeures, je le jure.

— Majeures dans leurs corps mais mineures dans leurs têtes… Alors ! que répondez-vous de ces affronts ?

— Mineures dans leurs têtes ?!

— Parfaitement ! mineures dans leurs têtes. Vous abusâtes de leur immature psyché et en profitâtes outrageusement ! La République réclame justice, vil banbrequin !

— Mais on dirait que je les ai cueillies en hôpital psychiatrique, alors qu’elles étaient toutes saines et bien portantes comme vous et moi !

— Défense irrecevable Monsieur Ledrad. La loi est formelle sur la minorité psychologique et ses abus.

— Mais comment suis-je sensé m’assurer de la majorité psychologique d’une femme ? Quelle est donc cette branquiolite ?

— Pas d’insolence, Monsieur Ledrad ! Vous aggravez votre cas.

— Mais Monsieur le Juge ! toutes la vingtaine au moins, même certaines une trentaine bien sonnée…

— Vous persistez dans votre malentendance, Monsieur Ledrad.

— Chiotte.

— La Cour rend donc jugement de perpétuité pour Monsieur Ledrad. Abus de mineures. Affaire classée.

*

Estelle

Il avait entendu qu’elle s’appelait « Estelle » :

— Estelle, estellez-vous !

Elle le regarda bizarrement et il haussa un sourcil, comme circonspect.

— Je veux dire ! installez-vous…

Elle prit place tandis qu’il s’en alla, préoccupé par cette curieuse chose qu’il avait dite.

*

Glace citron

La petite ne nous écoutait pas et était absorbée par toutes les couleurs et parfums qui s’offraient à elles, émerveillée, elle les contemplait la bouche ouverte. Enfin, elle avait pointé du doigt la glace citron, peut-être sa belle couleur jaune lui rappelait celle de ses cheveux et l’attirait naturellement, ou peut-être mille autres raisons fusaient à toute allure dans cette tête adorable, ou peut-être était-ce cette glace et pas une autre, tout simplement. Les enfants se posent moins de questions que les adultes. Enfin, leurs interactions avec le monde sont immédiates, dépourvues de manigances. C’était toute l’honnêteté du monde qui était contenue dans ce petit doigt, dans cette petite tête blonde, avant que les années pourrissent cette innocence et finissent par chier une femme qui donnerait à manger à sa fille du son d’avoine et une salade de carottes en ayant la sensation du devoir accompli. Triste monde une fois l’enfance terminée.

*

Nuages

Je levais les yeux vers le ciel, les nuages s’en allaient rapidement. Au sol ils voyaient la débâcle.

C’était la fuite.

*

Un très bon travail

Par exemple, tu vois ce livre ? Bon, il est très mauvais. Communément on appelle ça « une merde ». Maintenant, mon travail c’est de caser le mot féminisme le plus de fois possible dedans. Par exemple tu vois ce personnage mauvais ? Bon maintenant il est toujours mauvais, mais au moins c’est devenu une femme, donc c’est un bon personnage. Encore quelques modifications de ce type et, tadaaaa : maintenant tu n’as plus un livre « de merde » mais un livre « engagé », c’est donc un très bon livre. Et Papy Ledrad va pouvoir être payé et ne pas crever de faim.

— Ça a l’air nul comme travail, Romain !

— Meuh non, c’est très bien.

*

Plumes dorées

La jeune aux plumes dorées, sinistre et merveilleuse : le monstre magnifique ! Le prodige, l’émanation ; la créature, notre création !

Pour toujours il faudra la chanter, celle qui, stoïque sous un plexiglass glacé et le tramway-mietté, s’en alla dans un « tut » malaproprié, elle qui, à quatorze ans déjà, était toute maquillée.

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Sortie de route

Deux très belles, très grandes et riches Allemandes, ce qui, en fait, correspondait tout à fait à l’idée que l’on se fait des Allemandes, et il est toujours rassurant que la réalité corresponde à l’idée qu’on en a ; cela donne un semblant de cohérence. Mais ce n’est qu’une illusion, il n’est aucune cohérence. Car qui a décidé que les Allemandes seraient belles, grandes et riches ? Pas moi. Personne. Ce n’est qu’un accident – patapouf ; le destin ? Une sortie de route. Tant de sorties de route. De partout des sorties de route. L’existence, une sacrée sortie de route ; la première de toutes… les autres ne sont qu’anecdotes ; des addendum en bas de paragraphe. La vie est stupide et ne fait aucun sens, mais parfois il y a la beauté. Ainsi se résume-t-elle. Donc de très grandes et belles Allemandes, oui, pourquoi pas. Ce que j’en dis. Rien. Adios. A-dios. S’il en a envie. Pft.

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Alors que j’attendais à la terrasse nocturne d’un restaurant turinois que l’on vînt me servir mon prosciutto crudo, soudain, Gangsta’s Paradise joua. Alors, me revint en flash, du passé enfoui…

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VIH

Pénétrant dans le chaos obscur de la boîte de nuit il ne serait pas surpris lorsque peu après son arrivée il sentirait, sortant de la masse pulsante, un homme avec une seringue s’approchant vivement de lui pour lui souhaiter à sa manière la bienvenue. Son ami, qu’il venait rejoindre, l’avait en quelque sorte « prévenu » ; c’était « l’ambiance ». Aussi, lorsque le farceur serait suffisamment proche de lui affichant le sourire méchant du forfait déjà accompli, il lui prendrait fermement le poignet en lui bloquant le bras. Le plaisantin s’immobiliserait, le souffle coupé, complètement incrédule. À sa merci, il procéderait alors en deux étapes : d’abord, il lui fracasserait le tibia d’un coup de pied, ensuite, il lui exploserait la jugulaire d’un coup de poing. Le pauvre farceur resterait convulsant par terre, sa triste seringue à côté de lui.

Il poursuivrait dans la boîte, s’enfonçant plus amont dans le bruit et l’obscurité. Les lumières rouges coulant sur les visages accentueraient les contrastes des peaux et des cheveux. Lui brun et très blanc de carnation ressemblerait alors à un étrange fantôme et lorsque par hasard un faisceau viendrait lécher son visage ses traits prendraient l’allure d’une créature carnassière. Où pouvait-il bien être ? Ils s’étaient pourtant donné rendez-vous plus ou moins là. Mais maintenant qu’il y était, tout ce bruit, cette agitation, il comprenait. On ne se donnait pas rendez-vous dans une boîte de nuit, c’était idiot. Lui avait-il joué un tour ? Tout ça n’était-il qu’un piège ? Il s’arrêta et voulut regarder plus attentivement autour de lui. Parmi les bras et la sueur il croisa le regard d’une fille qui le fixait depuis une banquette, dans un coin un peu plus à l’écart de toute cette jungle. Il fit semblant de détourner les yeux, comme s’il ne l’avait pas vue, puis la regarda de nouveau. Elle le fixait toujours.

— Très bien, ton coup ! lui lança-t-elle, narquoise, alors qu’il s’approchait.
— Je cherche quelqu’un, lui dit-il sans relever.
Elle ne répondit pas tout de suite, continua de le regarder avec intensité, la tête légèrement penchée sur la gauche, lui donnant une position un peu féline. Elle avait une coupe de cheveux curieuse : un carré avec les côtés rasés au tiers. Des cheveux bruns, très bruns. L’obscurité et le rouge des lumières lui donnaient une expression sadique.
— Tu es si blanc… glissa-t-elle doucement comme pour se moquer. Comprenant que tout cela ne mènerait à rien il voulut partir mais elle lui attrapa le bras.
— Hey ! s’exclama-t-il en constatant qu’elle l’avait griffé en même temps.  
Elle rit légèrement et s’éclipsa.
Quelques gouttelettes commencèrent à perler sur la banquette et il s’en inquiéta : le sang ne partirait jamais au lavage. Il fallait absolument nettoyer ça mais il n’avait rien sur lui sinon son T-shirt, et ne sachant que trop dans quelles conditions il avait été conçu il s’y refusait car il aurait eu la sensation de ne pas respecter ceux qui étaient morts pour le fabriquer. Non, soudain une idée lui vient comme un éclair, une évidence pure et simple qui devient aussitôt fixe et qu’il ne peut plus lâcher. Elle, oui elle va nettoyer la banquette et avec sa langue s’il le faut. Oui, c’était ça qu’il convenait de faire, il n’en avait plus aucun doute à présent. Il fallait la retrouver.

Où pouvait-elle bien avoir pu passer ? Chercher quelqu’un dans une boîte de nuit à heure battante, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Et s’il interrogeait quelqu’un ? Peut-être qu’on l’avait vue… Parler aux gens ? Dans ce chaos ? L’absurdité de son idée lui apparut bien vite et il n’y pensa plus. Il resta un instant immobile, comme absent, au milieu de ce qu’il n’identifiait même pas comme étant une piste de danse. Une fille tentait de se rapprocher de lui discrètement mais il ne la voyait pas. Elle le collait presque à présent et il aurait suffi d’un léger mouvement sur sa droite pour qu’il la touchât, ce qu’elle semblait attendre. Enfin, brusquement, comme s’il revenait soudain à lui-même il se retourna et la percuta en restant collé à elle sans le vouloir.
— Ma meuf ! entendit-il en esquivant un coup de poing. Il voulait dire qu’il y avait méprise mais l’agressivité en face de lui ne lui en laisserait pas l’occasion. Il règlerait alors l’hostilité qui lui faisait face par une violence mesurée, comme on abat un veau d’un coup de pistolet à air ; la pomme de discorde restant complètement bouche bée devant cette soudaine brutalité. Spéculant sans trop de risque, quelqu’un aurait pu dire que, consciemment ou non, elle en fut même excitée, ce d’autant plus qu’elle était la cause de cette soudaine bestialité. Cependant, il quittait la piste assez embêté car il ne voyait pas de solutions à la situation actuelle, lorsqu’il aperçut la fille adossée à un mur, qui le regardait d’un air goguenard.

— Vous vous amusez bien ? lui demanda-t-il sur un ton qu’il eut voulu nonchalant mais qui masquait mal son agacement, ce dont elle se délecta.
C’est magnifique. Mima-t-elle avec sa jolie bouche. Et elle eut un sourire délicieux. Ah… Comment pourrait-il lui en vouloir, elle si adorable ? Et pourquoi la cherchait-il, finalement ? Mais, la cherchait-il ? Il ne savait plus, tout venait de disparaître dans ce sourire…  
— Course-poursuite ! s’écria-t-elle comme une enfant.  
Il ne comprit pas, resta coi une seconde, puis automatiquement dû se résoudre à la poursuivre.
Esquiver les gens en courant n’était pas une mince affaire. Elle disposait sur lui de l’avantage d’une constitution plus svelte, qui la rendait plus mobile dans une telle configuration. Aussi, elle ne rechignait pas à pousser sur lui des hommes, qu’il devait alors écarter en essayant de rester dans la civilité. Cependant, il était guidé par son rire, terrible, ensorcelant, qui ne s’arrêtait pas. Elle s’amuse comme une folle, pensa-t-il. Peut-être même qu’elle est folle. Il ne savait pas vraiment, il…
— Toi, là ! Fut accompagné du sentiment d’un danger imminent un peu derrière lui : le gorille insatisfait de son remue-ménage. Spécimen : 2 mètres, plus ou moins 100 kilos. Beau représentant. Ce serait difficile, probablement douloureux, cette fois. Mais on lui attrapait la main par en dessous, vivacement mais avec douceur, la peau des doigts était si douce ; qui cela pouvait bien être n’avait aucune importance, il aurait suivi cette douceur n’importe où et sans hésitation. Il baisse la tête pour voir. Évidemment, c’était elle.

— Viens ! Elle l’entraîne et ils se fraient un chemin dans la forêt des jambes.

Elle tombe par terre et l’entraîne dans sa chute. Le fit-elle exprès ? Ah… Ils sont collés l’un à l’autre, lui au-dessus d’elle. Elle le regarde dans les yeux, un peu moqueuse ; dans l’expectative. Que va-t-il faire ? Fera-t-il seulement quelque chose ? Il est bizarre. Sa peau surtout, si blanche. On dirait… un fantôme ? Ahah ! Un fantôme assez mignon… Mais ces lumières rouges, c’est comme s’il avait du sang sur le visage… Du sang ?
— Est-ce que…, mais elle ne termine pas sa phrase car il a commencé à sourire à son tour. Son air aussi est un peu narquois. Il a enfin l’occasion de lui donner le change.

Brusquement elle se penche vers son visage ; il ne réagit pas. Leurs lèvres se collent et restent un instant inertes, elles attendent ; puis, elle les lui mord. Assez fort, en réalité. Pourtant, il ne s’écarte pas, ne sembla pas souffrir, si bien qu’elle en fut déçue quoiqu’amusée. C’était une posture. Elle était sûre qu’il avait eu au moins un peu mal.

Dehors il faisait froid, la buée qui sortait de sa bouche tranchait sur le noir du ciel. Elle se demandait qui pouvait bien être celui qui sortait en T-shirt par cette température, et à cette heure-ci.
— Tu n’as pas froid ?…
Il éternua presqu’aussitôt.
Soudain il eut l’air très sérieux.
— La banquette, dit-il gravement, ce n’était pas bien. Et il la regarda, désapprobateur.
Ne sachant sur quel pied danser, elle lui donne un coup de coude dans les côtes et un grand sourire apparaît sur son visage.
— La banquette, merde… répète-t-il par jeu. Peut-être qu’on devrait… et il fait mine de rebrousser chemin pour retourner à la boîte. T’es idiot, lui dit-elle, au comble de l’amusement. Elle rirait à tout ce qu’il dirait à présent, et ce de bon cœur, sans calcul ni feinte, simplement par pure envie.
Il baîlle. Je t’ennuie ? Il la regarde, l’air espiègle. Un peu. Elle pouffe. C’était quoi, tout ça, à l’intérieur ? Elle hausse les épaules. Ne répondra pas. Ça ne fait rien. Il se rapproche d’elle et passe un bras autour de ses épaules. C’est un beau moment.

— J’ai le VIH, lui dit-elle alors qu’il s’apprête à procéder au cunnilingus. Il lève quelque peu la tête, la regarde un instant d’un air neutre. Puis il dit : donne-le-moi, plongeant entre les gorges de ses hanches. Elle rigole en se disant qu’il est fou.
Il lui présente l’endroit particulier de son corps, qu’elle vient griffer délicatement. Une infime entaille, qui ne perle même pas du sang, mais qui sera suffisante. Elle s’obstine alors à y faire pénétrer toute sa salive ; puis, le reste.
Un moment, elle viendra caresser la griffure de son bras, qui avait commencé à cicatriser. Elle ne résistera pas à l’envie d’y planter ses ongles à nouveau, profondément cette fois, de manière prolongée. De longues minutes où il subira sans rien dire, sans même sembler le sentir. Alors, tandis qu’il l’étreindra, elle sortira sa main et la posera dans son dos, y laissant une trainée rougie. Elle viendra barbouiller sa bouche sur le sang abondant de sa plaie, comme on barbouille le ventre d’un bébé. Ici, lui si calme éprouvera quelques frémissements, quelque chose d’irrésistible dont elle ne se gargarisa pas, restant appliquée à son plaisir. Un moment, il la regarderait. Ses traits fins, ce carré rasé au tiers. Quand même, quelle étrange coupe de cheveux.

La première semaine et la suivante il ne se passerait rien. Ce serait à la troisième que, soudainement, les symptômes se manifesteraient. Cela commencerait par une diarrhée très violente. Son ventre, ses boyaux seraient en feu, son corps s’efforcerait de tout évacuer. A la fin, ce ne serait plus qu’une contraction spasmodique. Violente, terrible, à s’en fracasser le sphincter, le corps voulant absolument évacuer le mal, mais tout ce qui pût l’être l’ayant déjà été ce ne serait plus que vain effort.
Au début, il concéderait à faire les dizaines d’allers-retours requis aux toilettes mais il comprendrait assez vite que s’il voulait être vraiment efficace il ferait aussi bien d’y camper, ce à quoi il se refuserait, si bien que, passé un moment, il laisserait aller. Le sol se recouvrirait d’excréments plus ou moins solides, qu’il aurait de plus en plus de mal à éviter, pour finir par patauger dedans.
Parallèlement, la même chose s’effectuerait en haut : il vomirait continuellement les deux premiers jours. Mais, de même qu’en bas, lorsque le corps se serait acharné à évacuer une chose qu’il ne pouvait évacuer, il serait condamné à hoqueter continuellement sans que plus rien ne sortît.
Puis, l’eczéma. Toute la peau de son corps qui se rebellait. Des énormes, des immondes plaques rouges, brûlantes, purulentes par endroit, qui se manifesteraient en bande, recouvrant rapidement son corps de ce brouillis. Bientôt, il aurait une peine affreuse à trouver un endroit qui ne fût pas d’une moiteur insupportable.
Enfin, et ce fut le pire, ce qui, il le crut, failli bien l’emporter : la fièvre. Il lui sembla que toute sa tête était prise dans un chaudron. On lui appuyait sur le corps, sur les hanches, dans le dos ; partout, on le malaxait. Il se sentait comme une pâte, un argile qui aurait été pétri avec plus ou moins de douceur, plus ou moins de régularité. Délirant, il pataugerait dans sa fange, assailli de visions. Il reverrait des choses tantôt bruyantes, tantôt colorées, mais surtout abstraites comme provenant d’un monde incohérent dont il cherchait vainement le sens avec exaltation. Il hurlait, peut-être, c’est possible, il criait après ses visions, tentait d’établir un dialogue, mais cela ne sembla pas marcher.
Cependant il s’éveilla, faible comme un nourrisson, couvert de vomi, les pieds merdeux, transi de sueur séchée et froide, grelottant, des frissons plein la peau, mais vivant.
Quand il eut recouvré suffisamment de force et qu’il fut de nouveau présentable aux yeux de la société il sortit pour se faire dépister.
Il avait pris un ticket, avait attendu parmi les gens qui toussaient et se grattaient la tête, regardaient fixement devant eux en attendant leur tour, puis cela avait été à lui.
L’infirmière avait des cheveux attachés, une queue de cheval, cela il l’avait remarqué, ainsi qu’un bracelet en tissu. Cela était-il conforme aux normes de l’hygiène ? Ne pouvait-il représenter un danger, ou, a minima, influer les résultats ou les fausser ? Il n’en savait rien et assez vite cessa d’y penser. Vingt minutes plus tard, elle se tourna vers lui et dit :
— Positif.

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La rue anti-européenne

Marchant le long de l’avenue Jean-Jaurès pour les emplettes du midi je lançai une pièce à un homme qui me semblait être un SDF mais qui s’électrisa subitement à mon geste. Il m’enturbanna d’injures et à mesure que je tentais de saisir le sens de sa diatribe je crus enfin comprendre que sa réaction tenait en fait bien plutôt à la devise que je lui avais proposée qu’à mon geste en tant que tel.
—Des euros ?! À moi, des euros ? S’indignait-il ainsi très excité. Cependant, après quelques instants d’orage il se calma un peu et nous pûmes lier conversation. Cet homme qui ressemblait à un clochard avait en fin de compte un passé, un passé européen.
— Moi ! Moi j’y ai travaillé à Bruxelles. J’y ai vu !
Je fus étonné qu’un député européen pût ainsi finir, car j’avais une certaine idée de leur rémunération et de l’aspect « sécurisant » de leur profession. En général, on ne licenciait pas un député européen, et « la paie était bonne » comme il est coutume de dire en termes assez triviaux. Cependant j’apprenais que mon homme n’était en fait pas député. Je l’interrogeais sur ses occupations d’alors.
— Moi ! Moi, Monsieur… il commença soudainement à m’appeler « Monsieur » et à avoir un ton et un air très digne, un tel changement de composition me surprit beaucoup et je me demandais alors ce que les euros pouvaient bien représenter dans sa tête pour qu’ils le transformassent ainsi en berserk.
« Moi, j’étais dans la logistique, Monsieur.
« Et il ne faut pas croire, vous me voyez maintenant, mais à l’époque ! À l’époque, je portais veste et cravate, comme tout le monde. »
S’exprimant alors si bien, je n’avais effectivement aucun mal à me l’imaginer coiffé, rasé, apprêté correctement. Quel mystère du destin avait pu le conduire à une telle déchéance… Cependant, alors que je voulais en savoir plus sur lui il devenait soudain rouge écarlate car une petite dame d’un certain âge lui déposait quelques centimes aux pieds. C’était une catastrophe pire que 2008.
— Argl !! Il fut à nouveau tout à son courroux, que je censure bien gêné, car les monceaux d’insultes dont il recouvrit la pauvre vieille dame n’apporteraient pas grand-chose à notre récit, tout autant que je ne voudrais pas qu’une transcription formelle ne donne au lecteur une image faussée de mon interlocuteur – dont les tout récents « Monsieur » et le langage fort courtois avaient achevé de me le faire considérer comme un homme « convenable ». « Le Bataclan ! Ça !! Ils se sont gourés au Bataclan ! Mauvaise cible les Mohamed ! Bruxelles !! Ça ! C’est ça qui faut tout batata, batatacliser !! bata, tatata, tatatatata ! » – il terminait en mimant, ce me semble, un A-K 47, ce qui, il est vrai, était quelque peu perturbant, et nous valut des regards perplexes des passants, qui pressaient le pas à notre approche – cependant il revenait à lui comme si de rien n’était, cette plasticité de comportement me rendant de nouveau quelque peu suspicieux…
— Dans la logistique, moi, Monsieur, reprenait-il. J’apportais… je livrais les plats Picard et les prostituées.
Cette dernière révélation me surprit beaucoup ; en effet, je ne pensais pas que les députés européens mangeaient des plats Picard. J’aurais imaginé le Parlement ayant plutôt une cantine d’un certain « standing », ou même, les beaux restaurants de Bruxelles acceptant les note de frais ne devaient pas manquer. Je me sentis soudain très respectueux de ces députés européens qui avaient tant d’égards pour l’argent du contribuable.
— Des plats Picard, donc ? questionnais-je, la curiosité m’improvisant enquêteur.
— Oui, Monsieur. Et des… ah, mais non ! quelqu’un, encore ! Quelqu’un lui avait soudain donné un euro estampillé au faciès de la bonne Angela et c’en était déjà beaucoup trop pour mon « logisticien » qui poursuivit l’infortuné donateur de ses injures et autres « Bataclan ! » « Bruxelles –juron censuré– !» « Sécurité de m… ! » « Les Mohamed ! » qui fusaient tous azimuts après lui.
— Mais la sécurité là-bas laissait à désirer, reprit-il une nouvelle fois très dignement, je vous le dis, moi qui étais…
— Aux premiers rangs pour vous en rendre compte.
— Aux premiers rangs, oui, c’est ça, Monsieur. Mais aussi, donc, les prostituées.
Ah, il y revenait.
— Ah. Il y en avait…
— Beaucoup, ça oui, Monsieur.
Continuant de m’appeler ainsi je le trouvais définitivement poli et bien élevé. Malgré, nous en conviendrons, une certaine « bipolarité » …  
— Beaucoup, Monsieur, continuait-il. Des fourgons, toute la journée des fourgons… Les allers-retours, au moins 4, 5 par journée. Bâtiment B, Zone 66, Portique du Département « Affaire courantes » (il se souvenait de tous les détails), à livrer porte jaune, ombre du séquoia et chant du merle.
— Hé bien, hé bien.
Je voulais savoir le fin mot de cette histoire, savoir pourquoi il ne travaillait plus là-bas, mais à cet instant un policier nous demanda de bouger car il ne fallait pas encombrer l’entrée du Picard, ce que nous comprenions tout à fait.
Nous marchions donc Boulevard Jean-Jaurès.
— Dites-moi, ces dames, est-ce que, enfin…
— Cher, ça oui, Monsieur. Très cher.
— C’est bien ce qui me semblait… Je vous demande ça, c’était par pure curiosité ! N’allez pas croire…
Cependant il était tellement bien élevé qu’il ne m’embarrassa pas, il semblait être déjà passé à autre chose. Son regard fixait intensément l’horizon. Sûrement pensait-il à cette imposante chaîne logistique qu’il lui fallait coordonner, ou au Bataclan, la bataclanisation de Bruxelles qu’il appelait de ses voeux… mais en fin de compte, pourquoi leur en voulait-il tant ? Cette répugnance viscérale à la vue du moindre euro m’intriguait depuis le début.
— C’est que, et là je sentis de nouveau sa sourde indignation monter en lui, là-bas, Monsieur, « là-bas ils se paient des putains fort cher et ce aux frais de la princesse ! c’est immonde ! pensais-je qu’il allait me dire et j’étais bien prêt à abonder », là-bas ils ne vous regardent pas, ils ne vous disent ni merci, ni au revoir. Vous n’existez pas pour eux. Et ça, Monsieur, je ne le supporte pas ! Nous sommes des êtres humains, nous aussi.
Ainsi, ce n’était ni les plats Picard, ni la logistique péripatéticienne de Bruxelles qui lui causaient cette rancœur mais une absence de considération pour les êtres humains ; c’était aussi un motif, après tout.

Cependant, alors que je croyais que nous nous quitterions sur ces bonnes paroles, poursuivant chacun notre existence vers nos destinées respectives, des alarmes se mirent à crier dans la rue et immédiatement après des fourgons furent autour de nous tandis qu’un commando spécial nous encercla. Je me tourne vers mon logisticien clochard et lui crie :
— Fuyez, Frédéric ! Je ne sais pourquoi je l’appelai ainsi mais ce fut ce qui sortit de ma bouche. Je n’eus pas le temps de voir ce qu’il advint, j’étais aux prises avec l’ordre public, qui eut tôt fait de « m’ordonner »…

Plus tard, je répétais 25 000 fois :

L’UE c’est la paix
(…)
L’UE c’est la liberté
(…)
L’UE c’est l’indépendance énergétique*
(…)

Et je pus m’en aller.

*Ce n’est pas un Orwell, c’est une affiche de l’UE, boulevard Jean-Jaurès…

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Sugere

« Diriez-vous que le gouvernement fait du bon travail ? »
Du très bon travail.
« Diriez-vous en être véritablement satisfait ? »
Véritablement satisfait.
« Sur une échelle de 10 à 10 ? »
10.

« Aimez-vous l’Union Européenne, le traité de Maastricht et les États-Unis d’Amérique ? »
Je les aime tous, autant que j’aime le Seigneur, mon Dieu.
« Êtes-vous européen, citoyen du monde ? »
Je ne suis que ça.
« Donnerez-vous votre corps à la science ? »
Mon corps et ma dignité.

« Voterez-vous le troisième mandat d’Emmanuel Macron ? »
Et le quatrième, s’il le faut.
« Vous êtes républicain démocrate ? »
Républicain démocrate.
« Vous soutiendrez la vérité et le bien ? »
Je les soutiendrai.
« Vous dénoncerez les séparatistes, les mauvais penseurs ? »
Que l’on me donne la corde
et je les pendrai moi-même.

« À ses citoyens modèles
La Patrie reconnaissante. »

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Dans la nuit ils n’étaient que des torches en mouvement, pas même des ombres. Une oscillation lumineuse, des faisceaux où, lorgnant sur leur rien, venait se pencher la bruine. Le…

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Violons

Ce matin-là, traversant le pont de Seine pour aller travailler, il serait pris d’un vertige. Sans la voir il s’appuierait in extremis sur la barre qui l’empêcherait de tomber dans le fleuve. Pourtant, il se dirait qu’elle devait être bonne. Nous étions au mois de mars : fraîche, revigorante, cristalline. Des petits poissons s’approchent de lui et forment un ballet plein de grâce ; accueilli si gentiment il éprouve un certain réconfort, peut-être même, une forme de bonheur. Dès lors, il ne résiste plus. Mais tandis qu’il chute, il entend un peu plus loin sur le pont, croit entendre, la vibration d’un violon. Un son boisé, rond, relativement indistinct mais qui s’amplifie à mesure. Quelqu’un, c’est ce qui semblait, jouait. Pourtant il n’avait vu personne sur le pont sinon les gens occupés. Malgré tout, les notes continuaient de lui parvenir et avec de plus en plus de clarté. C’était une musique d’éther, au caractère presque divin – bien qu’il ne crût pas en Dieu. Aussi, cet air lui était bon et il résolut de s’y installer jusqu’à l’impact. Mais c’est alors que, venant on ne savait d’où, le son d’un autre instrument se fit entendre, se joignit à la musique. C’était un son plus clair, perçant ; on eût dit une flûte, ou le chant murmuré d’un bel oiseau, il ne savait. Alors qu’il pensait son immersion imminente, car il lui semblait qu’il tombait depuis longtemps maintenant, les deux sons se mêlèrent soudain dans une harmonie d’un autre monde ; une mélodie telle qu’on l’eût dit capable de soigner la plus morfondue des âmes, et qui, pour lui, fut comme une feuille d’or que l’on déposa sur la sienne.  

Il atterrit.

Mais, à sa grande surprise, il ne se retrouvait pas dans l’eau porté vers l’océan, mais bien sur le pont qui le menait à son travail.

Un peu plus tard il croiserait un homme portant un étui à violon et cela lui causerait un profond remous ; nouveau vertige. Confus, il le chercherait en tâtonnant ; les notes, oui les notes, elles devaient être quelque part et elles le mèneraient à lui, c’était certain. Mais tandis qu’il recouvrait ses esprits l’autre ne serait plus qu’une ombre au loin de la rue. Il se sentirait triste de n’avoir pu le remercier. Mais peut-être que, en fin de compte, cela importerait peu. En fait, peut-être que la seule chose qui importait maintenant était que ces notes seraient en lui ; qu’elles seraient cet air des cieux qui le maintiendrait en vie quand il serait triste, et qui vivrait jusqu’à la fin dans son cœur.

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Bercy

Bercy, temple du mensonge et du volBercy, heure des comptesBercy, berceuses pour t’accompagnerBercy, ton voyage sans retourBercy, l’Achéron, l’as-tu ? entendu chanter… Découvrir de nouvelles ambiances :

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la nuit descendre les escaliers

quand j’avais dix ans (à peu près, dans ces eaux-là ; j’étais à l’époque, il me semble, au collège), j’ai pensé pour la première fois à la mort. contraint à l’éveil…

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Maison

Il existe un portail.Derrière ce portail, un jardin.Après les fleurs, une porte.Au-delà des herbes, un champ de blés.À la lisière, une forêt.Après les arbres, une clairière.Au sommet, une maison.Une porte.L’homme…

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Fermé

« Ce tramway est climatisé.
Pour votre confort cette fenêtre doit rester fermée.
Merci de votre compréhension. »

Fermée, doit rester fermée…
« Pour votre confort… »
Fermée, doit rester fermée…
« Doit rester… »
Fermée…
« Merci de votre… » compréhension ? non. Il ne comprenait plus, il était soudain pris d’un-compréhension. Il avait chaud et du mal à respirer. La climatisation certes était là mais ce n’était pas ça, il lui fallait de l’oxygène, de l’air. Tandis que tout est étrangement figé dans ce tramway, les usagers immobiles et déconnectés, lui asphyxie et ne peut plus penser qu’à cette fenêtre qui « doit rester fermée ». Il étouffe, et de son étouffement naît son incompréhension. Ça, non, il ne comprend plus, ne comprend pas que cette fenêtre doive rester fermée ; alors, dans l’énergie du désespoir il appelle le Ministère ; ils ont mis un numéro vert. Il dit : Monsieur, s’il vous plaît, les fenêtres, il faut… – les fenêtres ? Oui ? Mais non, mais non, rester fermées. Tout doit rester fermé, c’est pour vous… Monsieur, s’il vous plaît, je, j’ai besoin de respirer – mais enfin, pour vous, elles – Monsieur, non, excu.. (il étouffe, il a de plus en plus de mal à respirer) excusez-moi ce n’est pas ça qu’il faut, je vous en supplie, par pitié – très bien très bien, j’en parle au cabinet. Ce sera fait sous deux jours… six mois… quinze ans…
alors il prend le marteau rouge et fracasse de lui-même la fenêtre, ce qui réveille les usagers ; indignés, ils se révoltent contre lui et le saisissent jusqu’à l’arrivée des hommes en armure. Qu’advint-il de lui ? On ne le sait pas.
D’ailleurs, il n’a pas existé.
La fenêtre ne fut jamais brisée, tout comme le numéro ne fut jamais composé.
Les usagers ne se souvinrent pas de ce jour…
La fenêtre resta bien… fermée.

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Soleil

RENDEZ-MOI LE SOLEIL  Ma paupière tremble, mes yeux ne sont que dolence et mes mains pleines de sang, le soleil me manque je pleure son absence. j’halète, je peine, je…

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Lit

Pour des raisons qui m’étaient propres je passais alors le plus clair de mon temps au lit. L’insonorisation de ma chambre ayant été fort bien conçue, j’avais loisir d’entendre l’intégralité…

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sans papier

Il tremblait tout entier. Famélique, tenait à peine sur ses pieds, n’arrivait pas à réunir ses pièces pour payer ni ouvrir son porte-monnaie. Il mit des minutes, des heures avant…

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Rêverie

Il y a quelque chose d’affreusement plat dans le suicide. Tandis qu’errer dans ce monde, comme une âme en peine, cela a son esthétisme. On a toujours l’espoir que soudain, en faisant nos courses, le sens nous tombera dessus, comme un coup de foudre. Bien sûr cela n’arrive jamais et l’on ressort toujours du magasin avec une grimace due au ticket trop salé et, certes, une petite satisfaction due au léger sourire de la jolie caissière (si vous avez de la chance, si en fait vous êtes dans votre lit, dans un rêve, et qu’elle vous murmure de sa voix en jogging « au revoir ». Oui « au revoir » mademoiselle, mais vous ne la revoyez jamais car qui est-elle de toute manière ? « une petite caissière » c’est bien ce que l’on se dit ! Mais elle au moins est belle, contrairement à vous, et elle s’en est allée, loin, très loin, diffuser sa beauté de par le monde, elle qui flotte dans l’atmosphère tel un baume qui guérirait tous nos maux, tandis que vous, vous restez irrésolu, rêveur, quelque peu abattu et votre jugement n’est rien d’autre qu’à votre image c’est-à-dire insignifiant.)

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29

Quelques considérations sur la vingt-neuvième année Une question s’invite à nous lorsque l’on atteint la vingt-neuvième année, c’est de savoir si l’on souhaite prolonger l’expérience jusqu’à la trentième. Car cette…

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Cent plans ou De l’inspiration

Toutes les plus grandes œuvres ont été écrites sans plan… Sans vouloir de leur auteur, sans préconception de sa part, elles naquirent d’elles-mêmes, à mesure de la création, comme un…

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Ricochets

Sable Ce qu’il me reste de toi ? Un peu de sable, entre les doigts. Aveugle et sourd Homme, n’entends-tu pas ? dans ton dos les cris, les borborygmes.Homme, ne…

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Divergence

Il est un problème avec la guerre en Ukraine, c’est que nous interdisons aux Européens l’accès aux plus belles femmes du monde, à savoir les Russes.

Maintenant les Français doivent se dépêtrer des Françaises, et c’est situation bien triste.

Car les Français aiment les Russes, au moins autant que les Européens. Ils aimeraient donc bien qu’on les laissât les aimer.

Maintenant chaque homme se fatigue des femmes de son pays car il en comprend la jactance et il ne peut y échapper car la vodka -compagnonne habituelle dans cette situation délicate- n’arrive plus sur nos sols.

Tandis que, nous ne parlons pas la langue de Pouchkine, nous ne pouvons donc comprendre les Russes. De plus elles ne parlent pas. Elles restent là, en face de nous, dans de belles robes une pièce en tissu noble et soyeux, à nous scruter de leurs yeux verts, et nous, à l’autre bout de la table, sur notre chaise inconfortable, ne savons que dire, que faire. Nous restons petits animaux en face d’elles tandis qu’elles se délectent de notre gêne et que nous sommes bien gauches quoi qu’heureux.

Elles sont effigies.

Qu’elles soient muettes et préférées entre toutes devrait porter à réflexion. Cependant ce n’est pas notre sujet…

Ce qui importe c’est que la guerre cesse, ou qu’a minima on nous laisse la vodka, car toutes ces rodomontades sont trop pénibles pour être supportées sobre.

Non ?

Alors, sans paix et sans vodka, des femmes de son pays prisonnier, l’homme européen n’a plus d’autre choix que l’homosexualité.

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pluie

la pluie tombe devant toi, le merisier se penche à ton épaule, il souhaite te parler, mais tu ne peux l’entendre, car la pluie t’absorbe, tu ne peux que la…

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Bêtise

Qu’est-ce qu’une bêtise ? « Une action déraisonnable, imprudente ». Certes, mais c’est plus profond que ça. En réalité, la bêtise est la plus pure forme de délassement. Car l’existence verrouille, à…

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Serveur

Ce jour qu’il humiliait le serveur d’assez piteuse manière il ignorait que longtemps, bien longtemps après il serait amené à le revoir sous de funestes auspices.Échouant dans ce bar un…

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Muppet

Quand bien même nous le voudrions de tout notre cœur, nous ne pourrions plus rien changer, car la machine a été lancée, nous ne sommes plus que prisonniers d’une inertie ; des petits muppets d’un show qui se joue au-dessus de nous, tellement au-dessus de nous…

Les parois sont lisses et nous glissons.

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Deux-deux

Frivolités Arrêt sur image. Le temps de décomposer cette fenêtre sur l’infini (visage d’une femme). Promesses de l’aube (jambes d’une femme). Problèmes Dans le métro, un saint clochard. — Des…

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Travail

— Mais peut-elle m’aimer, Persifandre ? Moi, le moins-qu’un-homme ! Je ne travaille pas, vis dans un logis qui n’est pas le mien : quelle femme voudrait d’un tel Peter Pan…

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Dribble

Gauche, droite J’aime une dulcinée, non le dull ciné  Peu consensuel je préfère le con sensuel (technique). Découvrir de nouvelles ambiances :

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Romain Dardel

Littérature française contemporaine

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