C’est lorsqu’il la vit qu’il tomba amoureux pour la première fois.
Bien sûr, à cinq ans, ce n’est pas ce qu’il se dit.
Mais immobile, frappé, il restait fasciné par cette petite fille aux cheveux bruns, qu’il avait aperçu un peu plus loin dans la cour. Longtemps il se demandera ce qu’elle avait que les autres n’avaient pas. La réponse était prosaïque : c’était elle, tout simplement. Certaines questions s’effacent devant l’évidence. Et l’évidence elle-même ne souffre aucune réflexion ; que l’action.
Alors il fit ce qu’il n’avait jamais fait : il s’approcha.
Intimidé, que devait-il faire ? Elle était trop belle, et son sourire, trop beau ; éblouissant. Sa joie, trop franche, son rire, trop vivant. Qu’est-ce que c’était que cet être ? Le garçon ne comprenait pas ; seulement, a-t-on besoin de comprendre ce qu’est la lumière pour qu’elle nous attire ? A-t-on besoin de savoir ce qu’est la chaleur, pour l’apprécier ? Certains appellent ça l’instinct : restons-en là ; chercher à approfondir serait maladroit, travestirait les sentiments du jeune garçon. Or ce qu’il éprouvait était si pur. Quelque chose qu’il n’avait jamais senti, et qu’il ne sentirait jamais qu’avec elle, toute sa vie. On appelle aussi cela l’amour.
Il restait proche, près d’elle pendant qu’elle jouait avec d’autres petites filles. Ne disant rien, il la regardait. Bouche ouverte, sans s’en rendre compte, absorbé.
Enfin, on l’invita à jouer.
Il ne jouait jamais avec les petites filles, habituellement. Ni trop avec les garçons, d’ailleurs. En fait, il ne jouait pas avec grand monde. Il était bien, seul.
C’était ce jeu où il fallait courir après l’autre, pour le toucher. Petit à petit, les enfants étaient éliminés. Lui ne voulait jouer qu’avec elle ; il serait mort si on l’avait éliminé avant.
Riant, elle virevoltait sur ses petites pattes, inaccessible.
Bientôt il ne resta plus qu’elle et lui.
Il courait de plus en plus vite, il se rapprochait. Les enfants retenaient leur souffle ou s’impatientaient : ils voulaient encore jouer eux aussi !
Alors qu’il sentait qu’elle fatiguait, qu’il voyait son joli front se tremper d’effort et de joie, au moment où il tendait la main vers son petit dos, la sonnerie retentit.
Alors que Dieu me frappait d’un éclair et décidait de m’immobiliser. Quatre jours. Déjà quatre jours après l’annonce. Et je ne vis plus, et me vide et m’enrage. Ne pas…
Platon ne prenait pas les mots au sérieux. Comment l’eût-il pu ? Lui athénien de l’oralité, il savait leur impuissance. Et pourtant, ils s’imposent. C’est là leur étonnant pouvoir.Bien sûr…
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Alors que j’attendais à la terrasse nocturne d’un restaurant turinois que l’on vînt me servir mon prosciutto crudo, soudain, Gangsta’s Paradise joua. Alors, me revint en flash, du passé enfoui…
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À A.C Cela fait quelques temps que je l’observe, elle, à quelques pouces de moi, un peu plus loin, sur le bar ; ce qu’elle mange n’a aucun intérêt, ni le…
De fins fils de soie striaient les herbes, c’étaient les toiles d’araignée, qui brillaient au soleil.
Plus loin, la rose trémière, qui pliait sous son poids, se balançait au vent.
Par terre, les feuilles sombres du prunus tachetaient le sol. Motif fauviste.
La maisonnette de son père, un escargot accroché à la porte caillée, immobile.
Au vent, les feuilles des arbres, brins d’herbe, fleurs restantes ; ondes paisibles du jardin qui se mêlaient à celle, foisonnante, de la faune occupée : abeilles, guêpes, minuscules moucherons qui n’étaient que points dans le contrejour du soleil, bourdons et tant d’autres qui vivaient et s’affairaient. Ce jardin était une ville, avait sa propre administration ; qui était-il sinon un intrus ?
Il s’efforçait donc de disparaître, pour ne pas gêner, en s’immobilisant par moment. Prenant racine, le ballet de la nature lui apparaissait clairement : des bébés lézards languissaient sur des pierres chaudes, se mouvaient entre les herbes, des roses respiraient, le tilleul jaunissait ses feuilles ; plus loin le pommier clair-obscur, le chêne stérile et le conifère disparu.
Au fond, la porte sur les champs, qui devaient être en labour à cette époque. Combien de temps qu’elle ne s’était ouverte ? Entre les ombres, sa serrure rouillée, quelque peu grinçante, mais qui, si l’on forçait un peu, s’emploierait avec bonne volonté.
Longues et nombreuses, les ombres des arbres découpaient le jardin en bandes. Entre ombres et lumières. Où était-il, lui ?
Il revint à l’entrée et s’étonna que le portail tînt encore debout ; vieux, délabré, sa peinture un vestige du passé.
Dehors, c’était la rue déserte. Au fond, la maison silencieuse. Surtout, celle qui y habitait autrefois. Ils descendaient du bus, non loin, en revenant du collège. Ils marchaient une ou deux minutes ensemble, jusqu’à ce portail qui devait afficher une autre figure à l’époque. Puis, elle lui disait « au revoir » en souriant. Et c’était tout.
Il repassa le portail. En entrant, ce petit érable du Japon, pas plus grand qu’un enfant, qui semblait vous attendre, vous souhaiter la bienvenue, et le rouge lumineux de ses feuilles aurait été les yeux brillants du jeune garçon, leur lueur d’espoir.
Jeux Les jeux du Cirque ne furent jamais aussi fastueux que lorsque les barbares étaient aux portes et l’Empire sur le point de s’effondrer. Ces Jeux sont donc à la…
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Un certain soir de mars 1870, à Moscou, deux événements extraordinaires et concomitants se produisirent qui eurent par la suite des conséquences dramatiques pour le Vieux Continent. Le premier événement.…
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Il fit froid lorsqu’il ouvrit la fenêtre. « Ça y est, l’été s’en est allé », se dit-il.
La veille au soir ils essayaient de se glisser dans le couloir du salon avec cheminée ; sans faire de bruit, en passant par la fenêtre. Elle avait ramené son manteau sur elle ; c’est vrai qu’il faisait froid.
Passé en premier, il lui avait tendu la main. Elle, elle baissait la tête pour savoir comment elle mettrait ses pieds, et il avait pu voir qu’elle souriait. Était-ce parce qu’un tel procédé l’amusait ? Il se demanda comment une fille en talon pouvait enjamber une fenêtre. Néanmoins elle avait réussi.
Soudain, la porte s’était ouverte, et ils s’étaient cachés dans les escaliers, par réflexe. À travers la rambarde, ils pouvaient voir qui se tenait sur le palier : un inconnu.
Dans le noir, il s’était tourné vers elle. Il s’imaginait qu’elle souriait à nouveau, que cette clandestinité la rendait, sans qu’il pût expliquer pourquoi, heureuse.
Une seule chose certaine ; la blanche buée, délicate, que produisait sa bouche, tranchant leur cachette, son obscurité. Très lentement, il pencha son visage, jusqu’à sentir ses cheveux : épais, légèrement humides, glacés.
Vision — Pourquoi détournes-tu le regard ?— Parce que j’ai trop vu… je ne souhaite plus voir. Encre noire On me dit parfois que ce que j’écris est trop sombre,…
Dans la nuit ils n’étaient que des torches en mouvement, pas même des ombres. Une oscillation lumineuse, des faisceaux où, lorgnant sur leur rien, venait se pencher la bruine. Le…
Ce jour-là, dans la rame du train de cette bonne vieille ligne L, rien ne dérogeait à la coutume du calme plat, de la tranquillité morne. Pour dire toute la vérité, c’était comme d’habitude, comme depuis que le monde avait décidé qu’il en serait ainsi, c’est-à-dire depuis longtemps. Toutefois il arrivait que cette bonne mère chuchote des histoires du temps jadis, de l’époque où les voyageurs s’émerveillaient pendant les trajets et bavardaient entre eux. Mais notre bonne vieille ligne L étant entrée dans son âge noble depuis maintes années, vous être en droit de douter de la véracité de ces histoires. Enfin, elle nous rendait de bons services au quotidien, nous la laissions donc murmurer avec politesse. Même, peut-être nourrissions-nous le timide espoir que ces lubies fussent vraies, voire, pour les plus crédules d’entre nous, espérions-nous qu’elles revinssent à la vie. Cela étant, rien n’indiquait que mon voyage du mardi 9 février 2021 aux alentours de 17h00 devait désobéir à la règle d’un trajet oubliable. Plongé dans Rouslane et Ludmile, un mouvement devant moi m’avait sorti des fées de Pouchkine. Je détournai les yeux car comme toute lumière trop vive nous blesse, il me fallut un temps avant de pouvoir en regarder la source.
Elle réajustait ses cheveux. Et, mon dieu, quels cheveux. Ils tombaient telle une cascade de caramel aux reflets dorés, longue et brillante, d’une épaisseur de forêt vierge. Elle les maintenait fermement pour se les attacher et je pus sentir par toutes les fibres de mon corps à quel point ils étaient denses et à quel point j’aurais péché pour être cette main. Mais alors que la débilité me guettait, son masque tomba… par tous les saints du ciel son masque tomba ! Quel visage il laissa paraître. Je me repentais à grand-peine des pensées impures qu’il me provoqua, hurlements fracassant de mon être, car quel visage ! Ses yeux n’étaient autres que la fenêtre sur l’infini, délicatement fardés d’un noir aussi profond que les promesses de leur battement, le nez vous transperçait le cœur, droit comme l’évidence, la bouche elle si fine et si délicate ne pouvait s’ouvrir qu’à des fins supérieures, et les lèvres étaient d’une minceur telle qu’elles en auraient découragé les peintres de vouloir les reproduire, tant la perfection de la nature les aurait nargué. Je suppliais intérieurement que l’on me délivre de cette vision insupportable, beauté indécente qui m’entrainait vers la folie.
Mais le Malin qui avait certainement orchestré cette scène pour me torturer n’avait pas encore fini de s’amuser. Le masque tombé devait être ramassé. Je vis donc les mains. Et par le diable, quelles mains ! La seule écriture de ces lignes me replonge brutalement dans une envie fautive et mes idées se mutilent pendant que le mugissement de mon être s’abandonne au gouffre d’un désir indélébile. Mais continuer… je dois continuer… aller jusqu’au bout… Ses mains… Oui ses mains… créées uniquement pour la douceur céleste et les caresses séraphiques, brillant d’ongles vierges de tout vernis car nul ne s’était considéré digne de les ramener sur terre en les souillant.
L’infâme démon tira enfin sa dernière ficelle et ce fut le coup de grâce : elle se relevant je découvris ses jambes. Par la peine capitale, quelles jambes ! Des jambes… des jambes de biche légèrement serrées dans un jean anthracite qui glissait à mes sens la volupté de ses formes et se terminait par d’innocentes bottines noires. La peinture de cette muse achevée tout restait à faire. Tant de choses que j’aurais voulu faire. Mais à peine l’être cornu avait-il fini de me tenter que déjà il m’en ravissait la vue en ricanant car c’était mon arrêt. Sur le quai goguenard, le train du miracle disparaissait au loin. Je restais longtemps hébété. L’impression ne me quittait pas.
Ô, toi, espiègle fripon ! N’est-ce bien que par plaisir de voir les hommes désespérer de ce qu’ils ne peuvent avoir que tu les soustrais à tes magnifiques promesses ? Était-ce pour me voir marcher sur les voies que tu me brutalisas ainsi ? Il me fallut exorciser ou mourir. Je décidai que ces lignes seraient ma confession. Futiles traces d’encre numérique. Vain témoignage de celles imprimées par le désir dans ma chair. Peut-être leur écho résonnera-t-il un jour sur la L : le rendez-vous avec la grâce.
Bercy, temple du mensonge et du volBercy, heure des comptesBercy, berceuses pour t’accompagnerBercy, ton voyage sans retourBercy, l’Achéron, l’as-tu ? entendu chanter… Découvrir de nouvelles ambiances :
quand j’avais dix ans (à peu près, dans ces eaux-là ; j’étais à l’époque, il me semble, au collège), j’ai pensé pour la première fois à la mort. contraint à l’éveil…
Il existe un portail.Derrière ce portail, un jardin.Après les fleurs, une porte.Au-delà des herbes, un champ de blés.À la lisière, une forêt.Après les arbres, une clairière.Au sommet, une maison.Une porte.L’homme…
Je m’étais perdu en enfer. La porte qui venait de s’ouvrir ne donnait pas sur la soirée que tenaient mes amis, mais sur une boîte de Pandore.
Il y a deux ans le compte Instagram de ma mère était passé du plus profond anonymat à la célébrité soudaine ; rapidement elle avait atteint la barre des 666 000 followers. Peu après, elle les perdit tous mystérieusement et se suicida de déception. Or, quelle funeste espièglerie du destin devait me condamner à ce que je me trompasse de porte pour atterrir dans une soirée d’influenceuses ?
Je m’avançais dans ce chic appartement parisien tel Dante descendant aux enfers sans Virgile pour le guider. Des figures difformes et monstrueuses blessaient mon regard partout où il avait le malheur de se poser. Ici, c’étaient des joues disproportionnées, gonflées comme des melons, là des cils d’une immensité telle qu’à chaque battement les yeux menaçaient de s’envoler, là des dents si parfaites et blanches qu’elles en devenaient des crocs, là encore des ongles manucurés pareils à des griffes, là-bas des cheveux si tirés que la tête était sur le point de s’arracher, ici une robe si serrée qu’elle allait disparaître dans le néant, là un visage qui étouffait sous une mare de maquillage telle une âme prisonnière de son corps pécheur, là, là…
Je fermai les yeux, en sueur et tremblant. Pris de nausée, je trébuchais et me rattrapais sur un immense miroir. Je tressaillis ; perdu au milieu de cette glace démesurée, j’étais le seul avec un reflet. Créatures démoniaques ! Je cherchais en vain une lumière, une âme au sein de cette assemblée sordide. Les hommes, mais oui les hommes, où étaient-ils ? Aucune trace d’eux… Ah ! Si, je les vois ! Mais, mais que font-ils ? Ils lèchent les bottes de ces succubes. Littéralement ! Celui-ci est à genoux, celui-là à quatre pattes, lui allongé par terre, lui, lui… non, la décence m’interdit de décrire sa position. Pauvres fous ! Est-ce donc ce que vous êtes devenus ? Je détournais le regard car à nouveau la tête me tournait, au moins six fois plus violemment.
Profitant de ma confusion un diablotin s’approcha de moi avec un plateau recouvert de feuilles noircies d’une écriture minuscule : « followers, likes, followers, pas cher, votre âme, signez » ; je me débattais contre cette engeance et volais loin, dans la première direction que la Providence m’indiquait. Je me heurtais à une fenêtre. Cherchant à l’ouvrir pour respirer, je m’aperçus que le monde n’était qu’un brasier et le ciel un nuage noir sans fin de suie et de soufre. Bonté divine ! Aucune échappatoire ? Alors que j’essayais de retrouver mon calme déjà une autre chose tordue, boursoufflée se jetait sur moi :
« Followers ! Followers ! Pia pia, followers ! »
Arrière, démon ! Je n’ai pas encore renoncé ! Je fonçai le plus loin possible de cette vision d’horreur et allais me rouler en boule dans un coin de cette pièce cauchemardesque, choqué et pris de convulsions incontrôlables.
Sainte Vierge, notre Mère à tous qui êtes aux cieux, venez-moi en aide je vous en supplie, daignez sauver mon âme innocente. Qu’un ange descende de l’éther pour me secourir et je serai votre serviteur à jamais ; je m’efforcerai d’apporter la lumière dans le cœur des hommes. Sauvez-moi car j’ai encore espoir, ma Mère.
Alors, je vis : une enfant ; elle était à côté de moi, les cheveux blonds et le teint clair. Elle avait peur.
« Elles sont toutes… si laides, monsieur. »
« Ne les regarde pas ! » m’exclamai-je.
Par dieu, je jurai que nous allions sortir de cet engrenage et que si l’un de nous devait y rester ce serait moi. Je tendis la main à l’innocente enfant et elle me suivit à travers l’abîme instable. Les parjures abjectes s’écartaient sur notre passage en poussant des cris stridents. Les bouches formaient des fournaises qui nous encerclaient, les lèvres des sceaux enflammés cherchant à nous marquer, les langues des flammes malodorantes qui venaient lécher nos âmes.
Une voix lumineuse éclata au sein de ce gouffre obscur :
« Ne regarde pas, mon enfant ! »
Alors que l’espoir s’éteignait, que je sentais sur mes épaules les griffes de l’abandon, une chaleur innocente monta dans mon ventre, me guida. La main de la petite fille dans la mienne, je sentis une poignée de porte. L’actionnant avec les ultimes forces du désespoir, tout se termina.
Confus comme sortant d’un mauvais rêve je retrouvais mon chemin et arrivai à la soirée de mes amis. La petite fille avait disparu mais un détail la concernant m’apparut soudain : sa ressemblance avec ma mère enfant.
RENDEZ-MOI LE SOLEIL Ma paupière tremble, mes yeux ne sont que dolence et mes mains pleines de sang, le soleil me manque je pleure son absence. j’halète, je peine, je…
Pour des raisons qui m’étaient propres je passais alors le plus clair de mon temps au lit. L’insonorisation de ma chambre ayant été fort bien conçue, j’avais loisir d’entendre l’intégralité…
Il tremblait tout entier. Famélique, tenait à peine sur ses pieds, n’arrivait pas à réunir ses pièces pour payer ni ouvrir son porte-monnaie. Il mit des minutes, des heures avant…
Le palais du Calife était immense : étendu comme la ligne d’horizon, haut comme le métal d’une lointaine Tour Eiffel. — Calife ! Roi d’un pays dont les raisins ont le goût de miel et dont les fastes sont sans pareilles. — Humble pèlerin, que me vaut que tu viennes troubler mon sommeil ? — Souverain d’Orient que le soleil pare de ses ornements. — Modeste d’apparence parles-tu pourtant fort bien de mes agréments. — Tes vergers chantent les louanges d’une poussière fertile et les prés caressent leurs cendres subtiles. — Que viens-tu chercher sur ces contrées si éloignées, toi, lettré ? — Noble roi, toute la nature sur mon chemin n’indiquait que tout droit la direction de ton Olympe. — La hardiesse de ton trajet sera célébrée par le service des œufs de lump. — Confluent du Tibre, du Nil et autres fleuves incandescents se jetant dans tes yeux, dont les iris de menthe amantes des cieux… — Trêve de ces babillages ! Il me plaît ton langage. — Infinité, si je puis vous l’avouer… — Parle avant que les caprices de ma versatilité ne se fassent sonner. — J’arpentais tes terres, habité par une seule idée. — Il me plaira de l’entendre. Pour un instant me voilà tout ouï sans prétendre. — Il s’agit d’une infime faveur si celle-là venait à parvenir à l’intime, votre cœur. — Sont-ce les merveilles de la nuit que tu réclames ? Ou la chaleur des journées ? Les saisons ou la bonne santé ? Tout cela je puis te l’accorder. — À tout dévoiler ce ne sera rien d’aussi compliqué : ma femme dans votre sérail est maintenue captivée. — Ah ! Sera-ce pour les bafouer aussitôt atteintes que tu voulus t’élever dans les cimes de mon estime ? — Lueur de tous les astres, aucune de mes clameurs ne puit jamais noircir ta grandeur. — Mais, un motif aussi insignifiant te valut-il que nuit et jour, pluie et vent, sable et tourment, tu traversas l’Occident ? — Jamais je n’entrepris tel voyage autrement que pour ma compagne ses beaux rivages. — Ainsi, tel le moucheron admis à la table du roi, tu ne sifflerais que les miettes plutôt que les mets des trompettes ? — Votre magnificence concevra aisément qu’un minuscule ménestrel n’osât partager les goûts d’un consul éternel. — Qu’un homme sachant développer des maximes si sonnantes ne vise pourtant que la réunion avec l’autre gente, cela grandement me tourmente. — Votre firmament des dunes appréhende-t-il qu’à sa couronne un joyau vint à manquer ? Pourtant je ne doute pas que dans ses harems les fleurs se dénombrent sans pouvoir être comptées ? — Allons cerf naïf, le soleil ne dardera plus ses rayons qu’encore pleins seront mes salons. — Qu’empêche-t-il alors l’empereur de tous les patriciens de me rendre le bonheur de mon bien ? — Rien n’entravera jamais une de mes intentions, à peine fût-elle sentie, sans qu’aussitôt celle-ci dans la réalité prenne vie. Néanmoins à ton égard je ne puis qu’éprouver le sentiment d’un profond gâchis. — Ô monarque commandant aux planètes, serais-je digne de savoir celui-ci comment il naquit ? — Alors que la poésie t’appelle, ses champs de l’Élysée, tu en dédaignes les blés ; voici ta dulcinée, parcours les plaines sans fin de son ivraie, sens leur médiocrité. Ceci est ton choix, cela ta destinée. — Ô grand souverain dont la clairvoyance de ton jugement confine aux bois éthiopiens, leurs cent ans. Crois bien que ce n’est point par insuffisance de ma volonté bien plutôt que par instance de la vérité qu’aujourd’hui cette voie je décide d’emprunter. — Puisse tes actes s’accorder à cette musique, mais ta partition ne me semble que trop inique. — Celui qui commande à la cour les alexandrins, a-t-il peur que la tendresse me perde qu’elle soit un vil chemin ? — Ce n’est pas l’amour que je crains ; mais ses détours, son venin. — Imposant conifère au sein du fatras, jamais mon âme cette citadelle de verre elle ne faiblira. — Tes dires s’emplissent d’éloquence dès lors que tu défends celle qui pourtant t’engage vers les ires, sa divergence. — C’est bien pour elle que mon coeur – il bat, vers elle qu’ils voguent – mes mâts ! — Alors, méfie-toi de celle qui n’est point muse, poète, ou dans les ruses éteins-toi, frêle comète. — Ultime versant où la lueur du couchant vient mourir au soir hésitant, crois que toujours les attributs de la nature je m’efforcerai d’honorer, et ce jusqu’à ce qu’un beau jour je ne pusse plus que sa gloire nocturne embrasser. — Va, va. Un long chemin t’attend tandis qu’entends-je ce qui se prépare, mon festin.
Quelques considérations sur la vingt-neuvième année Une question s’invite à nous lorsque l’on atteint la vingt-neuvième année, c’est de savoir si l’on souhaite prolonger l’expérience jusqu’à la trentième. Car cette…
Toutes les plus grandes œuvres ont été écrites sans plan… Sans vouloir de leur auteur, sans préconception de sa part, elles naquirent d’elles-mêmes, à mesure de la création, comme un…
Sable Ce qu’il me reste de toi ? Un peu de sable, entre les doigts. Aveugle et sourd Homme, n’entends-tu pas ? dans ton dos les cris, les borborygmes.Homme, ne…
— Alors, comment s’est passée ta vaccination ? — Le mieux du monde mon cher Théophile. Je, je… Alors qu’Alban allait pour terminer sa phrase il sentit soudain un léger trouble, une indisposition étrange. — Oui ? Le monde sembla s’éloigner, le temps s’arrêter et l’espace se distordre. Tandis que de vagues vibrations parvenaient encore à ce jeune parisien bourgeois, les beaux yeux verts de Théophile se dissolvaient en un fleuve émeraude… Puis, son cœur battant la chamade, le monde redevint ce qu’il était : calme et plat. Théophile regardait étrangement son ami, peut-être pensait-il qu’il lui jouait un tour. Alban se reprit finalement le mieux du monde, et comme s’il ne s’était rien passé : — Oui ! Les effets secondaires ; aucun, donc. C’est passé comme une lettre à la poste. Théophile le félicita et tous deux réjouis, tous deux vaccinés, ils trinquèrent à la liberté, aux lendemains radieux, et à la République Française, qui leur permettait de vivre heureux et en bonne santé.
Soudain, alors que cette honnête conversation prenait un tournant plus frivole (comme c’est généralement le cas lorsque deux jeunes hommes se retrouvent en tête-à-tête pendant un moment prolongé), l’attention d’Alban resta comme accrochée à la serveuse qui venait leur apporter la seconde tournée. Elle tenait dans chacune de ses mains, bien fermement, cela démontrant sûrement son habitude, le verre à chacun. Celui de Théophile était long et épais, car il prenait une pinte, celui d’Alban plus fin et discret, car il prenait un cocktail. N’importe quel regard observant les deux verres aurait conclu que malgré leurs différences ils pouvaient néanmoins procurer des plaisirs de qualité égale : pas de jaloux !
Pour en revenir à la serveuse qui devenait malgré elle l’objet d’une adoration… lorsqu’elle se baissa légèrement pour… Les verres déposés sur la table, Alban ressentit des palpitions et une étrange chaleur monter en lui. Il desserra légèrement le col de son T-shirt blanc immaculé, car vraiment il faisait chaud ce 31 mai, 24 degrés selon la météo, c’était une première pour la capitale cette année. On n’avait plus l’habitude de telles… chaleurs.
Après que la divine brunette eut disparu Alban mit un certain temps à recouvrir ses esprits, et son corps à redescendre à une température normale (mais qu’est-ce qu’une température normale…). Toutefois l’air qu’il affichait sans s’en rendre compte indiquait qu’il ne s’était pas totalement repris…
Déconcerté, il retourna la question des effets secondaires à son ami Théophile. Ce dernier n’en avait eu aucun, ni à la suite de la première injection, ni à la seconde. Il ne se souvenait en tout et pour tout que d’une légère douleur locale à l’endroit du vaccin, pendant quelques jours. Cette réponse troubla notre vacciné du jour. Il se sentait bizarre. Mais ce n’était probablement qu’une coïncidence, qu’un effet psychologique. Nul doute que très prochainement il retrouverait son état normal. Restait quand même que, cette chaleur, cette sensation étrange lorsque la serveuse avait paru…
Le lendemain notre innocent héros fût réveillé par un bruit fort déplaisant et inhabituel : la sonnette de son appartement (plus précisément celui de ses parents, qui étaient pour lors partis en week-end). Interloqué, il alla ouvrir et quelle ne fut sa surprise de ce qu’il découvrit sur le palier : une demoiselle, certes fort bien de tous abords mais tout de même… maquillée de manière… et habillée de façon… avec quelque chose dans le regard qui…
Cette turbulente inconnue entra sans rien dire et sans qu’Alban ne dise rien lui-même, ne comprenant pas de quoi il retournait. Elle le fit assoir sur son canapé, en marchant ses talons produisaient un bruit très excitant, puis elle fit glisser le long de son corps son grand manteau couleur chair qui laissa découvrir la sienne, hormis les endroits que la bienheureuse décence avait commandé de recouvrir par des sous-vêtements.
L’intruse se mit à quatre pattes, en cambrant fortement son bassin, -ce qui produisit chez notre jeune personnage une réaction corporelle dont vous pourrez vous-même conclure-, s’approcha lentement de lui comme une créature lascive étrange et décidée, puis, lorsqu’elle porta finalement les mains sur la partie sensible de cet honnête protagoniste, il s’écria :
— Mais qu’est-ce qu’il se passe ?!
La jeune effrontée qui venait apporter la perversion dans cet appartement d’une famille de cadres supérieures en tout point digne de respect prit cette réaction pour un jeu auquel son partenaire souhaitait s’adonner avant que les choses deviennent sérieuses. Elle coula donc devant lui pendant plusieurs minutes en variant les positions de son corps et le rythme de ses mouvements, qui, augmentant graduellement leur évocation, témoignait d’une grande expérience dans cet exercice. Quand il n’y tint plus, Alban exigea des explications à sa tentatrice en se levant brusquement, comme piqué par une décharge électrique, ce qui, dans sa tenue de pyjama, ne put que montrer sans équivoque l’état dans lequel notre scélérate l’avait placé…
Comprenant cette fois-ci que quelque chose n’allait pas, l’indigente s’étonna d’une voix désabusée : — Mais monsieur, vous m’avez commandé… — Commandé ?!
Seigneur ! « Commande » -t-on ces choses-là ?!… Mais notre brave jouvenceau n’avait pourtant rien commandé. Complètement confus il requerra à cette professionnelle qu’elle lui donne plus de détail sur cette « commande » … — Hier soir, vous m’avez contacté pour une prestation ce matin. « Sous-vêtements noirs requis ainsi que supplément porte-jarretelle ». Ah, et requête particulière : « cheveux attachés ». Il est vrai que cette honnête commerçante avait promptement livrée une commande complètement conforme au contrat. Le problème ne venait pas tant de sa conformité que du fait même qu’il ait été conclu. Alban ne se souvenait pas d’avoir appelé. Était-ce une blague d’un de ses amis ? Ce petit plaisantin de Théophile ? Cela l’aurait fort étonné.
Ne comprenant toujours pas mais étant pourtant certain de n’avoir jamais effectué pareille requête il demanda poliment à la demoiselle de s’en aller tout en s’excusant pour la gêne occasionnée ainsi que le temps perdu, qui était à fortiori éminemment dommageable dans sa profession… Cependant son invitée répondit avec la plus grande innocence du monde :
— Vous êtes sûr monsieur ? C’est que… la commande a été réglée en avance…
Comment ?! Réglée en avance ! La confusion et l’agitation de notre héros s’augmentant terriblement tandis que l’excitation d’une extrémité de son corps -née des prémices de la prestation de cette consciencieuse professionnelle- ne diminuait pas, il s’excusa un instant auprès de la ravissante patricienne et disparu dans sa chambre.
Très agité, la partie inférieure de son corps toujours aussi tendue et ne semblant pas vouloir se calmer l’empêchait de se mouvoir aussi librement qu’il le souhaitait. Tant bien que mal, il parvint jusqu’à son bureau et alluma son ordinateur pour consulter instamment son compte en banque.
Au pinacle de la confusion, notre jeune homme découvrit effectivement un débit daté de ce jour-même, dont le montant le fit rougir et que nous tairons pour ne pas ajouter à la confusion qui ne se peint déjà que trop bien sur son visage l’humiliation de voir les résultats de ce qu’il semblait avoir -sans en avoir apparemment conscience- fait.
Cherchant à démêler le vrai du faux il retraça mentalement sa journée d’hier après qu’il eut pris congé de Théophile et n’y trouvant rien d’anormal il fût positif qu’il n’avait jamais commandé ce… colis. Il ne savait quel parti prendre et un nouvel élément qu’il n’avait pas soupçonné vint ajouter à son indécision : le paiement en avance.
Bien que les mœurs respectables de notre Parisien ne dûment jamais balancer quant à la décision à prendre, à savoir congédier instamment son honnête compatriote, le fait qu’une telle somme dusse avoir été enlevée de sa poche en pure perte le contrariait prodigieusement (bien qu’issu d’une bonne famille il n’en était pas moins qu’un jeune diplômé et donc pas encore en possession d’un capital suffisamment significatif pour qu’il soit négligemment gaspillé). Pesant ces éléments les uns par rapport aux autres pendant un temps je crois qu’ici, bien que n’ayant pas la faculté de sonder aussi profondément notre candide protagoniste, il n’osait pas choisir ce que l’examen de la situation ainsi qu’une envie étrange montant à l’intérieur de son être lui intimait pourtant de faire : consommer sa commande, qui était de toute manière déjà payée.
Alors que notre jeune homme revenait dans le salon sans toujours savoir quoi dire quoi faire, on sonna à nouveau. Ici, je renonce une nouvelle fois à sonder l’intérieur du jeune homme et les mouvements qui pourraient y exister tant l’agitation me semble chaotique mais il se figea comme la plus pure des statues.
La créature lascive qui campait sur son canapé commençant à s’impatienter car, comme on n’ose que trop l’imaginer dans sa pensée « le temps c’est de l’argent », elle interpella le maître des lieux pour qu’il lui dise si oui ou non… enfin, cher lecteur, je ne doute pas que vous ayez compris la teneur de la question.
N’entendant point ce bruit qui provenait du canapé, il se dirigea vers la porte mais quel ne fût pas son embarras quand il remarqua que l’excitation qui était celle d’une partie de son corps depuis maintenant un moment n’en démordait pas. Pour des raisons apparentes de bienséance il résolut d’ouvrir la porte mais de n’offrir à la vue de son visiteur que la partie supérieure de son corps…
L’ouverture légère aussitôt faite lui laissa immédiatement voir une fille qu’il ne connaissait que trop bien : Marie, ex petite amie. Incrédule, il bredouilla de manière aussi comique qu’hélas, ridicule :
— Marie ? Mais enfin, qu’est-ce que…
Trop contente d’être reconnue et croyant à son tour qu’Alban souhaitait se prêter au jeu de feindre qu’il ne comprenait rien (il faudrait ici sincèrement se demander pourquoi la gente féminine semble instinctivement penser que son homologue masculin feint dès lors qu’il ne comprend pas quelque chose, alors que bien plus souvent qu’autre chose il n’entre même pas dans de telles réflexions et encore moins lorsqu’il s’agit d’une interaction avec le sexe chéri de son cœur, il est lui-même déjà bien trop assaillis par les sentiments qui sont les siens pour qu’il n’ait encore la maîtrise de se prêter à un quelconque jeu…), cette ravissante nouvelle venue entra en sautillant joyeusement tout en lui déposant un baiser sur la joue qui, le contexte ayant été moins confus, eut sûrement été très agréable.
Elle n’eut pas sitôt fait de notifier ce qu’elle prit pour un signe de bienvenue de son hôte, qu’elle pensait complice, (on parle ici de, enfin, de l’état de la partie inférieure d’Alban…) qu’elle déchanta immédiatement en découvrant la chose à plaisir sur le canapé qui, offrant ses atouts de manière quasi univoque car n’ayant plus son manteau… ajouta au courroux grondant de la jeune fille. Se tournant vers notre héros (qui à cet instant précis n’aurait pas souhaité autre chose que d’être à mille lieux de son appartement) et avec un ton dont la menace n’égalait que la stupeur :
— C’est quoi ce plan ?
Le malheureux, essayant tant bien que mal de dissimuler l’agitation inférieure de son corps (c’était en réalité impossible étant donné le type de vêtement qu’il portait mais nous saurons gré à notre héros d’avoir néanmoins essayé, ce qui prouve une nouvelle fois la délicatesse de ses manières et l’exemplarité de son tempérament), tenta en vain de tempérer :
— Écoute Marie, c’est très bizarre mais…
La furie en sourdine ne souhaita rien entendre et réclama à Alban de le voir immédiatement dans sa chambre. Je passe les cinq premières minutes de leur entrevue qui se résument au monologue outragé d’une jeune fille en droit de l’être et qui n’aurait semble-t-il pas plus tôt fait de jeter son hôte par la fenêtre si elle en avait eu la capacité. Ainsi, ce préambule fort désagréable pour notre héros mais hélas inévitable de passé, il tenta d’éclaircir une situation qui n’était pas moins étrange pour lui que pour Marie et qui pourtant pouvait peut-être se terminer de manière satisfaisante…
— Écoute Marie, tu vas croire que je me moque de toi mais est-ce que tu peux me dire pourquoi tu es ici ?
Là, le caractère de notre jeune Française faisant honneur à la réputation de ses paires, je tais la réponse qu’elle donna et celui qu’elle prenait à cet instant précis pour le dernier des ahuris continua bon gré malgré de chercher des éléments de réponse dans ce qui n’aurait rien eu à rougir d’une scène du théâtre comique.
— Donc, tu dis que je t’ai envoyé des messages hier…
Assailli par un gentil vocabulaire que nous tairons une nouvelle fois, Alban tenta de temporiser et alla consulter son téléphone portable. Ce qu’il découvrit alors lui aurait peut-être porté le coup de grâce achevant de le mettre K.O. s’il n’y avait pas eu cette excitation ininterrompue de son membre inférieur qui semblait à elle seule le maintenir encore en vie.
Parcourant sa messagerie il s’aperçut qu’il avait effectivement envoyé plusieurs messages à Marie, dont le ton et le contenu étaient pour le moins… évocateurs, hum, et dont la jeune fille semblait y avoir été sensible, ce que sa chaleureuse arrivée dans notre histoire confirme.
Or, hormis ceux envoyés à Marie, d’autres messages restaient à découvrir… alors qu’Alban découvrait dans sa messagerie ce qui va suivre il semblait à nouveau pris de cette étrange sensation qui l’avait attaqué au début de notre récit, où le temps s’arrête et où l’espace se distord ; où le monde, hormis nous, ne semble plus exister.
Alban avait aussi textotéavec un grand nombre de ses contacts, proches ou lointains, et dont le dénominateur commun semblait être -et c’est un hasard curieux- … le sexe. Oui, il n’avait contacté que des filles. Ce fait fort insolite le déstabilisa encore plus (comme si cela eut été encore possible) d’autant plus que comme pour sa « commande », il ne se souvenait aucunement d’avoir envoyé un seul de ces messages.
L’air absent, notre héros s’en alla dans le salon, en ne prêtant pas attention aux multiples vibrations qui dérangeaient la quiétude de l’air ni ne semblant même les notifier, et que tout autre personne à sa place aurait qualifié de : « gueulante ».
Au fond du gouffre de l’incompréhension, notre paladin perdu vint s’assoir à côté de sa belle débauchée qui, bien que lui demandant probablement à nouveau ce à quoi elle devait s’attendre, semblait plus prompte à la patience en ayant notifié le trouble profond de son preux chevalier. Sur le point de renoncer et de se murer à jamais dans un silence de saint car ne voyant pas comment se sortir d’une pareille situation, le souffle de notre héros se coupa soudain et une bourrasque d’énergie inconnue vint secouer tout son être.
Il semblait que… oui il semblait bien que l’excitation qui n’avait alors été que circonscrite à la partie inférieure de son corps venait tout à coup s’engouffrer dans sa partie supérieure. Cela dura plusieurs minutes, puis, complètement changé, moi-même ne reconnaissant plus l’expression auparavant si innocente, si naïve de notre héros, qui était dorénavant remplacée par un regard de feu, rieur, il tourna ses yeux brûlants sur la créature lubrique à sa droite, puis les darda sur la belle et fraîche Marie qui, soudain un peu inquiète, n’ayant que trop vu le changement d’attitude de celui qu’elle honorait à peine deux minutes plus tôt de tout le verbe que pouvaient produire de si jolies lèvres fines, il se leva.
Il prit délicatement une main de chacune de ses invitées et leur tint alors un discours… que je serais bien mal à l’aise de retranscrire, tant il outrepasse ma pudeur. Néanmoins, par quelque éloquence sordide, surnaturelle, réussit-il à convaincre les deux êtres de chair et sang à pleinement participer aux odieux desseins qu’il venait de peindre…
Sans une quelconque cérémonie ni retenue, les trois effrontés se mirent aussitôt à l’ouvrage et, fermant alors mes yeux de dégoût car j’aurais souhaité de toute mon âme que l’histoire se termina ici, il me reste néanmoins à en vous narrer la suite… Nous avions fait mention des divers messages qu’Alban (ou quelque autre que lui) avait pu envoyer à la gente sensible de son répertoire… et pas plus tard que cinq minutes après le début des festivités la sonnette frétillait à nouveau et une autre jeune fille de la connaissance de l’hôte endiablé paraissait. Par la même verve enflammée dont l’énergie ne pouvait selon moi que provenir d’un démon, il réussit à retourner le cerveau de cette innocente nouvelle venue et c’est avec une grande joie qu’elle alla prendre part à ce qui avait déjà eu l’indigence d’être entamé… Ce manège odieux dura toute la journée et chaque 5 minutes se présentait une nouvelle fleur qui était sans le savoir venue pour se perdre dans une jungle luxurieuse…
Si cet hôte satanique eut dû être comparé à un infirmier en mission, alors, à ma connaissance, jamais l’on ne vit un autre administrer plus de piqûres que lui et ce avec une telle énergie, un tel zèle, une abnégation si complète pour le travail bien fait. Tout ce qui bougeait dans cette clinique improvisée était aussitôt piqué fort vivement et fort adroitement par ses soins. Il n’est pas à douter que chaque partie prenante de ce vaccinodrome de la luxure reçut a minima ses deux piqûres, gratuitement, et avec un sourire. La partie finie, on se sépara heureux, et reconnaissant d’avoir pour un après-midi au moins été protégé de la pudibonderie. Néanmoins la durée des effets d’un tel traitement était ignorée par son administrateur, ce qu’il apprit bien à ses dépens.
Effectivement, de retour au bar du début de notre histoire, lorsque la serveuse apporta les boissons de nos deux amis, Alban encore investi de l’envie qui l’avait possédé toute la veille mais sans se rendre compte que l’énergie dionysiaque qui l’accompagnait l’avait quitté, il tint avec une assurance très satisfaite d’elle-même un discours plus ou moins similaire à celui qu’il avait pu donner hier à l’une ou l’autre de ses partenaires et dont la présente réaction fût tout autre.
Se remettant tant bien que mal de la gifle fort méritée qu’il venait de recevoir et sentant sa joue meurtrie qui ne tarderait pas à rougir en conséquence, il se la caressa, perplexe.
— Mais enfin qu’est-ce qui t’as pris ? S’exclama Théophile dont le sourire était plus intrigué qu’outré.
Pensif, notre héros ne répondit rien et c’est ici que ma faculté de discernement se trouble pour réellement savoir ce qu’il a alors en tête au moment où je le quitte.
Néanmoins, serait-ce de la présomption d’imaginer qu’il attendait avec hâte sa deuxième piqûre, celle de rappel ?
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— Buvez ce verre je vous prie, je vous l’offre. — Je ne sais pas trop, ma mère m’a dit de ne jamais accepter les breuvages d’un étranger. — Sage maxime. Mais soyez tranquille. Je vous promets n’avoir mis que du GHB. Je suis un homme sans idée. — Vous me voyez rassurée. — Hé bien. — Hé bien ? — Le boirez-vous, oui ou non, ce verre ? — Ça dépend, où est-ce que vous comptez m’emmener ? — Pas très loin, je le crains. Ni Bahamas ni Copacabana. Ce sera juste un viol. En aller simple. — Ah… J’espère que vous ne le prendrez pas mal mais… n’est-ce pas une solution de facilité ? J’aurais préféré que vous vous battiez, j’aurais aimé que vous vous décarcassiez. — Hélas, je vous l’ai dit : je suis un homme sans idée. — Certes. Mais, vous comprenez, que, moi, j’avais dans l’idée, enfin, que, je valais, d’une manière ou d’une autre, mieux, que ça, enfin, ça peut sonner idiot, je m’en excuse, mais c’est ce que je pensais. — Je vous comprends. Mais ne voyez aucun jugement dans ce traitement : c’est une simple traduction de mon propre manquement. — Ah, alors, si ce n’est que vous et pas moi, je préfère bien ça. — Tout s’arrange, vous voyez. Donc ce verre, vous le buvez ? — Vous êtes pressé ? — C’est que, tout de même, j’aurais peur que vous ne finissiez par appeler quelques policiers. — Non, non, aucun risque de ce côté. J’aime ça me faire violer. — Ah, vous m’en voyez navré. — Comment cela ? — Je ne le peux plus dès lors que vous aimez. Un blocage psychologique infortuné. C’est stupide : j’aime pas quand on aime. — Ah… quel rendez-vous manqué. — Ce sera pour une autre soirée. — Je vous rends votre GHB. — Non, non gardez. Il ne faudrait pas gâcher. Et puis, après tout, il vous était destiné.
Frivolités Arrêt sur image. Le temps de décomposer cette fenêtre sur l’infini (visage d’une femme). Promesses de l’aube (jambes d’une femme). Problèmes Dans le métro, un saint clochard. — Des…
— Mais peut-elle m’aimer, Persifandre ? Moi, le moins-qu’un-homme ! Je ne travaille pas, vis dans un logis qui n’est pas le mien : quelle femme voudrait d’un tel Peter Pan…